Richard Therrien
Dans le docuréalité, c’est de cruauté envers les animaux dont il est question. De tout ce mercantilisme autour de l’exploitation des bébés tigres.
Dans le docuréalité, c’est de cruauté envers les animaux dont il est question. De tout ce mercantilisme autour de l’exploitation des bébés tigres.

Joe contre Carole: bizarres fois 1000!

CHRONIQUE / Au royaume des fauves (Tiger King) est sans aucun doute la chose la plus étrange que j’aurai vue cette année. Ce docuréalité sur une rivalité aussi tordue qu’improbable fascine les habitués de Netflix par les temps qui courent. Une fois que vous avez rencontré Joe Exotic et Carole Baskin, vous développez l’envie irrépressible de savoir jusqu’où ils pousseront leur folie. Oui, il y a une histoire encore plus dingue que celle qu’on vit depuis quelques semaines, et qu’aucun auteur n’aurait pu imaginer.

La boxe est en congé? J’ai encore meilleur combat pour vous. Dans le coin droit, Joe Exotic, alias Tiger King, propriétaire d’un zoo de l’Oklahoma réunissant pas moins de 187 grands félins. Gai polyamoureux et redneck, cheveux peroxydés, coupe Longueuil. Il aime tellement les armes qu’il s’amuse à tirer à la carabine en direction de son lac, rêvant d’y voir périr sa pire ennemie, celle qu’il déteste plus que tout, Carole Baskin, dans le coin gauche. Militante contre l’exploitation des félins, cette femme aux fleurs dans les cheveux et aux tenues léopard se bat contre Exotic, qu’elle accuse de maltraiter ses animaux. Or, elle tire aussi profit des bêtes qu’elle récupère dans son sanctuaire animal.

Chanteur country à ses heures, Joe Exotic ne vit que pour la détester. Son œuvre musicale existe essentiellement pour dénigrer sa rivale, qu’il menace de mort à satiété, sous le couvert de l’humour. Il y a un clip complètement surréaliste où Carole est personnifiée, lançant des morceaux de son mari aux tigres. Vous voyez le personnage. Pas fou à moitié.

Au premier épisode, on n’en croit ni nos yeux ni nos oreilles. Et on se dit qu’ils ne pourront pas faire pire. Mais on se ravise au deuxième épisode, encore plus incroyable que le premier. On rit, on rit beaucoup. Au troisième, on rit beaucoup moins, quand on nous raconte que Carole Baskin a peut-être assassiné son ex-mari pour effectivement le donner en pâture aux tigres, un fait qu’elle nie catégoriquement, bien entendu. De l’étrange, on passe à la démence pure d’une psychopathe.

J’avoue que, contrairement à d’autres, j’ai dû prendre un temps d’arrêt entre chaque épisode. Trop intense. Trop dur pour mes oreilles. Trop d’abrutis au pouce carré. Mais la curiosité l’a emporté sur la raison; je voulais savoir comment allaient finir ces deux zigotos, jusqu’où leur désir de vengeance allait les mener. Et la suite n’est pas belle à voir, croyez-moi.

Tout ça fait peut-être rire, mais la conclusion est d’une infinie tristesse. Car au-delà des personnages, c’est de cruauté envers les animaux dont il est question. De tout ce mercantilisme autour de l’exploitation des bébés tigres, avec lesquels un flot incessant de visiteurs se fait prendre en photo. Et qui deviennent quoi quand ils sont trop gros et dangereux?

Les animaux ne sont pas les tigres dans cette série, ce sont les humains. Clairement. Et il n’y a pas que Joe et Carole, il y a tous les autres autour, à peine plus sains d’esprit. Si l’on parvient à nous montrer tout ça, c’est qu’un cinéaste et journaliste, Rick Kirkham, tournait une téléréalité sur Exotic. Toute cette précieuse bande vidéo a servi à cette série de sept épisodes, qui suscite un réel engouement, en cette période où les gens ont résolument besoin d’entendre parler d’autre chose que du coronavirus. Au royaume des fauves occupe en effet la première position du palmarès de Netflix depuis sa sortie, il y a deux semaines.

LE JOUR DU SEIGNEUR: Y'A DU MONDE À MESSE

La télé est redevenue pour plusieurs le compagnon idéal de ce confinement collectif. Mais qui aurait cru que Le jour du Seigneur en bénéficierait? La messe dominicale a en effet vu le nombre de ses fidèles doubler sur ICI Télé; dimanche à 10h, 198 000 étaient au rendez-vous, alors que la moyenne est de 88 000. De quoi en perdre son latin. En même temps, on sait que les célébrations religieuses ont été annulées dans toutes les paroisses, ce qui explique cet engouement. Depuis 2014, Le jour du Seigneur provient chaque dimanche de l’Oratoire Saint-Joseph de Québec.