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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
L’arbre décisionnel du déneigement des trottoirs sera revu en profondeur en 2021 à Trois-Rivières.
L’arbre décisionnel du déneigement des trottoirs sera revu en profondeur en 2021 à Trois-Rivières.

Un arbre à dépoussiérer

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CHRONIQUE / Les pistes cyclables et la plantation d’arbres ont beau avoir volé la vedette de l’adoption du dernier budget municipal et du Plan triennal d’immobilisations à Trois-Rivières, il y a un arbre dont on a peu parlé. Et il commence à être temps que l’on s’y attarde.

L’arbre décisionnel du déneigement des trottoirs à Trois-Rivières aurait besoin d’un petit coup de dépoussiérage. Et si le sujet n’a pas tant retenu l’attention du public de la dernière présentation budgétaire, on a quand même pu apprendre que le Comité sur les travaux publics et le génie se penchera sur cette question en 2021, en amorçant une grande réflexion quant à sa constitution actuelle. Voilà une bonne nouvelle qui a du sens.

On sait qu’à Trois-Rivières, plus ou moins 50 % des trottoirs sont déneigés, une décision politique remontant à plusieurs années et visant une économie budgétaire. Je vous passe l’ensemble des détails du contenu de cet arbre décisionnel, que l’on peut facilement retrouver sur le site web de la Ville. Ce qu’il faut savoir, c’est que cet outil a été mis en place pour évaluer, de façon non partisane, si un trottoir devait être déneigé ou non. Ça se base sur un comptage d’utilisateurs lors des heures de grande affluence, la présence ou non d’écoles ou de commerces, la configuration d’une rue passante, la présence de parcomètres ou d’arrêts d’autobus... bref, un paquet de facteurs objectifs qui visent à éviter que le choix du déneigement de tel ou tel trottoir ne devienne politique.

J’en suis, jusqu’à ce que ça vienne jouer sur le gros bon sens. Heureusement, ces cas sont souvent anecdotiques, mais ils n’en sont pas moins fâchants pour les citoyens concernés.

Le Nouvelliste rapportait, en octobre dernier, le cas de Marie-Hélène Laplante, dont le fils qui fréquente la maternelle de l’école Saint-Pie-X doit carrément marcher dans la rue l’hiver, dans une bretelle d’accès à la rue Ludger-Duvernay, avec des voitures arrivant en sens inverse qui ne l’apercevront qu’au dernier moment.

Ce trottoir non déneigé se trouve pourtant à quelques dizaines de mètres de l’école à peine. Au bout de la bretelle, on peut apercevoir la brigadière qui attend, et on peut pratiquement entendre la cloche sonner.

L’arbre décisionnel dicte que les trottoirs dans un rayon de 300 mètres d’une école doivent être déneigés s’il y a affluence de 30 piétons et plus durant trois heures représentatives. La bretelle de Ludger-Duvernay n’a pas ce niveau d’affluence, même si le risque est réel qu’un enfant puisse se faire frapper par un automobiliste. La demande des parents a fait l’objet d’une demande de révision de la part du conseiller municipal Pierre Montreuil. En date d’aujourd’hui, la réponse est toujours attendue.

Quelques semaines plus tôt, plusieurs parents habitant la rue Jeanne-Crevier s’indignaient eux aussi de voir qu’on ne déneigerait pas le trottoir du boulevard des Chenaux menant à la rue Dunant afin qu’une douzaine d’enfants puissent se rendre de façon sécuritaire à l’école Jacques-Buteux.

La demande de révision avait été refusée... puis acceptée étant donné qu’on avait mal calculé le comptage des piétons et que le trottoir entrait finalement dans les critères de l’arbre décisionnel.

Le directeur général adjoint de la Ville et directeur des travaux publics, Ghislain Lachance, a indiqué mardi après-midi que cet arbre décisionnel fera l’objet d’une grande réflexion en 2021. Non seulement pour voir de quelle façon les cas anecdotiques, mais non moins problématiques, peuvent être résolus, mais aussi parce que des trottoirs qui sont actuellement déneigés ne devraient tout simplement plus l’être, que ce n’est plus pertinent.

Les élus qui siègent sur ce comité, dont Valérie Renaud-Martin et François Bélisle, estiment également que cette réflexion s'impose et s'y consacreront eux aussi.

Revoir un tel arbre décisionnel n’a cependant rien d’anodin, et ça ne se fera pas en deux ou trois jours. Parce que chaque kilomètre de plus que l’on déneige a des impacts sur le budget de la Ville, mais aussi sur la capacité d’accueil des sites de dépôt à neige à l’est et à l’ouest. Déjà à pleine capacité, les deux sites s’apprêtent à être agrandis, mais ça prendra encore quelques mois avant que ce soit opérationnel dans certains cas.

Par ailleurs, la Ville reçoit aussi beaucoup de neige privée, provenant des stationnements de commerces et d’entreprises qui, au lieu d’entreposer la neige sur leurs terrains, iront la mettre dans les dépôts à neige moyennant un certain coût. Serait-il justifié d’augmenter ces coûts pour financer davantage le déneigement de portions de trottoirs? En même temps, une augmentation des coûts pourrait-elle inciter certains commerçants privés récalcitrants à se débarrasser de cette neige de façon beaucoup moins écologique, voire illégale? Pourrait-on envisager financer l’aménagement d’un autre site de dépôt à neige pour les privés? Du coup, le transport de cette neige pourrait-il générer davantage de coûts de transport et de gaz à effets de serre?

Mais avant tout, un critère visant la fréquentation d’au moins 30 piétons durant une période significative sur un trottoir est-il justifié de s’appliquer dans un corridor scolaire? Si le trottoir ne compte qu’une fréquentation de vingt écoliers qui doivent obligatoirement se déplacer matin et soir vers l’école, la sécurité de ces écoliers ne devrait-elle pas primer sur le fait qu’il aurait été préférable qu’ils soient dix de plus à emprunter ce trottoir?

Le calcul est loin d’être simple. Par contre, quand on considère des cas isolés comme celui du fils de Marie-Hélène Laplante, on a facilement envie de se dire que la sécurité des enfants ne devrait pas avoir à payer le prix de l’entreposage de la neige privée, ni même celui d’un calcul budgétaire aussi machinal. On verrait plutôt poindre le gros bon sens qui lève la main, et on aurait envie de lui donner son tour de parole.

Le discours faisant la promotion du «bon remède au bon endroit» prôné dans un contexte d’approche systémique en sécurité routière, voilà entre autres à quoi il faut espérer que cette révision de l’arbre décisionnel puisse mener.