Qui est notre boss?

Le mercredi 22 août dernier, les 5500 membres du SEMB-SAQ (CSN) étaient en grève et manifestaient devant les bureaux des ministres et députés du gouvernement libéral. Leur but était de l’inviter à intervenir dans la négociation afin de trouver une voie de passage pour régler la convention collective des employé-es de magasins et de bureau de la SAQ.

Quelle ne fut pas notre stupéfaction d’entendre Philippe Couillard répondre aux médias qu’il n’était pas notre employeur et que le conseil d’administration de la SAQ disposait de toute la marge de manœuvre pour régler le dossier de négociation avec ses employé-es!

Pourtant, ça fait maintenant 19 mois que nous entendons à la table de négociation que les mandats émanent du Conseil du trésor, et que c’est lui qui tire les ficelles et qui impose ses exigences. C’est à n’y rien comprendre. Qui devons-nous croire? La direction de la SAQ ou le premier ministre à la veille d’un début de campagne électorale?

Peu importe que les mandats proviennent du Conseil du trésor ou de la haute direction de la SAQ, c’est le gouvernement qui impose à la SAQ des exigences de rendement. C’est justement au nom de ces exigences que le comité de négociation patronal tente de négocier d’importants reculs dans les clauses non pécuniaires de la convention collective de ses employé-es.

Nous profitons de cette tribune pour réitérer au gouvernement notre désir de le voir s’impliquer dans la présente négociation. Il est absurde qu’il mène une campagne électorale sur la conciliation travail-famille alors que les demandes de sa société d’État à la table de négociation portent sur la réduction de la qualité de vie des 5500 travailleuses et travailleurs de la SAQ. Il est inconcevable de voir le gouvernement demeurer indifférent face à des employé-es qui subissent la précarité pendant une douzaine d’années en moyenne. Pire, après de nombreuses années à travailler toutes les fins de semaine, on leur demande en plus de faire des concessions importantes sur leur horaire. Rappelons également que 70 % de la main-d’œuvre à la SAQ sont des travailleuses et des travailleurs précaires travaillant à temps partiel. Le gouvernement ne devrait-il pas prêcher par l’exemple?

Les demandes des syndiqué-es de la SAQ dans la présente négociation n’ont rien d’extravagant. Ceux-ci veulent simplement s’assurer du maintien des conditions de travail actuelles et faire en sorte que l’écart entre la proportion des employé-es réguliers (30 %) et de ceux à temps partiel (70 %) ne s’accentue pas dans les prochaines années.

Malgré toutes les déclarations électoralistes du premier ministre Couillard selon lesquelles la SAQ seule peut régler ce conflit, nous lui demandons de clarifier la situation avec la haute direction. Car celle-ci nous dit, de son côté, être liée par un mandat donné par le gouvernement.

Katia Lelièvre

Présidente du SEMB-SAQ (CSN)