Richard Therrien
Patrice Robitaille, Pierre-François Legendre, Catherine Trudeau, Rémi-Pierre Paquin et François Létourneau en 2006
Patrice Robitaille, Pierre-François Legendre, Catherine Trudeau, Rémi-Pierre Paquin et François Létourneau en 2006

Invincibles un jour, invincibles toujours

CHRONIQUE / Je me souviens encore du visionnement de presse des Invincibles, au défunt Ex Centris à Montréal. Ce matin-là, aucune question à la fin de la projection, ou à peu près. L’équipe croyait que nous n’avions pas aimé, mais ce n’était pas ça du tout : nous étions complètement déstabilisés par ce que nous venions de voir. Du jamais vu, une petite révolution dans le monde télévisuel de 2005.

Presque 15 ans après sa diffusion à Radio-Canada, la première saison des Invincibles est disponible dès aujourd’hui dans la section gratuite d’ICI Tou.tv. Une merveilleuse opportunité de la revoir ou de la découvrir, en cette période de confinement. François Létourneau, Patrice Robitaille, Pierre-François Legendre et Rémi-Pierre Paquin jouent P-A, Steve, Carlos et Rémi, quatre amis qui décident de conclure un pacte et de larguer leurs blondes tous au même moment, question de profiter à fond de leur jeunesse fuyante. Jean-François Rivard, qui réalisait la série en plus d’en signer les textes avec François Létourneau, allait donner une facture très «cartoon» à l’histoire de ce quatuor immature.

«On était jeunes, on avait une certaine arrogance, on ne se reconnaissait pas beaucoup à la télé; il y avait encore beaucoup de téléromans tournés en studio et des séries lourdes à gros budget, mais tournées de façon classique. Nous, on parlait de gars qui n’avaient pas beaucoup d’argent, qui vivaient dans des appartements pas beaux, et on tournait ça caméra à l’épaule», se souvient François Létourneau, qui se considère chanceux d’avoir obtenu la faveur de Radio-Canada à l’époque. «Mario Clément et Louise Lantagne nous ont fait confiance, alors que nous n’avions jamais fait de télé. Il y avait déjà une certaine audace dans les choix à Radio-Canada, avec Les Bougon et d’autres séries vraiment audacieuses, qui allaient loin. Ça a rejoint une certaine génération de gens qui regardaient moins la télé.»

Si la série a mis tant de temps à refaire surface, c’est surtout en raison de ses droits musicaux, assez coûteux, et qui ont dû être renégociés. Pour l’instant, seule la première saison est en ligne. «Mais le but, c’est que toute la série soit entièrement disponible le plus rapidement possible», affirme le coauteur.

Les invincibles est-elle toujours d’actualité? Et a-t-elle bien vieilli? François Létourneau ne l’a pas revue, mais son fils de 12 ans, lui, la rattrape en ce moment, après avoir vu C’est comme ça que je t’aime et Série noire, les deux autres séries de son père. «Et il a beaucoup de plaisir! J’en revois des extraits, ça me fait sourire et ça me rappelle des bons souvenirs. J’ai l’impression que ça marche encore», dit-il.

Il se réjouit quand on lui dit que de tous ses personnages, c’est celui de Lyne-la-pas-fine, interprétée par Catherine Trudeau, qui a retenu le plus l’attention. «J’adorais écrire pour ce personnage, c’était notre méchante.» Quant aux quatre gars, ils ont toujours été perçus comme des incapables, alors que ce n’était pas l’intention de départ. «Je le répète souvent, mais on ne les voyait vraiment pas comme des losers. Ce sont des gars très maladroits, j’aime ce genre de personnages qui ont des défauts. C’était quand même des gars qui se remettaient en question, qui se donnaient des défis. Il y a quelque chose d’absolument juvénile dans la saison 1; dans la saison 2, ils font un espèce de rallye pour arriver à toucher au bonheur. Ils sont quand même courageux», dit-il en tentant de me convaincre.

François Létourneau rappelle que les cotes d’écoute n’étaient pas astronomiques à la première saison. «À la troisième saison, il y avait vraiment eu un engouement, et les cotes d’écoute avaient augmenté jusqu’à la fin.» Encore aujourd’hui, quand on me demande quelle a été selon moi la meilleure finale de série québécoise, je réponds qu’il s’agit des Invincibles. «Je me souviens d’avoir vu le premier montage et d’avoir pleuré en le regardant. On savait qu’on avait une bonne finale entre les mains. C’était encore l’époque où ça passait à la télé et que tout le monde regardait en même temps. Ça reste un moment magique dans mon esprit. C’est pour ça qu’on n’a jamais voulu faire de quatrième saison, je n’avais pas envie de retoucher à ça.» Et pourtant, on leur a souvent offert de ramener le quatuor. «Je blague souvent en disant qu’à 65 ans, si on a besoin d’argent, on pourrait faire une quatrième saison des Invincibles à la retraite. Je ne sais pas qui ça pourrait intéresser. C’est la seule porte que je me laisse ouverte, mais c’est plus une blague qu’autre chose.»

François Létourneau vit plutôt heureusement son confinement, qui n’a rien changé à son horaire : l’auteur se consacre entièrement à l’écriture d’une deuxième saison de C’est comme ça que je t’aime, dont la première connaît un succès inespéré sur l’Extra d’ICI Tou.tv. «Le contexte malheureux nous aide, les gens sont chez eux, ils ont besoin de se divertir. On est vraiment contents. Je m’en fais beaucoup parler. Le côté disjoncté et farfelu fait du bien aux gens.» Quant au tournage éventuel de la deuxième saison, si elle obtient le feu vert du diffuseur, elle n’était pas prévue avant l’été 2021 de toute façon. Et François Létourneau n’avait aucun projet comme acteur.

L’automne viendra plus vite qu’on pense et plusieurs séries qui doivent être tournées cet été risquent de ne pas être prêtes, de sorte que C’est comme ça que je t’aime pourrait très bien prendre l’antenne d’ICI Télé avant le temps, qui sait? En plus de la première saison des Invincibles, sachez que les quatre saisons de C.A., la série de Louis Morissette et François Avard, sont aussi disponibles gratuitement sur ICI Tou.tv dès aujourd’hui, alors que l’intégrale des Parent a été déposée dans l’Extra d’ICI Tou.tv.