Jean-Marc Beaudoin
Avec la séparation centrale, car on devra y déambuler à sens unique, en suivant la flèche comme dans les magasins, on pourra avoir une impression d’être confiné à un couloir, d’emprunter un sentier urbain plus que contrôlé, en poussant une marchette, à pied, accroché à son vélo ou... en triporteurs?
Avec la séparation centrale, car on devra y déambuler à sens unique, en suivant la flèche comme dans les magasins, on pourra avoir une impression d’être confiné à un couloir, d’emprunter un sentier urbain plus que contrôlé, en poussant une marchette, à pied, accroché à son vélo ou... en triporteurs?

Pensez donc à réserver votre terrasse

CHRONIQUE / Est-ce qu’il était vraiment nécessaire de donner à l’estivale piétonne rue Des Forges une allure d’impasse barricadée en la clôturant à l’intégrale comme on l’a fait?

Du coup, avec ces deux interminables alignements de clôtures métalliques grises, des clôtures de contrôle de foule, la rue, qui deviendra le trottoir, apparaît étroite. Sans compter qu’avec la séparation centrale, car on devra y déambuler à sens unique, en suivant la flèche comme dans les magasins, on pourra avoir une impression d’être confiné à un couloir, d’emprunter un sentier urbain plus que contrôlé, en poussant une marchette, à pied, accroché à son vélo ou... en triporteurs?

Mais si on veut se rassurer un peu sur ce manque de charme, la plupart des restaurateurs ont choisi de délimiter leurs terrasses élargies en réinstallant leurs propres clôtures, ce qui, avec leurs auvents, leurs tables et leurs chaises colorés et à leur image, restitue de beaucoup l’ambiance dilettante qu’on attend de ces lieux.

On y comprend le sens et le besoin d’atmosphère.

Faudra pas trop non plus exagérer sur la discipline distanciatoire. On est déjà prévenu qu’il y aura une plus forte présence policière que par les étés passés. La police, c’est bien, mais ce n’est pas un grand argument de marketing pour attirer une clientèle à l’esprit festivalier.

On sait aussi que la brigade urbaine aura elle aussi à surveiller le respect des deux mètres de séparation exigés entre les gens.

Même sans pouvoir coercitif, il sera souhaitable que leurs avertissements restent sur un ton et dans une forme diplomatiques. Car, qu’on le veuille ou pas, le confinement a laissé bien du monde sur le gros nerf. Plusieurs chauds rayons de soleil seront encore requis pour replacer toutes humeurs à leur place.

Disons qu’on pourrait voir mal les brigadiers se promener avec des rubans à mesurer... déployés.

On veut peut-être être sanitaire exemplaire, il faudra quand même avoir en tout premier le souci de laisser aux gens qui fonceront cet été sur le centre-ville de Trois-Rivières pour profiter de la vie, une expérience plus qu’heureuse. Il faudra qu’une première visite dans cet aménagement nouveau donne le goût d’y revenir... et souvent.

Car non seulement les commerçants, restaurateurs et éventuellement tenanciers de bars auront à éponger de lourdes pertes, mais ils seront privés de deux types de clientèles majeurs.

D’une part, le télétravail imposé par la pandémie fera en sorte qu’il y aura encore des milliers de travailleuses et travailleurs, qu’on pense seulement aux bureaux du gouvernement, qui continueront de besogner à la maison.

Ils contribuaient beaucoup à soutenir les affaires, en particulier sur l’heure du midi et en fin de journée.

D’autre part, l’annulation de tous les grands événements qui amenaient à Trois-Rivières des milliers de visiteurs aux poches profondes, qui faisaient sonner bruyamment les caisses enregistreuses, fera perdre de gros revenus. Qu’on pense au Cirque du Soleil, qui quatre soirs par semaine, générait à lui seul une première tablée dans la majorité des restos.

On ne pourra vraiment pas se permettre de manquer son coup cet été. La qualité de vie des Trifluviens dépend de la variété et de la vigueur commerciales de son centre-ville. La clientèle locale et régionale doit prendre ce relais pour s’assurer un futur agréable.

Il y a quand même un peu d’incertitude en raison de la fluidité de la circulation automobile qui n’est pas vraiment acquise.

À Shawinigan, parce qu’il y avait la Place du Marché à proximité de plusieurs établissements, la 5e Rue de la Pointe ne sera jamais fermée.

À Trois-Rivières, pour accorder aux restaurateurs l’espace nécessaire pour maintenir le nombre de places prévues à leurs permis de vente de boisson, il a fallu concéder les trottoirs. La chaussée devient donc l’allée piétonnière forcée...

La rue Des Forges était déjà fermée à la circulation automobile l’été les beaux vendredis et samedis soirs.

Là, elle le sera tout le temps, beau temps... mauvais temps.

Même si on se réjouit à l’idée que piétons et cyclistes (pour certaines rues) y seront plus à l’aise que jamais, la clientèle du centre-ville provient en grande partie des périphéries bourgeoises de la ville, que ce soit de l’ouest, du nord ou de l’est. Et c’est en automobile qu’on vient pour la très grande majorité pour s’y divertir.

Avec les restrictions nouvelles qui leur seront imposées, en fermetures permanentes de rues, dont Des Forges et en réductions d’offres de stationnement, il faudra s’assurer que la mobilité automobile ne tourne pas au désastre... et oublier certaines idéologies qu’on soupçonne parfois derrière certaines mesures. Notre-Dame constamment bouchonnée, par exemple, ça indisposerait.

Il y a une expérience à mener au centre-ville de Trois-Rivières et il faudra qu’elle soit heureuse pour tout le monde.

On pouvait regretter que la réouverture des restos et de leurs terrasses n’ait pas coïncidé avec ce week-end. Mais avec les vents décoiffants de vendredi et la petite froidure de ce samedi, on va avoir de la compréhension.

Par contre, c’est comme si la nature avait décidé de récompenser notre attente en nous prévoyant, à compter de lundi, une semaine quasi caniculaire. Il serait peut-être sage de réserver sa place.

Coup de cœur: À la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières et à sa présidente sortante, Johanne Hinse, pour l’immense travail abattu... en pleine pandémie.

Coup de griffe: C’est aussi tout le secteur privé qui croit nécessaire, comme l’actuel gouvernement, d’obtenir des autorisations beaucoup plus rapides au Québec pour les projets d’investissement. COVID ou pas!