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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Marie Pelletier parle avec douceur et résilience de sa maman, Carmen Rock Pelletier, l’une des premières personnes dans la région à avoir été emportée par le coronavirus.
Marie Pelletier parle avec douceur et résilience de sa maman, Carmen Rock Pelletier, l’une des premières personnes dans la région à avoir été emportée par le coronavirus.

Trouver le positif à travers l’épreuve

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CHRONIQUE / C’est une histoire de résilience, une histoire de paix et de reconnaissance à travers la mort inexplicable et soudaine, causée par un foudroyant virus. C’est l’histoire de l’amour d’une fille pour sa mère, et de sa capacité à chercher le beau à travers l’épreuve.

Le 4 avril 2020, alors que le pays est confiné depuis environ deux semaines et commence à peine à mesurer l’ampleur de ce qui vient de lui tomber dessus, Marie Pelletier apprend que sa maman, Carmen Rock Pelletier, vient de contracter le coronavirus. La dame de 79 ans habite une résidence du centre-ville de Trois-Rivières, où elle reçoit les soins nécessaires à sa condition, elle qui a été grandement affectée par un AVC quelques années auparavant.

Comme dans bien d’autres résidences, le foutu virus a réussi à se frayer un chemin, et sa maman n’a pas pu y échapper. On l’envoie à l’hôpital.

«Elle avait déjà une santé fragile. On le savait qu’elle pouvait être très à risque si elle attrapait la COVID. Mais quand ça arrive, on essaie quand même de rester positif, on s’accroche aux bonnes nouvelles. On a quand même espéré qu’elle puisse s’en sortir», explique Marie.

L’enseignante et maman de deux adolescents compose donc avec le stress vécu par l’ensemble de la population, du confinement, de la fermeture des écoles, de l’incertitude économique et de la distance toujours plus pesante. Mais pour elle s’ajoute également le poids de ne pas pouvoir aller tenir la main de sa mère qui combat ce virus à l’hôpital. «Je pense que ça a été ça, le plus difficile, de ne pas pouvoir être avec elle. Mais on se parlait au téléphone. Le médecin nous appelait deux fois par jour pour nous donner des nouvelles. Les infirmiers et infirmières qui étaient avec elle prenaient le temps de lui passer le téléphone pour qu’elle puisse nous entendre. On se concentrait sur l’essentiel, sur ce qui était important, se dire les belles choses, les vraies choses», se souvient Marie.

Le 10 avril, le vent n’a pas tourné du bon côté. La condition de Carmen s’est aggravée. Sa fille a pu lui parler une dernière fois au téléphone.

«Elle a travaillé comme infirmière dans sa vie, alors elle comprenait l’importance des mesures. Mais elle m’a demandé si c’était certain que je ne pouvais pas venir. Je lui ai expliqué que non, elle a compris et on a continué de se parler au téléphone. C’était très difficile de ne pas pouvoir être là, mais je sais qu’elle était bien entourée. Le personnel médical avec elle, même s’il avait beaucoup de travail, prenait tout le temps qu’il fallait pour qu’on puisse se parler. J’ai senti beaucoup d’humanité de leur part. Il y a eu beaucoup de beau dans cette crise, on ne le réalise pas assez», mentionne Marie.

Le 11 avril, Carmen Rock Pelletier a quitté ce monde. Elle faisait partie des premières victimes du coronavirus dans la région. Ses deux enfants et ses trois petits-enfants se sont réunis dans l’intimité pour la saluer une dernière fois. Ils se sont promis de refaire la célébration de sa vie lorsque les mesures seront levées et qu’il sera possible de réunir tous ceux qui ont aimé Carmen.

Même s’il n’y avait pas encore beaucoup de cas recensés dans la région lorsque sa mère a contracté le virus, Marie Pelletier jure n’avoir jamais senti de chasse aux sorcières ou de curiosité mal placée à l’égard de sa famille, bien au contraire. Le soutien des proches et des collègues de travail a été instantané et grandement apprécié.

«On a tellement l’habitude maintenant de texter ou d’envoyer des courriels. Là, le téléphone sonnait. Les gens prenaient le temps d’appeler, de nous dire qu’ils nous aimaient, de nous demander si on avait besoin de quelque chose. Oui, nous étions confinés et à distance, mais on n’a jamais senti qu’on était seul là-dedans», confie-t-elle.

D’ailleurs, la famille n’a pas non plus voulu pointer du doigt qui que ce soit ou trouver un coupable de l’éclosion qui a emporté Carmen. «C’est une crise mondiale. Oui, le virus est entré dans la résidence, mais c’était tellement difficile d’y échapper. Pour nous, on n’avait pas d’énergie à consacrer à ça. Ce serait uniquement de l’énergie négative. Ça ne changerait rien et ça viendrait seulement nous affaiblir», martèle Marie Pelletier.

Là où elle consacre maintenant ses énergies positives, c’est en parlant de son histoire et en rappelant à travers elle l’importance de respecter les mesures, de ne jamais baisser la garde, pour ne pas que davantage de personnes vulnérables meurent. «Il n’y a rien d’exagéré, ce qui se passe est réel. Quand j’entends des gens chialer contre le masque par exemple, je ne me gène pas pour le dire. Pour nous, ce n’était pas juste un chiffre, un cas. C’était ma mère», explique celle qui voudrait tant qu’aucune autre famille n’ait à traverser ce qu’elle a traversé.

Malgré tout, Marie Pelletier jette un regard résilient et pacifique sur l’année qui vient de passer. Elle se réconforte à penser ce qu’aurait signifié pour sa mère de devoir vivre confinée pendant plusieurs mois, avec des mesures très strictes et peu de visite. «Je n’imagine pas ce que ça aurait été pour elle, si elle n’avait pas attrapé le virus et qu’elle avait eu à traverser ça. Pour nous, à quelque part, c’est aussi une forme de soulagement et ça nous aide à continuer», mentionne-t-elle.

Marie Pelletier a eu un œil très attentif aux premières images provenant des CHSLD et des résidences pour aînés où l’on pouvait voir les résidents se faire vacciner. À travers chacune de ces personnes, elle voyait probablement un peu de sa maman, et se réjouissait de savoir que ces gens pouvaient maintenant bénéficier de cette protection et envisager un avenir un peu plus doux.

Et Marie entend bien être la première en ligne lorsque son tour viendra de recevoir la précieuse dose.