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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Dans le corridor du troisième étage de la Résidence Grand-Mère, les résidents sont vaccinés un à un par l’équipe du CIUSSS MCQ.
Dans le corridor du troisième étage de la Résidence Grand-Mère, les résidents sont vaccinés un à un par l’équipe du CIUSSS MCQ.

Vacciner l’espoir de porte en porte [CHRONIQUE AUDIO]

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CHRONIQUE / Il y a de la fébrilité dans l’air à la Résidence Grand-Mère de Shawinigan. C’est un grand jour et ça se sent. Les chaises sont toutes alignées devant les portes des appartements sur les étages. Certains résidents sont assis là depuis déjà plusieurs minutes. «Est-ce que l’autobus est arrivé?», me demande ce résident, à travers son masque.

Écoutez la version audio de cette chronique.

L’autobus, c’est le livreur qui va amener les précieuses doses du vaccin Pfizer. Et justement, il vient de faire son entrée dans la résidence, glacière à la main. Le précieux colis que l’on reluque pratiquement comme le Saint-Graal était visiblement très attendu par toute l’équipe. Le livreur n’aura probablement jamais livré autant de bonheur de sa carrière.

Yvon Héroux et Mariette Milette Héroux sont heureux de recevoir le vaccin, eux qui attendent avec impatience de pouvoir de nouveau prendre leurs enfants dans leurs bras.

Au sous-sol, les petites abeilles s’organisent. L’équipe de vaccination du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec prépare avec soin chacun des chariots roulants qui iront de porte en porte pour vacciner les 130 résidents. Ils ont tous dit oui au vaccin. On n’aura pas de question à se poser là-dessus aujourd’hui.

Une à une, on sort délicatement les fioles pour les aligner sur la table, où elles devront dégeler pendant environ 30 minutes. La coordonnatrice de l’équipe de vaccination pour le territoire de l’Énergie, Manon Tousignant les manipule avec soin. Elle sait ce que représente chacune de ces doses, bien au-delà d’une considération monétaire. Pour chaque résident qui attend aux étages supérieurs, c’est la promesse d’un retour à une vie un peu plus normale dans quelque temps. La promesse de cesser cet isolement qui nous brise de l’intérieur et qui nous laisse croire que du précieux temps nous a été volé depuis un an.

Lorsque la glacière contenant les vaccins arrive à la résidence, tous les yeux sont tournés vers son contenu.

«C’est du gros bonheur ce matin. J’avais plein de résidents qui avaient des rendez-vous médicaux, ils ont tout annulé. Ils ne voulaient pas manquer ça», explique le directeur général de la résidence, Pierre Lahaye, qui voit en cette opération une forme de délivrance, un vent d’espoir qui va enfin pouvoir souffler sur l’ensemble des étages.

Car les derniers mois n’ont pas été faciles, surtout depuis que le gouvernement a ordonné la fermeture des salles à manger, même pour les résidences qui, comme la Résidence Grand-Mère, n’ont jamais eu de cas à l’intérieur de leurs murs. Pour plusieurs résidents, le fait d’aller manger avec les autres résidents était leur plus grande source de socialisation et de sécurité. Ce matin-là, pendant que la tournée de vaccination s’organisait, M. Lahaye a mandaté un employé pour aller veiller sur une résidente qui ne cessait de pleurer depuis deux jours, désemparée de l’isolement et de la solitude.

Manon Tousignant, coordonnatrice de l’équipe de vaccination, prépare chacune des seringues au fur et à mesure.

Mais les petites abeilles bourdonnent très fort au sous-sol et s’apprêtent à monter sur les étages pour égayer la journée de ceux qui ont très hâte de passer à autre chose, de pouvoir aller manger en communauté, jouer au bingo en groupe ou à la pétanque et suivre leurs cours d’aquaforme à la piscine.

C’est Manon Tousignant qui préparera chacune des seringues. Elle s’applique à préparer le produit tel que recommandé, en se souciant bien de le protéger de la lumière pour ne pas l’altérer.

Ses coéquipières se chargeront de faire le lien avec les résidents, de poser les questions d’usage et de vacciner. La plupart d’entre elles sont des infirmières à la retraite qui sont venues donner un coup de main via la plateforme «Je contribue», ou alors qui faisaient déjà partie de l’équipe pour la campagne de vaccination de l’influenza.

Les petites abeilles bourdonnent au sous-sol de la résidence, on prépare les chariots qui monteront sur les étages pour vacciner les résidents.

«Je ne suis pas inquiète que tout le monde ici serait en mesure de préparer les doses. Mais on a trouvé cette méthode de travail, ça convient à tout le monde et c’est efficace», résume Manon.

À ses côtés, Suzy Tremblay, coordonnatrice de la vaccination pour les résidences privées pour aînés sur l’ensemble du territoire du CIUSSS MCQ, nous explique avec détail tout le processus de décongélation de même que les temps recommandés pour administrer selon la température à laquelle le vaccin est conservé. Elle connaît tout par coeur. Et si, au terme de cette journée, quelques seringues n’ont pas été utilisées, elles serviront à vacciner des employés de la résidence. «Il n’y a aucune perte. Chaque dose est utilisée. C’est vraiment important», explique-t-elle.

Le convoi se met en route, direction troisième étage. Au bout du corridor, Yvon Héroux et son épouse Mariette Milette Héroux attendent devant la porte du logement, la manche pratiquement déjà relevée. La seule vue de ce vaccin, pour eux, est comme une lumière au bout d’un long tunnel. Ils voient déjà le moment où ils pourront de nouveau serrer dans leurs bras leurs deux enfants, les petits-enfants et même l’arrière-petit-enfant, sans avoir à porter un masque et à garder deux mètres de distance. M. Héroux a hâte de pouvoir reprendre ses parties de pétanque intérieure, son épouse rêve déjà du jour où elle retournera passer quelques jours au chalet de sa soeur, sur le bord du lac McLaren à Saint-Mathieu-du-Parc.

Pierre Lahaye, directeur général de la Résidence Grand-Mère.

Mais ce n’est pas pour tout de suite, ils en sont conscients. Il faudra continuer de respecter certaines mesures, même une fois vaccinés. Car le vaccin ne protège pas complètement du virus, il ne fait qu’en atténuer les effets lorsqu’il se faufile jusqu’à nous. «J’espère que les gens vont continuer à être prudents. Ici, nous n’avons eu aucun cas, et je pense que c’est parce que nous avons été bien informés et dirigés par le personnel. Il va falloir continuer d’être vigilants», mentionne Mariette Milette Héroux.

Entre nervosité et hâte, chacun des résidents a relevé sa manche, le sourire aux lèvres. Le genre d’affectation que les infirmières apprécient tout particulièrement, surtout quand on a été habituée toute notre carrière à pratiquer au bloc opératoire. «On n’a pas autant de sourires quand on est au bloc. C’est un cadeau de pouvoir faire ça», me lance en riant l’une des infirmières, avant de retourner s’occuper de son patient des prochaines minutes.

Les 130 résidents de la Résidence Grand-Mère ont été vaccinés le 24 février.

Plus tôt dans la semaine, la même équipe vaccinait dans une autre résidence privée pour aînés de Shawinigan. Une fois l’opération terminée, tout le corridor s’est mis à entonner «C’est un M, un E, un R, c’est un C avec un I...». Une chorale improvisée qui a laissé résonner la gratitude ressentie et qui donne ces jours-ci, une résidence pour aînés à la fois, une bouffée d’air frais à ceux qui ont trop souffert de l’isolement.