Comme on associe volontiers le colisée à un autre des grands projets du maire, il devient le prétexte taillé sur mesure pour déclencher les premières hostilités.

Prétexte aux hostilités: le colisée

À 51,7 pour cent des voix exprimées, on ne peut pas dire qu’à Trois-Rivières, Yves Lévesque a fait exploser quelque plafond que ce soit.

Mais en remontant au-dessus des 50 %, il a fait mieux qu’en 2013 et peut réclamer une pleine légitimité pour diriger la ville puisqu’une majorité d’électeurs ont à nouveau voté pour lui.  

Si on remet ce résultat dans le contexte d’un cinquième mandat qui porterait à 20 ans sa domination politique de ce qu’il a longtemps appelé «la nouvelle grande ville de Trois-Rivières»,  il faut quand même lui concéder que sa victoire du 5 novembre doit être reconnue comme un véritable exploit. 

Mais on doit aussi constater que si Yves Lévesque et ses partisans ont pu vivre un bon moment d’euphorie dimanche soir, la soirée électorale n’était pas terminée qu’on esquissait déjà dans son entourage rapproché les premières grimaces d’inquiétude avec les rides de souci naissant qui vont avec.

Lévesque venait bien d’arracher une prestigieuse victoire, mais la nouvelle composition du conseil municipal qui se dessinait  le prévenait que les quatre prochaines années seraient probablement les plus difficiles pour lui à la mairie de Trois-Rivières.

L’homme a bien connu de fortes oppositions au sein de son conseil municipal à son deuxième mandat et au suivant, avec en particulier un Groupe des 7 structuré et inspiré par la conseillère Sylvie Tardif.

Mais là, on a beau faire les comptes, analyser, supputer les sympathies des uns et des autres, on arrive au mieux à sept conseillères ou conseillers qui pourraient se ranger plus naturellement derrière le maire. Ce qui ferait la moitié du conseil. Mais c’est loin d’être acquis.

Tous les élus se présentent comme «indépendants», des non-alignés qui promettent de n’aller que dans le sens des intérêts des citoyens, sans partialité politique. Mais sous ce couvert de neutralité se dissimule dans plusieurs cas une opposition encore sourde qui a hâte de s’exprimer.

Il va se forger des alliances naturelles et ce ne sera pas long à paraître. 

D’abord, avec la formation du conseil exécutif, qui génère l’avantage de générer un supplément de revenus à ses membres, comme c’est aussi le cas à certains sièges de commissions municipales. 

Ce sont des postes convoités. Mais pour s’en faire accorder un, il faut être gentil avec le maire et lui donner l’assurance qu’il en sera ainsi pendant un bon bout de temps, parce que c’est lui qui fait les nominations. 

L’autre occasion, et elle est déjà arrivée, qui permettra de commencer à discerner les nouvelles alliances autour de la table du conseil, c’est le colisée.

Il n’y avait pas vingt-quatre heures d’écoulées après les élections qu’on annonçait déjà l’urgence d’une grande «réflexion» sur la pertinence de réaliser, dans sa forme actuelle ou pas, le projet de colisée. 

On comprend que les jeux d’eau de l’amphithéâtre Cogeco, on n’en parlera même plus.  

Comme on associe volontiers le colisée à un autre des grands projets du maire, il devient le prétexte taillé sur mesure pour déclencher les premières hostilités. Il y a des élus, nouveaux comme anciens, qui ont hâte de se forger des muscles politiques avec cette controverse. De révéler leurs couleurs.

Dire qu’Yves Lévesque avait d’abord compté procéder pendant la campagne électorale à la levée symbolique de la première pelletée de terre du futur colisée. 

Quand on a commencé à se douter qu’on ne rentrerait pas dans les coûts prévus (autour de 56 millions $), on s’est ravisé en décidant prudemment de reporter à plus tard l’ouverture des soumissions. Ç’aurait autrement été électoralement périlleux. De nos jours, les contribuables-électeurs digèrent mal les dépassements de coûts.

Radio-Canada Mauricie nous apprenait vendredi qu’on aurait effectivement retranché plusieurs centaines de sièges et coupé plusieurs aménagements afin de rapprocher les soumissions des premières estimations.  

Même si on y arrivait par une telle gymnastique, ce ne serait plus le même projet, ce qui autoriserait d’anciens conseillers qui l’avaient approuvé de justifier une position de repli et à des nouveaux élus d’y aller selon leurs convictions. 

Le projet de colisée, qui semblait pourtant sur les rails, sera le premier grand dossier qui va diviser le conseil municipal de Trois-Rivières et permettre de voir là où chacun campe.

Le sondage Segma Recherche commandé par Le Nouvelliste et Cogeco Média 106,9 avait indiqué que les Trifluviens appuyaient le projet de colisée à hauteur de 54,7 % contre 40,2 % qui y étaient opposés. Il faut savoir que les électeurs qui appuyaient Yves Lévesque se prononçaient fortement en faveur du colisée et  que c’était exactement le contraire chez les appuis à Jean-François Aubin.

 On pourra s’amuser dans les prochaines semaines à observer les accointances qui se révéleront à l’intérieur du nouveau conseil municipal de Trois-Rivières. 

On peut d’ores et déjà affirmer que l’esprit autour de la table va être complètement différent que par le passé. 

Ce sera plus le conseil qui initiera les projets que le maire. Ce sera aussi un conseil beaucoup plus axé sur les attentes citoyennes simples que sur les grands projets, même s’ils contribuaient au rayonnement de Trois-Rivières comme l’amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. 

Ce ne sera pas un conseil municipal de gauche, mais pas loin. Plus social, assurément. Les conseillers vont occuper plus de place dans l’espace public et certains pourraient même être perçus comme des activistes. 

Yves Lévesque acceptera-t-il de s’installer comme un grand sage au-dessus de la mêlée, qui ne dirait plus rien parce qu’on ne voudrait simplement plus savoir ce qu’il a à dire? Il peut être un peu zen, mais pas à ce point.  

S’il n’est pas à la barre de sa barque municipale, il va trouver le temps long. Ce cinquième mandat risque de devenir pour lui le plus long de sa carrière. 

Il ne faudrait pas se surprendre que le goût du large s’empare de lui. Et le goût du large, dans son cas, ce serait d’aller ailleurs en politique. Il y aura des élections au Québec l’an prochain et un besoin de candidats pour les partis politiques. Il y aura surtout des élections fédérales l’année suivante, un niveau où Yves Lévesque aurait déjà aimé se faire voir.

Même s’il vient à peine d’être réélu, l’homme regarde déjà un peu plus loin que les limites de sa ville. C’est devenu bien loin quatre ans.


Coup de griffe: Faut-il se surprendre que le champion nord-américain de la taxation toutes catégories, le Québec, choisisse héroïquement de prélever seul, non seulement sa TVQ sur Netflix, mais aussi la TPS fédérale? Un champion, c’t’un champion. Il n’y a pas que GSP qui pratique la prise du sommeil.

Coup de cœur:  Est-ce qu’il y a des «tout-inclus» dans les paradis fiscaux? Pas nécessaire, semble-t-il. Dommage, si c’était le cas, on aurait pu tenter d’impressionner notre entourage en disant qu’on va dans le sud, comme aux îles Caïmans, mais pour régler quelques petites affaires.