Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
C’est vrai qu’on assiste à beaucoup de changements sur certaines rues de la ville et que chacune de ces interventions fait l’objet de commentaires partagés... comme certaines rues.
C’est vrai qu’on assiste à beaucoup de changements sur certaines rues de la ville et que chacune de ces interventions fait l’objet de commentaires partagés... comme certaines rues.

Qui fera la ville de demain?

CHRONIQUE / La réapparition, même si elle a été furtive, d’Yves Lévesque dans la vie municipale de Trois-Rivières, a remué beaucoup de choses et fait apparaître quelques ambitions à la mairie de Trois-Rivières.

Même si on est encore relativement loin des élections municipales de novembre 2021, on a pu constater que le goût du débat est déjà bien présent.

On a beaucoup fait état du genre de leadership qu’applique l’actuel maire Jean Lamarche, très différent du ton bouillant et confrontant de son prédécesseur. Et plusieurs ont suggéré que c’est sur la personnalité du maire que se jouera la prochaine élection à la mairie.

C’est possible, mais c’est très incertain que ce soit le véritable enjeu de la prochaine campagne municipale.

À l’élection partielle de 2019 qui a élu Jean Lamarche, l’enjeu de fond s’est beaucoup déroulé sur ce grand projet de Vision zéro, un modèle venu de Suède, que se proposait d’implanter une majorité de conseillers municipaux.

Mal reçue ou mal comprise dans la population, peu importe, l’expression Vision zéro est devenue comme toxique sur le plan politique et a rapidement été évacuée pour faire place à ce qu’on appelle maintenant une «approche systémique».

Pour plusieurs, peu importe la façon de présenter la chose, c’est du pareil au même. C’est vrai que si certains éléments qui avaient particulièrement retenu l’attention des opposants comme les réductions de vitesse dans les rues collectrices des secteurs résidentiels et sur certains grands axes ne sont plus avancés, plusieurs objectifs de Vision zéro ont été maintenus dans la nouvelle mouture.

On aurait cependant tort de prétendre que, sous la houlette de l’actuel conseil, maire en tête, on applique en catimini Vision zéro dans le dessein à peine dissimuler de tout piétonniser et vélotiser la ville de Trois-Rivières en compliquant au maximum la vie des automobilistes.

C’est vrai qu’on assiste à beaucoup de changements sur certaines rues de la ville et que chacune de ces interventions fait l’objet de commentaires partagés... comme certaines rues.

On voit apparaître des lignes sur l’asphalte qui rétrécissent la largeur de rue, on fixe des dos d’âne sur d’autres, on plante des balises qui forcent les automobilistes à zigzaguer et on parle maintenant de rues partagées, de vélo-rues et bientôt de rues conviviales.

Pour plusieurs, tout cela cache une volonté des environnementalistes, sous des prétextes de sécurité routière et de protection des plus vulnérables, à nuire au maximum aux automobilistes. Il y aurait là comme une cohérence à la reconnaissance de «l’urgence climatique», adoptée par plus de 300 municipalités au Québec, dont Trois-Rivières.

Avec ce principe, si on accepte qu’il y ait nécessité d’agir pour sauver la planète, cela doit faire comprendre qu’il faille faire tout ce qui est possible pour réduire la consommation des hydrocarbures. Et l’un des meilleurs moyens pour y arriver serait de rendre la plus compliquée possible la circulation automobile.

Exit la fluidité routière? À chaque remodélisation d’une rue à Trois-Rivières qui a pour conséquence de réduire l’espace-automobile, on sort cette accusation.

C’est vrai que la fluidité en prend parfois un coup, mais on ne ramènerait pas une portion de la rue Royale à double sens si on n’avait pas le souci d’améliorer la circulation automobile.

Si on soupçonne un peu de dogmatisme chez certains élus, il n’est quand même pas mur à mur.

Dans une ville comme Trois-Rivières, où 90 pour cent des citoyens utilisent leur voiture pour se rendre à leur travail, on serait mal avisé, politiquement, de ne pas chercher à améliorer leurs déplacements, même en automobile.

On n’arrivera assurément pas à doter la ville de Trois-Rivières du réseau cyclable «world class» auquel aspire le conseiller Pierre Montreuil, mais l’orientation que cherche à prendre la ville avec «sa mobilité durable» est tendance.

Un peu partout dans le monde, et c’est le cas dans l’ensemble des villes du Québec, on cherche à refaçonner les rues pour en faciliter et en favoriser, de façon sécuritaire, la mobilité dite durable, essentiellement la marche à pied et le vélo.

On y va avec essais et erreurs. Et si on réalise parfois de bons coups, on en échappe plusieurs et on doit soit remanier ou carrément abandonner le projet.

Il n’y a pas de modèle universel. Chaque bout de rue qu’on veut transformer nécessite analyse et réflexion. Dans toutes les villes, on apprend un jour qu’une telle expérience piétonnière ou cycliste a dû être révisée ou s’est révélée, à l’épreuve, une catastrophe.

Trois-Rivières n’a donc pas l’exclusivité de la chose lorsqu’un projet de mobilité durable donne des maux de tête à tout le monde.

Cependant, dans les extrêmes entre le mieux et le pire, la ville s’est distinguée.

À peu près en même temps que Trois-Rivières était couverte d’éloges dithyrambiques de la part d’organismes comme Piéton Québec ou Vivre en ville, pour la piétonnisation estivale de la rue des Forges et la transformation heureuse des Ursulines en rue partagée, une raclée arrivait de l’autre bord.

C’est vrai qu’à la faveur d’un été caniculaire, l’expérience de la rue des Forges a été un immense succès et que s’il y avait une rue qui méritait que tout s’y passe en dilettante, c’est bien des Ursulines, qui fait le joint entre le centre-ville et l’Amphithéâtre Cogeco.

Mais en même temps, il y a eu plusieurs réaménagements de rues questionnables et le monumental échec de la vallonneuse piste cyclable du boulevard des Forges, qui a fait se tordre de rire tout le Québec.

Qu’on le veuille ou non, la ville de demain va dans ce sens. Mais à quelle vitesse, avec quels moyens et avec quelle ampleur?

Aux prochaines élections municipales, les élus seront choisis en fonction de l’état d’âme sur la question d’une majorité de leurs électeurs, sur cette Vision genre 2.0 de la ville.