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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien

En tête de ligne: l'héritage d'un visionnaire

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CHRONIQUE / Le sujet du documentaire En tête de ligne m'intéressait forcément: l'ascension du fondateur de Vidéotron, André Chagnon, qui a changé la face de la télévision au Québec et même à l'étranger. Au fond, on connaît peu cet homme, qui a toujours été discret, pas du tout flamboyant, un visionnaire en affaires, doublé d'un philanthrope impatient.

Produit et réalisé par Joëlle Arseneau et Garance Chagnon-Grégoire, le long-métrage documentaire, en salles aujourd'hui même dans une quinzaine de cinémas, m'a fasciné du début à la fin et montre à quel point André Chagnon était un visionnaire lorsqu'il a fondé son entreprise avec des associés en 1964.

On ne peut pas raconter l'histoire de la famille Chagnon sans parcourir 40 ans d'histoire des télécommunications au Québec. À ce titre, la trame d'En tête de ligne est extrêmement riche, appuyée par de nombreuses images d'archives, à partir des premières années à Montréal-Nord et à Pont-Viau.

Fils d'électricien, le jeune André Chagnon a commencé très jeune à rêver de câbler la province. Au début, on partait de zéro. Pour convaincre les gens de payer pour le câble (5$ par mois!), on faisait du porte à porte en leur offrant de les brancher gratuitement pour 48 heures. Des fois, ça marchait.

Ça a pris les audiences de la Commission d'enquête sur le crime organisé, la CECO, en 1975, pour véritablement attirer l'attention vers le câble. Regarder plaider en direct les Guy Chevrette et Brian Mulroney, comme s'il s'agissait d'un téléroman, fascinait les Québécois, bien avant l'apparition des chaînes d'info continue.

André Chagnon était un visionnaire lorsqu'il a fondé son entreprise avec des associés en 1964.

C'était l'époque où la télé sur demande était commandée par téléphone et diffusée sur cassette à distance. L'image devenait de plus en plus brouillée, plus un film était commandé! Et comment oublier Télé-Immeubles et Les Annonces illustrées, qui ont donné de désopilantes parodies de RBO?

Puis, tout un chapitre concerne le terminal Videoway et l'arrivée de la télévision interactive, révolutionnaire à l'époque. Mais les consommateurs se sont vite lassés des choix de caméras au hockey et des fins différentes aux téléromans. J'aurais aimé revoir des extraits de L'ascenseur, où nos réponses déterminaient la suite de l'émission, mais ça, c'est bien personnel.

En fait, si Vidéotron a vu trop gros, c'est pour Videoway, qui s'est fait damer le pion assez rapidement par Internet. Un des dirigeants de l'époque raconte comment la livraison de l'épicerie à domicile, qu'on pouvait commander sur Videoway, a été un échec monumental. Aujourd'hui, c'est courant.

Pierre Bruneau croit toujours que l'achat de TVA par Vidéotron a été «la meilleure chose» pour le secteur de l'information, qui a gagné de la crédibilité à partir de ce moment; pas de secret, il fallait y mettre les moyens, ce qu'André Chagnon a fait.

On peut dire que la fin du monopole et l'arrivée des autres grands joueurs avec la télé par satellite, la fameuse soucoupe, a mis le bordel. Pour la clientèle, il y aurait enfin plus de choix, mais la guerre a pris des proportions dignes de La guerre des étoiles.

La vente avortée de Vidéotron à Rogers et l'achat par Québecor et la Caisse de dépôt ont été difficiles à avaler. Les Chagnon avaient alors crié à la vendetta. «Le beau rêve s'est évaporé», raconte Daniel Lamarre, alors président et chef de la direction du Groupe TVA, qui voyait grand pour l'entreprise à l'international et qui a quitté à ce moment pour le Cirque du Soleil.

En même temps, il était normal que le gouvernement du Québec, alors dirigé par Lucien Bouchard, fasse tout ce qu'il pouvait pour que l'enseigne demeure au Québec. Il devenait impossible de dire non à l'offre de Québecor. Et ne comptez pas sur André Chagnon pour jouer les belles-mères et crier son amertume.

En regardant En tête de ligne, on se rend compte à quel point on sous-estime l'impact social qu'ont pu créé André Chagnon et une entreprise comme Vidéotron dans nos vies; le câble a complètement changé notre façon de consommer la télévision, qui se limitait autrefois à deux postes, Radio-Canada et Télé-Métropole.

Le documentaire, qui fait une grande part à l'implication philanthropique importante du couple Chagnon, n'élude pas pour autant les côtés plus sombres d'une histoire presque sans faille, notamment sur les controverses entourant les crédits d'impôt accordés à la Fondation et l'influence de celle-ci sur les décisions politiques.

En tête de ligne, c'est aussi l'histoire d'une famille, d'un couple soudé durant 65 ans. Décédée en 2014 des suites de la maladie d'Alzheimer, Lucie Chagnon aura été le seul grand amour de son mari, qui s'est rendu malade à en prendre soin, le plus longtemps qu'il a pu. Touchant et révélateur d'entendre leurs enfants témoigner tout au long du documentaire, avec une admiration manifeste.

La fin du documentaire, d'une grande beauté, nous montre le grand amateur de voile, qui à 93 ans (91 au moment du tournage), est toujours actif. L'occasion de débrancher pour ce bâtisseur qui aura laissé tout un héritage aux Québécois.

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