Sarah Denis et Maé-Lee Lacroix-Mineau, deux amies inséparables.

Petite deviendra grande

CHRONIQUE / On est mardi, le jour préféré de la petite dont la patience est récompensée aussitôt que la cloche sonne la fin des classes. Sans plus attendre, elle file à toute vitesse pour aller retrouver une grande qui adore les mardis aussi.

La petite, c’est Maé-Lee Lacroix-Mineau, 10 ans. La grande, Sarah Denis, 17 ans.

Sept années et le monde de l’adolescence les séparent. L’une y entrera bientôt. L’autre est sur le point d’en sortir. La petite est en 4e année du primaire. Finissante du secondaire, la grande a les yeux tournés vers le collège.

Rien ne les prédestinait à être des copines. C’est pourtant ce qu’elles sont. L’amitié n’a pas d’âge. Un cœur d’enfant non plus.

Sarah a été présentée à Maé-Lee dans le cadre du programme des Grands Amis initié par le Centre de pédiatrie sociale de Trois-Rivières, en partenariat avec l’organisme Grands frères Grandes sœurs et le Séminaire Saint-Joseph.

Plutôt que de faire appel à des adultes pour agir à titre de mentors, on a décidé de faire confiance à des adolescents de 15, 16 ou 17 ans pour aider des plus jeunes à s’épanouir.

Seize élèves de 4e et 5e secondaire, majoritairement des filles, ont accepté de faire cette différence dans la vie de ces écoliers âgés de 6 à 12 ans.

Ces ados ont compris que ces enfants qu’ils étaient eux-mêmes il n’y a pas si longtemps ont besoin d’un modèle dans leur vie. Cette heure et demie qu’ils leur consacrent est peut-être le rare moment dans la semaine où le plaisir prend toute la place.

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Certains signes ne trompent pas, comme l’écho d’une poignée d’enfants courant dans un long corridor. Ici, entre les murs de l’imposante institution, on les entend arriver de loin avec leurs bottes aux pieds et les cris joyeux.

«Ils sont vraiment contents! C’est toujours comme ça.»

Coordonnatrice du programme Les Grands Amis, Carolanne L’Heureux ne s’oppose pas à ce que cet enthousiasme s’exprime bruyamment. À 15 h 45, les cours sont terminés. Les classes sont vides. La place est libre et leur appartient.

Dans quelques minutes, un duo va jouer au hockey, un autre, aux espions. Ici, on va bricoler, plus loin, marcher simplement sur l’étage, sans l’obligation de faire une activité.

Ces élèves arrivent des écoles primaires érigées dans les premiers quartiers, soit un peu plus à l’ombre de cette maison d’enseignement privé qui ouvre grandes les portes à ses voisins plus défavorisés.

«On aime toutes les deux les mêmes affaires!»

Maé-Lee et Sarah le disent pratiquement en chœur avant d’énumérer à tour de rôle leurs intérêts en commun.

Depuis septembre dernier, chaque mardi donc, les deux copines ont rendez-vous pour parler de tout, rire pour rien, chanter comme ça vient, danser, dessiner, rêvasser...

Aînée d’une famille monoparentale de trois enfants, Maé-Lee comprend que sa mère a moins de temps à lui consacrer, occupée à s’occuper de son frère âgé de 6 ans et de sa sœur de 3 ans.

Plus vieille et autonome, Maé-Lee est capable de s’arranger toute seule, sauf que d’avoir une grande amie pour elle toute seule lui fait un bien immense.

«Sarah est comme ma sœur! Elle prend le temps de m’écouter. Je l’aime vraiment beaucoup!»

Une affection réciproque.

«On a une belle complicité!», confirme Sarah qui se considère également très chanceuse d’avoir Maé-Lee dans sa vie.

«Les enfants, c’est souvent heureux. Tu le vois dans leur visage. Ils sont expressifs. Avec eux, j’oublie que ma journée a pu être longue et difficile. Ça me fait du bien.»

La grande sait néanmoins que parfois, la petite est confrontée à des obstacles de toutes sortes.

«Je l’encourage à trouver du positif, à ne pas regarder en arrière, mais à avancer.

Son truc semble fonctionner.

En écoutant Sarah lui raconter que pour elle aussi, en cinquième secondaire, ce n’est pas toujours évident, qu’il faut trouver des solutions, s’accrocher à ses rêves et persévérer malgré les embûches, Maé-Lee lui annonce qu’un jour, elle sera infirmière.

«Je veux aider les autres!»

La petite se mire dans l’assurance de Sarah qui, elle, se reconnaît dans la spontanéité de Maé-Lee. On a un jumelage parfait.

Référé par le Centre de pédiatrie sociale, chaque petit ami arrive avec sa situation familiale plus ou moins complexe et son lot de difficultés, de carences, de besoins...

Il arrive qu’un enfant soit tenté de tester les limites de l’ado avant de s’attacher.

Est-ce que mon grand va me chicaner? Est-ce qu’il va rester ou partir? Pas du tout.

On ne demande pas à ces élèves du secondaire de montrer des habiletés parentales, encore moins de jouer les psychoéducateurs. Ils ne sont pas ici pour ça. C’est le rôle des intervenants sociaux qui font le suivi chaque semaine.

Tout ce qu’on souhaite de la part des jeunes impliqués bénévolement dans ce projet unique, c’est une présence, de l’empathie et par-dessus tout, le goût de s’amuser.

Pendant ces quatre-vingt-dix minutes où les rires font oublier le reste, une petite comme Maé-Lee gagne sérieusement en confiance en elle et envers les autres.

C’est tout ce qui compte pour Sarah, sa grande amie qui a l’intention de le rester.