Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Particulièrement éloquente, Vanessa Destiné s'inquiète en constatant que «des enseignants très vexés dans leur ego» et qui s'estiment lésés dans leur liberté d'expression «imposent ces discussions-là à des enfants». Derrière: Emilie Nicolas, chroniqueuse au <em>Devoir</em>.
Particulièrement éloquente, Vanessa Destiné s'inquiète en constatant que «des enseignants très vexés dans leur ego» et qui s'estiment lésés dans leur liberté d'expression «imposent ces discussions-là à des enfants». Derrière: Emilie Nicolas, chroniqueuse au <em>Devoir</em>.

TLMEP: débat nuancé sur le «mot en n»

CHRONIQUE / Sujet incontournable, l'utilisation du «mot en n» a donné lieu dimanche à un débat riche et nécessaire à Tout le monde en parle, mené par quatre personnes qui en connaissent l'impact et les dérives qu'il peut entraîner. De quoi nuancer bien des réactions des derniers jours.

«Ce mot qui nous accompagne tout au long de notre vie, qu'on entend dès le jeune âge», a rappelé d'emblée la journaliste et chroniqueuse Vanessa Destiné. «Y'a une tonne de chroniqueuses, chroniqueurs qui veulent nous dire comment on devrait se sentir par rapport à ce mot-là. Ce sont nous qui le vivons», a tenu à souligner l'artiste hip-hop Webster, qui trouve arrogant et condescendant ce qu'il appelle la «hiérarchie du ressenti» dans le débat public en ce moment.

Particulièrement éloquente, Vanessa Destiné s'inquiète en constatant que «des enseignants très vexés dans leur ego» et qui s'estiment lésés dans leur liberté d'expression «imposent ces discussions-là à des enfants». Elle reproche aux médias ce réflexe d'interpeller des voix qui les confortent dans leurs opinions. «Les voix qui disent le contraire sont présentées comme extrémistes ou marginales», alors qu'elles expriment une position totalement légitime. «Ce n'est pas du militantisme.»

«Jamais cette histoire n'aurait dû sortir sous forme de chronique [exposant] la position de l'indignation de la majorité blanche», déplore Vanessa Destiné. Elle considère que «le sujet aurait mérité un traitement journalistique».

À propos du livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d'Amérique, l'artiste et entrepreneur social Ricardo Lamour considère qu'il «occulte totalement la condition des personnes noires vivant au Québec» et «utilise le terme et crée une sorte de mythologie à laquelle on s'accroche». Il déplore ce double standard sur l'utilisation du «mot en n» à CBC, qui le proscrit, et à Radio-Canada, qui le tolère. Chroniqueuse au Devoir depuis 2019, Emilie Nicolas déplore être la seule, sinon l'une des rares personnes noires à occuper ce poste dans un média québécois, dans une ville où une personne sur trois est racisée.

«Y'a une tonne de chroniqueuses, chroniqueurs qui veulent nous dire comment on devrait se sentir par rapport à ce mot-là. Ce sont nous qui le vivons», a tenu à souligner l'artiste hip-hop Webster.

Le quatuor suivait celle vers qui tous les yeux étaient tournés depuis une semaine, Verushka Lieutenant-Duval. Les étudiants n'ont pas réagi sur le coup quand leur professeure d'histoire et de théorie de l'art a utilisé le «mot en n» à l'Université d'Ottawa. Elle a même eu un échange très courtois avec cette étudiante qui a ensuite reproduit une partie de leur conversation sur les réseaux sociaux, en y ajoutant son numéro de téléphone et son adresse personnelle. «Je ne comprends pas son geste», affirme Mme Lieutenant-Duval, qui n'a pas reparlé à cette étudiante. Suspendue temporairement à la suite de cet incident, elle déplore que l'Université l'ait condamnée «sans même [lui] demander [sa] version des faits». Par contre, elle dit avoir reçu le soutien des représentants syndicaux, tout comme celui de collègues et de plusieurs de ses étudiants. La professeure, qui n'a pas l'intention d'évacuer les titres avec le «mot en n» de son corpus, se réjouit que sa suspension ait suscité un débat sur la place publique, notamment chez la classe politique, ne serait-ce que pour permettre aux personnes noires d'accéder à des postes universitaires.

