Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Michèle Barbara Pelletier, l’actrice vedette du film <em>Nez rouge</em>, qui a remporté un Gémeaux pour son rôle de soutien dans Fortier, menait une carrière plus qu’enviable et a pourtant choisi de tout arrêter.
Michèle Barbara Pelletier, l’actrice vedette du film <em>Nez rouge</em>, qui a remporté un Gémeaux pour son rôle de soutien dans Fortier, menait une carrière plus qu’enviable et a pourtant choisi de tout arrêter.

Pourquoi on ne vous voit plus?

CHRONIQUE / À l’époque où je travaillais pour les magazines, quand on traversait une période plus creuse, les patrons nous demandaient de faire des «Que sont-ils devenus?» Les lecteurs étaient visiblement friands de ces papiers nous révélant que cette ancienne vedette de la chanson faisait des ménages pour joindre les deux bouts, que cette autre s’était relevée après être tombée dans l’alcool, ou tout simplement, qu’on ne pensait plus à elle pour jouer des premiers rôles.

Ces papiers avaient parfois une connotation un peu pathétique, mais la plupart du temps bienveillante. «Pourquoi on ne vous voit plus à la télé?» «La» fameuse question qu’un artiste ne veut pas se faire poser. Et surtout cette expression, has been, qu’on redoute plus que tout, rançon d’une gloire si gratifiante et ingrate à la fois.

La question et les réponses fascinaient Véronique Cloutier, surtout depuis l’échec de Votre beau programme, et lui ont inspiré une intéressante série documentaire de cinq épisodes d’une heure, L’ombre et la lumière, disponible dans la section Véro.tv d’ICI Tou.tv Extra depuis jeudi. Le premier épisode est disponible gratuitement jusqu’au 3 janvier.

L’animatrice a compris pour la première fois de sa carrière que tout pouvait s’arrêter, même si elle n’en avait pas envie. Avec cette série, elle a voulu savoir jusqu’où on doit s’accrocher à la célébrité. À partir du moment où les rôles n’arrivent plus, où les chansons ne se vendent plus, faut-il persister ou lâcher prise? Quel est l’élément déclencheur du «j’arrête tout»?

On ouvre avec un cas plutôt rare et qui étonne, celui de Michèle Barbara Pelletier, qui a choisi à 40 ans de disparaître des écrans après son départ du téléroman La promesse à TVA. L’actrice vedette du film Nez rouge avec Patrick Huard, qui a remporté un Gémeaux pour son rôle de soutien dans Fortier, menait une carrière plus qu’enviable et a pourtant choisi de tout arrêter.

Après avoir donné naissance à un premier enfant, elle n’avait plus la flamme, oubliait ses textes. Valait mieux faire une croix sur cette carrière qui ne lui convenait plus. Quand elle a tourné sa dernière scène, elle a salué tout le monde sur le plateau en disant : «Vous étiez ma dernière équipe.» Les gens ne l’ont pas crue, dont son collègue Sébastien Delorme qui lui a prédit un retour dans deux ans. Ce n’est pas arrivé. Pour rien au monde, l’actrice n’aurait voulu revenir devant les caméras.

Aujourd’hui, Michèle Barbara Pelletier s’occupe à temps plein de ses enfants. «Je ne me suis jamais sentie aussi utile que depuis que j’ai quitté le métier», dit celle qui a pris soin de mettre de l’argent de côté à travers toutes ces années.

Pour elle, le métier d’actrice avait quelque chose d’égocentrique qui l’énervait. Elle n’en pouvait plus de ce côté insatiable dans la volonté de se faire aimer du plus grand nombre. «C’est une illusion, ce métier-là», dit-elle. Celle qui se fait désormais appeler simplement Barbara se réjouit d’être partie avant l’explosion des réseaux sociaux. «Pour une personne qui t’aime, y’en a cinq qui te haïssent.»

À la question «T’as pas peur que le monde t’oublie?», elle répondait: «Je veux surtout que mes enfants ne m’oublient pas.» Ses enfants, justement, ne s’intéressent absolument pas à sa célébrité de jadis. «Tu veux voir maman sur des magazines quand j’étais plus jeune?» demande-t-elle à son fils. «Euh... non?!» lui répond-il.

Le premier épisode de L’ombre et la lumière nous permet aussi de renouer avec Sébastien Tougas et Michel Goyette, de véritables enfants de la télé qui ont commencé très jeunes. Le premier dans Peau de banane avec sa sœur Marie-Soleil; le second dans un docudrame de Radio-Québec, Les enfants mal-aimés, puis dans Lance et compte et L’or du temps.

À huit ans, Sébastien Tougas ne recevait que 150 $ par épisode dans Peau de banane, des pinottes comme on dit. Aujourd’hui concepteur publicitaire à la pige, il ne s’ennuie pas de cette époque où l’attention était sur lui et qu’il devait constamment surveiller chacun de ses gestes, surtout pour ne pas nuire à sa sœur. Il avoue avoir longtemps perçu à tort que son père n’était pas aussi fier de lui qu’il l’était de la regrettée Marie-Soleil.

La transition semble avoir été plus difficile pour Michel Goyette. Après 13 ans à jouer Vincent Gauthier dans Watatatow, les auditions se sont arrêtées. Il regrette de s’être laissé aller trop souvent aux tournées de shooters dans les bars. «J’aurais aimé rester mais je n’avais pas le choix», admet-il, croyant avoir quitté au bon moment. Aujourd’hui, il est président d’une entreprise en démolition et décontamination, à mille lieues des projecteurs.

Les deux anciens acteurs préfèrent leur vie d’aujourd’hui. Un sentiment qui ne ment pas à la caméra. Michel Goyette finit quand même par avouer qu’il ne dirait pas non si on lui offrait un rôle dans District 31.

D’autres vedettes disparues du radar semblent l’avoir pris plus difficilement, comme Véronique Bannon et Manuel Hurtubise, qui témoignent dans le deuxième épisode. Véronique Cloutier rencontrera tout à tour Mélissa Bédard, Kevin Bazinet, Joanie Gonthier, Stéphanie Boulay, Karine Pelletier, Joël Legendre et Stéphane Rousseau pour les sonder sur la question. En fin de série, des vedettes établies comme Marina Orsini, France Castel et Sarah-Jeanne Labrosse réfléchissent à voix haute à leur célébrité, aussi durable que fragile.

Et parlant d’«ombre et de lumière», le journaliste Stéphane Leclair a voulu savoir pourquoi Marie Carmen a quitté le métier pour faire de l’aide humanitaire au Pérou. Pour le balado Pourquoi Marie?, sorti la semaine dernière sur QUBradio, il a réussi à convaincre la chanteuse de lui accorder une entrevue après 10 ans dans l’ombre. La démarche s’inspirait de Pourquoi Julie?, le balado d’Émilie Perreault sur la disparition soudaine de Julie Masse.

Comme Véro et comme bon nombre d’entre nous, les deux journalistes comprenaient difficilement comment une artiste qui enchaînait les succès et comptait sur un fan-club solide et fidèle pouvait disparaître comme ça, du jour au lendemain. La réponse est bien souvent la même : après les ovations, les trophées, les signatures d’autographes, les témoignages d’amour, une fois chez elle avec son verre de vin, la star est seule au monde. Il y a un sentiment de vide dans la célébrité, que comblent largement la famille, les proches, le vrai sens de la vie.