Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Olivia Colman en Élisabeth II dans <em>The Crown</em>.
Olivia Colman en Élisabeth II dans <em>The Crown</em>.

The Crown: la meilleure des quatre [VIDÉO]

CHRONIQUE / La quatrième saison de The Crown, qui arrive dimanche sur Netflix, sera sans doute la plus suivie, parce qu’elle fait écho à une époque encore présente à nos mémoires, alors que la famille royale britannique était l’objet de toutes les curiosités. Aussi parce que l’union entre Charles et Diana, qui suscitait les passions, en est l’élément central.

En outre, c’est d’après moi la meilleure des quatre saisons de cette série signée Peter Morgan, sur l’histoire d’Élisabeth II.

Je me souviens avoir regardé le mariage du couple princier à Radio-Canada le 29 juillet 1981, alors commenté par Bernard Derome. Une cérémonie magique suivie de partout et, surtout, une princesse que tout le monde adorait déjà. Son arrivée dans le décor amenait un vent de fraîcheur, une nouvelle ère de la monarchie, dans un monde en pleine déprime de récession. Tout n’était qu’apparence.

Les 10 épisodes couvrent la période de 1979 à 1990, une époque de turbulence en Grande-Bretagne, alors que le taux de chômage explose en raison des politiques de Margaret Thatcher, nouvellement élue. La situation embarrasse la reine, qui ne se gêne pas pour se prononcer auprès de la première ministre lors de leur tête-à-tête hebdomadaire.

D’ailleurs, cette saison n’est pas un hommage à Mme Thatcher, pourtant élue avec une forte majorité. Elle a beau être la première femme à accéder à ce poste, elle agit comme un homme et reproche aux femmes leur faiblesse et leur tendance au mélodrame. 

Gillian Anderson incarne Margaret Thatcher.

«Les femmes ne sont pas adaptées aux hautes fonctions, elles peuvent se montrer trop émotives», lance-t-elle à la reine. Elle est odieuse avec sa propre fille, à qui elle préfère ouvertement son fils, qu’elle câline encore comme un enfant.

Les relations entre la reine et la première ministre sont particulièrement tendues. Invité à Balmoral comme le veut la coutume, le couple Thatcher échoue lamentablement le test. Humilié, il considère les membres de la famille royale primaires snobs et grossiers. 

Dans le rôle de la dame de fer, Gillian Anderson, qui est aussi la conjointe du créateur de la série, Peter Morgan, est absolument fabuleuse, juste assez détestable. Sa transformation est réussie, sa gestuelle rappelle la vraie Thatcher tout en évitant la parodie. C’est une Anderson comme on ne l’a jamais vue, loin de tous ses rôles précédents.

Comme toujours, Olivia Colman est parfaite dans le rôle de la reine. Bien que pivot de la série, Élisabeth joue un rôle plus détaché, malheureuse de voir ses enfants vieillir, malheureuse aussi de voir se dégrader le sort de ses sujets. Tout un épisode est consacré à l’entrée par effraction d’un homme dans la chambre à coucher de la reine. 

On aurait pu en faire une scène de trois minutes, mais c’était l’occasion de décrire le climat orageux au sein de la classe ouvrière, sans travail et sans le sou. Voyant sa vie de famille éclater, ne voyant aucun avenir devant lui et aux prises avec des problèmes de santé mentale, l’intrus, Michael Fagan, voudra en informer de vive voix la reine. La rencontre est fascinante.

Quand Charles rencontre Diana dans des circonstances loufoques à 30 ans, il est pressé par sa famille de prendre épouse. Au-delà de la ressemblance physique, la toute jeune Emma Corrin est convaincante dans le rôle complexe de Diana Spencer. Courbant l’échine, timide, mais révoltée, la princesse s’adapte difficilement à sa nouvelle vie, aux prises avec des troubles alimentaires, qui embarrassent la royauté. 

Emma Corrin est convaincante dans le rôle complexe de Lady Di.

La présence en coulisses de Camilla Parker Bowles viendra toujours assombrir son mariage avec Charles, qui n’a finalement toujours été qu’une mise en scène, dont Diana fera les frais. Une évidence pour la princesse Margaret, jouée par Helena Bonham Carter.

Sans complaisance pour la princesse adorée, la série souligne néanmoins à quel point elle n’était pas faite pour cette vie. Sa volonté de briser les conventions rencontre rapidement ses limites et sa colère atteint des sommets quand on l’oblige à se séparer de son fils durant la longue tournée en Australie. On a souvent pensé que la reine ne l’aimait pas; ce n’est pas le portrait qu’en brosse la série, du moins pour les premières années du mariage.

La quatrième saison possède un rythme, une légèreté qui manquaient peut-être aux précédentes. À plusieurs moments, on se demande même si on n’est pas dans une comédie, dans le ton, les situations. L’épisode de la chasse, où Thatcher se résout à suivre la reine en talons hauts dans la boue, est burlesque. On aime croire que ça s’est réellement passé de cette façon.

Deux autres saisons encore

Profitez bien de la présence d’Olivia Colman dans le rôle d’Élisabeth, puisqu’elle laissera sa place à Imelda Staunton dans les deux prochaines saisons, qui seront aussi les dernières. Colman succédait elle-même à Claire Foy, qui l’avait jouée durant les deux premières. Le créateur Peter Morgan est donc revenu à sa première idée, celle de raconter l’histoire en six saisons plutôt qu’en cinq, sans trop empiéter sur les années 2000, mais en accordant une large part au décès tragique de la princesse Diana. Imelda Staunton est notamment connue pour son rôle de la perfide Dolorès Ombrage dans la série de films Harry Potter. Quant à Lady Di, elle prendra les traits de l’Australienne Elizabeth Debicki (Gatsby le magnifique, Les gardiens de la galaxie 2, Tenet) dans ces deux derniers chapitres.