Space Explorers: The ISS Experience, production à laquelle a participé l'astronaute David Saint-Jacques, semble donner lieu à toute une expérience de réalité immersive. Il se peut que vous soyez étourdi en regardant cette production en 3D, qui demande un temps d'adaptation. «Chaque fois que je recevais des images, c'était Noël», confie le réalisateur Félix Lajeunesse, fasciné par les talents de poètes et de philosophes des astronautes, et qui a dû choisir parmi 200 heures de matériel tourné dans l'espace. «Il manque juste l'odeur!» remarque Dany Turcotte, tant c'est impressionnant. David Saint-Jacques en rêvait, pour donner «une vision réaliste de la vie à bord».

Comme toujours, magnifique entrevue avec l'inspirante Kim Thúy, dont l'oeuvre a été traduite en 29 langues et distribuée dans 40 pays. Son quatrième roman, Em, un mot très doux en vietnamien, qui désigne le petit frère, la petite sœur ou encore l'épouse. Ce titre est une réponse à la série documentaire The Vietnam War, avec la volonté de «raconter d'autres histoires de la Guerre du Vietnam». Elle y parle entre autres du Babylift, cette opération visant à évacuer les enfants orphelins, beaucoup moins charitable qu'elle l'a cru longtemps. Elle a manifesté en juin contre le racisme, mais dit ne pas en avoir été victime. «J'ai été très choyée, j'ai été accueillie par les gens dès les premières secondes», raconte la romancière, qui n'oubliera jamais le regard que lui a porté la première personne qui l'a reçue à Granby. «Ce regard-là m'a redonné ma dignité.»

Christian Bégin et Yanic Truesdale ont appris avec bonheur que la comédie dramatique Les mecs est l'une des trois émissions les plus visionnées depuis les débuts d'ICI Tou.tv et parmi celles ayant généré le plus d'abonnements après une seule semaine. La moitié du quatuor mâle de cette série de Jacques Davidts ne croit pas qu'on y glorifie les hommes. «Ces gars-là se font remettre à leur place», affirme au contraire Yanic Truesdale, qui incarne un homosexuel dans la cinquantaine craignant le «last-call amoureux». Christian Bégin, qui incarne un célibataire endurci macho et un brin homophobe, se demande pourquoi faire porter un tel poids à cette comédie, alors qu'on ne s'est pas demandé si les auteurs de 5e rang s'étaient questionnés sur l'agriculture de proximité dans leur série. À Los Angeles où il vit depuis 22 ans, Truesdale admet qu'il ne peut pas être à côté d'une voiture de police sans avoir peur pour lui-même, encore en 2020.

Dans leur livre Comment Trump a-t-il changé le monde?, Élisabeth Vallet et Charles-Philippe David constatent un recul irréversible des États-Unis dans plusieurs domaines. Selon la première, le retrait de Trump de la scène internationale a poussé la Chine à remplir ce vide. S'il admire les dictateurs, c'est qu'«il leur ressemble un peu», affirme Charles-Philippe David, qui rappelle qu'il a dit les envier d'être nommés à vie. Élisabeth Vallée considère que la nomination de la conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême, la troisième à être nommée par Trump, «modifie ce que sont les États-Unis sur les 25 prochaines années». «Son influence sera durable», notamment sur les droits des femmes et des gais. Si Donald Trump ne concède pas la victoire à Joe Biden, ça pourrait déraper. «C'est tout à fait possible», s'inquiète Charles-Philippe David. La Pennsylvanie et la Floride détermineront le prochain président des États-Unis, croit-il.

Le Félix qu'Alexandra Stréliski souhaite le plus remporter parmi ses cinq nominations au Gala de l'ADISQ de dimanche prochain? Celui du spectacle, parce qu'elle s'ennuie terriblement de la scène. C'est tout de blanc vêtue que la musicienne a interprété l'envoûtante Burnout Fugue, une pièce qu'une équipe médicale de l'Alberta écoute pour se donner du courage dans son travail, comme le lui a confié une inhalothérapeute. «Un don de résilience» qu'elle a souhaité nous offrir en toute fin d'émission.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.