Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Patrice Larin, directeur général du Centre de prévention du suicide Accalmie.
Patrice Larin, directeur général du Centre de prévention du suicide Accalmie.

Un vote pour sauver des vies

CHRONIQUE / Il se passe quelque chose de pas banal ces jours-ci pour la Fondation prévention du suicide Accalmie de Trois-Rivières. L’organisme est le seul de la région, et l’un des deux seuls au Québec, à avoir été retenu comme l’un des dix finalistes au grand concours philanthropique pancanadien organisé par iA Groupe financier. Si l’organisme arrive à se hisser dans le top trois des finalistes au terme d’un vote populaire sur Internet, il remportera 100 000 $ pour poursuivre sa mission.

Quand on oeuvre dans le communautaire, 100 000 $ c’est loin d’être banal. Dans le cas de la Fondation prévention du suicide Accalmie, c’est trois fois ce qu’on récolte annuellement lors des deux grandes collectes de fonds annuelles.

Mais pour que ça puisse devenir réalité, il faut voter avant le 29 novembre.

J’y suis allée, c’est fait.

Je l’ai fait, parce que j’ai eu la chance à plus d’une reprise de voir à quel point cet organisme pouvait faire une différence. Je l’ai vu dans les yeux de François, le 24 décembre 2007. J’avais eu le privilège d’aller dîner, juste avant le réveillon, avec les personnes qui étaient hébergées à Accalmie. Parce que même si c’était Noël, même si tout le monde se préparait à aller fêter en famille, le centre d’hébergement ne prenait pas de pause, et ses neuf lits affichaient complet.

François était assis à côté de moi et nous avions sympathisé rapidement. Il m’avait raconté son histoire. Un entrepreneur pour qui les affaires n’allaient plus bien, qui perd son commerce, qui vit en même temps une séparation avec la mère de ses enfants. Une histoire triste, mais tellement commune, qui peut arriver à n’importe qui.

Il a craqué. Il a voulu mourir. Heureusement, il a pris le téléphone au lieu de mettre en oeuvre son plan. Il est allé passer du temps à Accalmie. Il a fait le point. Il a eu de l’aide. Il a compris qu’il y avait encore du beau à venir pour lui.

J’ai recroisé François totalement par hasard, au parc portuaire, quelques années plus tard. On s’est tout de suite reconnus. Il était tellement fier de venir me dire qu’il venait de se repartir en affaires, que la business roulait bien, et m’a présenté sa nouvelle conjointe. Il avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

Il était un rescapé.

François, ce n’est pas son vrai nom. Mais son nom n’a pas tellement d’importance au fond, parce que son histoire pourrait être celle de n’importe qui, qui un jour, perd l’équilibre. N’importe qui peut recevoir un jour cette claque au visage qui nous fera contempler l’abîme une seconde de trop.


« N’importe qui peut recevoir un jour cette claque au visage qui nous fera contempler l’abîme une seconde de trop. »
Paule Vermot-Desroches

Pour preuve, depuis les dernières semaines de la pandémie, le retour du confinement et la fermeture de nombreux commerces, le volume d’appels a augmenté de 15 % au Centre de prévention du suicide Accalmie. On répond à toutes ces demandes d’aide, en plus de poursuivre les différentes formations pour créer des sentinelles qui sauront détecter la détresse suicidaire en milieu de travail dans la région. On continue d’offrir du soutien aux proches endeuillés, on continue d’héberger des personnes comme François, sachant que les petits gestes posés aujourd’hui pourront lui redonner le sourire quand on le recroisera, dans quelques années.

Avec 100 000 $ de plus, on peut rêver à l’embauche de nouveaux intervenants pour faire face aux immenses besoins créés par la pandémie, pour absorber le volume grandissant des demandes, explique le directeur général Patrice Larin. On peut rêver à davantage de sensibilisation dans la population pour tirer l’alarme pour ceux qui ne voient plus qu’en noir et blanc. On peut penser à créer un peu plus de bonheur, bref.

Mais pour ça, il faut voter.