Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
On se demandait comment Louis-José Houde allait aborder les multiples cas de dénonciations qui ont éclaboussé le showbiz l'été dernier.
On se demandait comment Louis-José Houde allait aborder les multiples cas de dénonciations qui ont éclaboussé le showbiz l'été dernier.

Louis-José, mordant et efficace

CHRONIQUE / Avez-vous remarqué? On dirait que depuis mars, chaque nouveau spectacle du genre nous procure un bien immense. C'était le cas dimanche du 42e Gala de l'ADISQ, qui arrivait au terme d'un week-end d'horreur, nouvel épisode particulièrement douloureux de cette année maudite.

La tragédie de Québec, aussi horrible soit-elle, n'allait pas assombrir une soirée qu'on souhaitait aussi festive que possible, avec un Louis-José Houde dont l'humour n'a en rien été altéré. Même qu'on a trop peu osé y faire référence.

Dès l'ouverture, on nous en a mis plein la vue avec des performances sur les toits, appuyées par des jeux d'éclairage spectaculaires. Commencer avec L'Amérique pleure des Cowboys Fringants au centre d'un stade vide avait quelque chose de symbolique. Le titre sera désigné plus tard chanson de l'année, et les Cowboys, groupe de l'année.

On se demandait comment Louis-José Houde allait aborder les multiples cas de dénonciations qui ont éclaboussé le showbiz l'été dernier. L'humoriste ne s'est pas contenté d'effleurer le sujet, il en a fait la pièce maîtresse d'un numéro d'ouverture grinçant et courageux. «Ceux qui sont pas en prison, faites du bruit!» a lancé un Louis-José encore plus cinglant qu'à l'habitude.

Mais ce n'était qu'un début. «Pas d'hommage aux grands disparus cette année, car la plupart sont encore vivants!» Puis: «Il vient un moment où une graine doit devenir casanière.» Enfin, se moquant des artistes dénoncés, tous en thérapie: «T'arrives dans la salle d'attente [du psy], ça ressemble à un gala de l'ADISQ y'a cinq ans.»

L'humoriste n'avait pu tester ses gags comme par le passé, mais rien n'y paraissait; chaque ligne était efficace. Et parlant de ligne, il a pris de front le retour de la cocaïne chez les artistes: «Pourquoi toute cette coke?» a demandé un Louis-José semblant ne pas comprendre cet engouement malsain.

Il faut le dire: on aurait aimé entendre l'animateur avoir une pensée pour les proches des victimes de la tuerie de samedi soir à Québec. Juste un petit mot aurait suffi. Elisapie a été la première à évoquer ce drame après 1h47 de gala, citant bien sûr aussi la mort atroce de Joyce Echaquan, avant Louis-Jean Cormier, qui a salué ses amis de Québec. Mieux vaut tard que jamais.

Ariane Moffatt et Louis-José ont repris leur savoureux duo, elle au piano, lui tenant le cigare. Je dois en avoir manqué un bout mais je n'avais pas vu venir le retour de la coupe Longueuil. Digne d'un Guy A. Lepage à l'époque de RBO, la nouvelle coiffure de Louis-José Houde n'a pas fait l'unanimité sur les réseaux sociaux.

Dans un autre numéro hilarant, l'animateur a pensé à de nouveaux métiers pour certains artistes en 2021, dont propriétaire de salon funéraire pour Mario Pelchat et professeur de catéchèse pour Luc De Larochellière.

Outre les performances d'ouverture, le gala était en direct dimanche, l'animateur se divisant entre les studios 42 et 43 de Radio-Canada, dans lesquels on avait dispersé les artistes en nomination. Une foule clairsemée, tout comme les rires, en moins grand nombre mais pas moins sentis. Pour compenser, on aurait dit que la production avait mis le gros du budget sur l'éclairage, éblouissant mais parfois un peu excessif.

Aucun numéro musical n'a déçu, dont celui de l'énergique duo Marc Dupré et Eli Rose. Celui rendant hommage aux grandes disparues Renée Claude, Monique Leyrac et Pauline Julien était sans doute le plus sobre et dépouillé. Pierre Lapointe et Isabelle Boulay ont fait revivre les trois grandes dames, se juxtaposant à des images d'archives. Plusieurs ont pu découvrir et apprécier Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski, qui ont offert un intense et fort beau numéro.

«Porter un masque, c'est pas un geste politique, c'est un geste d'amour», a lancé Robert Charlebois, récompensé pour son spectacle, «la pire année pour [le] gagner». Devra-t-on l'an prochain rebaptiser cette catégorie «meilleur spectacle numérique»?

«On a besoin de douceur en pandémie», a rappelé avec raison l'interprète féminine de l'année, Alexandra Stréliski, qui nous en a donné une bonne caisse cette année encore. 

«Ça a été extrêmement compliqué d'organiser tout ça», a reconnu en fin de gala Louis-José Houde. «On ne sait pas ce qui va arriver cette année. Mais continuez à produire, à créer», a-t-il demandé aux artistes pour conclure cette soirée pas ordinaire.

Je regardais ça dimanche, et je me disais: sincèrement, ils font des miracles de pouvoir nous offrir un tel spectacle, avec toutes ces contraintes sanitaires.

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