Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Jean Pellerin, président du conseil d’administration de Moisson Mauricie.
Jean Pellerin, président du conseil d’administration de Moisson Mauricie.

Quatre de plus par jour [VIDÉO]

CHRONIQUE / J’ai sursauté en entendant le chiffre.

Quatre de plus par jour. Quatre demandes d’aide alimentaire de plus par jour qui entrent à Moisson Mauricie et Centre-du-Québec depuis le mois de septembre dernier. Quatre nouvelles familles par jour qui ne peuvent plus joindre les deux bouts et qui ont besoin de se tourner vers l’aide alimentaire.

Quatre familles de plus. Chaque jour.

Avant la pandémie, c’était quatre familles de plus, mais par mois.

La perte de plusieurs emplois lorsque sont survenues les mesures de confinement au printemps, la diminution de plusieurs services, la fermeture de commerces, de restaurants, d’entreprises qui n’ont pas survécu à la pandémie. La diminution des emplois chez ceux qui ont survécu mais pour qui rien n’est encore gagné.

Jusqu’à cet été, on l’avait un peu ressenti, par vagues lors du confinement.

Après la rentrée des classes, c’est là que les effets se sont réellement fait ressentir, remarque Jean Pellerin, président du conseil d’administration de Moisson Mauricie.

Les besoins en aide alimentaire sont plus intenses cette année, on pouvait s’y attendre. Mais la pandémie n’aura pas eu que des effets sur le portefeuille des gens. Elle viendra aussi affecter grandement les activités de collectes de fonds des organismes qui viennent en aide à toutes ces personnes.

Partout sur le territoire, on se demande bien à quoi va ressembler la collecte de dons et de denrées en ces temps de pandémie, où les barrages routiers ne pourront pas toujours se tenir, où les traditionnelles collectes dans les épiceries changeront considérablement de visage.

Le mot d’ordre, c’est donc d’user d’imagination. C’est ce qu’on a pu voir partout depuis quelques jours.

Vendredi, le Noël des nôtres de Shawinigan a délaissé son traditionnel téléthon et s’est plutôt tourné vers la collecte de dons alimentaires à domicile, dans le respect des normes sanitaires, avec diffusion d’une émission spéciale d’une heure sur les ondes de NousTV. Les gens peuvent également faire des dons en argent jusqu’au 7 décembre via la plateforme virtuelle GoFundMe.

Au Noël du Pauvre, les soupers spaghettis, brunchs-bénéfices et déjeuners traditionnels dans les municipalités ont évidemment été abandonnés. On s’est tourné vers la vente de masques, la vente de billets de tirage, des initiatives plus variées les unes que les autres pour amasser le plus possible. Le téléthon, sans public, sera diffusé vendredi soir à Radio-Canada Mauricie. Exceptionnellement, un barrage routier pourra se tenir, et les gens seront invités à téléphoner en grand nombre.

Des 1500 inscriptions habituelles pour les paniers de Noël des Artisans de paix, on a pu amasser 900 inscriptions. Le directeur, Robert Tardif, se doute bien que les gens ont eu peur de se déplacer pour s’inscrire, par crainte de s’exposer au virus. On a redoublé d’efforts pour inciter les gens à s’inscrire, surtout les personnes seules, sans craindre pour leur santé. Ce lundi 23 novembre, les inscriptions seront de nouveau ouvertes dans les locaux de la rue Sainte-Cécile. Les gens pourront venir porter des denrées le samedi 28 novembre, de la nourriture qui sera mise en quarantaine. Et lors de la distribution, on ne laissera pas les gens venir s’agglutiner à l’entrée, on leur fera plutôt la livraison à domicile.

Les 5000 personnes généralement aidées par la Guignolée des médias verront d’ici au 24 décembre à quel point la solidarité peut à la fois être réelle et virtuelle. La Grande journée de la solidarité prendra place le 3 décembre, et les gens pourront faire des dons en textant «Noël» au 20222, en allant sur la plateforme La Ruche ou en faisant des dons en denrées dans différents bacs distribués dans les commerces de la région.

À La Tuque, le traditionnel Gâteau Latuquois se soldera par le radiothon le dimanche 6 décembre au centre social municipal, mais également une collecte de fonds le samedi 5 décembre en après-midi. On ne pourra pas accepter les gâteaux et pâtisseries pour cette année, mesures sanitaires obligent. Desjardins recueillera toutefois des dons dans ses succursales pour donner un coup de main à l’organisation, qui travaillera aussi en collaboration avec la Guignolée pour la cueillette de denrées non périssables.

Nulle part, cette année, vous entendrez quelqu’un dire qu’on «espère battre le record de l’an dernier». Partout, c’est le réalisme qui l’emporte. Ce qu’on peut espérer? D’amasser «le plus possible».

Parce qu’on a beau prôner la générosité et la solidarité, tout le monde se doute que ce sera plus difficile de convaincre virtuellement quelqu’un de se lever de son fauteuil et de faire un don en ligne. C’est tellement plus efficace de croiser son regard à l’épicerie du quartier, ou de lui tendre une tirelire au coin de la rue en lui offrant le plus beau «merci».

On a beau prôner la générosité et la solidarité, on sait aussi que davantage de personnes ne l’ont pas eu facile cette année, et que les citoyens ne pourront pas forcément être aussi généreux que par le passé.

Mais peu importe, on continue de prôner la générosité et la solidarité. On continue de se serrer les coudes, parce qu’on sait que la faim se fout éperdument des mesures sanitaires, et que contrairement à nous, elle ne se sera pas confinée cette année.

Parce qu’elle touche toujours plus de personnes chaque jour. Quatre familles de plus par jour, en fait.

Alors si vous le pouvez, donnez!