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Jessica Michaud est infirmière-chef de l’unité COVID au CHAUR de Trois-Rivières.
Jessica Michaud est infirmière-chef de l’unité COVID au CHAUR de Trois-Rivières.

Résilience et humanisme à travers la tempête

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — L’image est encore bien précise dans la tête de Jessica Michaud. Ce moment où, au milieu d’un corridor au CHAUR de Trois-Rivières, ses collègues infirmières et elle apprenaient qu’elles seraient toutes attitrées à l’unité COVID qu’on s’apprêtait à mettre en place en prévision de la pandémie qui allait frapper d’une seconde à l’autre. C’était il y a un an.

«Sans trop vouloir le montrer, on avait peur. On ne connaissait pas bien le virus, ni les mesures à prendre ni si c’était réellement dangereux pour nous. Mais on a toujours réussi à garder le contrôle, et on a reçu dès le départ un appui de nos boss. On sentait que nous n’étions pas laissées à nous-mêmes», raconte celle qui agit comme infirmière en chef de l’unité COVID à Trois-Rivières.

Depuis un an, le personnel médical, les infirmières, les préposés aux bénéficiaires et tous ceux qui œuvrent dans le système de santé ont été sur la ligne de front de cette lutte qui se poursuit toujours. Une lutte qui a laissé derrière elle des centaines de morts, des familles endeuillées, des survivants qui composent encore avec des séquelles... mais également un énorme sentiment d’unité et de résilience pour le personnel de la santé qui, à travers la pandémie, dit vivre quotidiennement une incroyable expérience professionnelle et humaine.

C’est aussi la perception de la Dre Fannie Asselin, médecin omnipraticienne aux CHSLD Cooke et Roland-Leclerc. Lorsqu’une éclosion a frappé la résidence Cooke, au début du mois de janvier dernier, le personnel n’a eu d’autre choix que de se retrousser les manches et faire ce qu’ils savaient le mieux faire: prendre soin des résidents.

«Évidemment, tout n’a pas été rose, tout n’a pas été facile. Mais on a vite réussi à faire une belle organisation de l’étage. Tout le monde y a contribué. Les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, les gens de l’entretien. La pharmacienne Sophie Vincent nous a donné un sacré coup de main pour l’organisation. Il y a même eu des paramédics qui sont venus prêter main-forte pour la prise de signes vitaux. J’ai toujours été une fille d’équipe et je me rappelle m’être dit à ce moment-là: je suis vraiment sur mon X», relate Dre Asselin.

Le virus n’aura toutefois pas épargné les deux travailleuses. Si Fannie Asselin a eu peu de symptômes de la COVID lorsqu’elle a été infectée en décembre dernier en même temps que son conjoint et ses trois enfants, il en a été autrement pour Jessica Michaud qui a contracté le virus dès les premiers jours de la pandémie. «Les symptômes, je les ai tous eus, excepté la détresse respiratoire. J’étais fatiguée au point d’avoir du mal à me lever pour aller à la salle de bain. Je suis restée enfermée dans ma chambre pendant quatorze jours. Mon conjoint et mes enfants vivaient dans le sous-sol pour éviter la contagion», se souvient celle qui se dit chanceuse de ne pas avoir conservé de séquelles.

Dre Fannie Asselin est médecin omnipraticienne aux CHSLD Cooke et Roland-Leclerc.

Mais cette partie de leur histoire personnelle relève maintenant du souvenir pour ces deux femmes, qui préfèrent mettre la lumière sur tout le travail qui a été accompli depuis un an et l’admiration qu’elles portent à leurs collègues du réseau pour avoir tenu bon dans cette tempête.

«Quand ça allait moins bien, qu’on vivait du stress ou des frustrations, on se disait toujours: nous sommes là pour le patient. On a toujours réussi à se recentrer sur l’essentiel, nos résidents. Il y a eu beaucoup de bienveillance à travers tout ça. Je ne dis pas que ça a été une partie de plaisir tous les jours. Mais autant la pandémie a pu faire ressortir le plus laid parfois dans la société, autant ce qu’on a vécu ici a été beau. Il y a un lien très fort qui nous unit maintenant», soutient Fannie Asselin, soucieuse de rappeler avec quelle attention les résidents ont été traités, même jusqu’au dernier souffle.

«En CHSLD, c’est la dernière maison des gens qui sont en fin de vie. Notre mandat est aussi de faire en sorte que le décès se passe bien, dans la dignité. Notre priorité était de donner des soins à la hauteur de ce qu’on était capable de faire, et on a réussi. Les horreurs qu’on a pu voir à certains endroits, ça ne s’est pas passé ici. Les gens ne sont pas morts de soif, ils ont été changés, nourris, on a même tenu un programme de marche pour ceux qui se déplaçaient encore seuls afin qu’ils ne perdent pas trop de leur mobilité. On a toujours continué de faire notre travail avec le même humanisme», considère la médecin de la résidence Cooke.

Dans les couloirs de l’unité COVID du CHAUR, où plusieurs décès sont aussi survenus, Jessica Michaud se souvient avoir vécu à la fois des moments très difficiles et à la fois emplis de compassion et d’humanité. «Durant la première vague, on avait plusieurs décès par semaine et ces gens étaient seuls. Parfois, on faisait le contact avec les familles grâce à la tablette électronique, mais pour les proches c’était aussi un choc de voir les gens qu’ils aimaient dans cet état. Ça a parfois été très difficile. En même temps, on leur tenait la main lorsqu’ils partaient. On ne les a jamais laissés seuls», se souvient-elle, rappelant que les mesures ont depuis été assouplies et qu’en respectant certaines consignes, il est maintenant possible de visiter les gens à l’unité COVID.

Dans ces corridors où les infirmières ont eu à traiter des patients de tous les âges et de toutes les conditions, Jessica Michaud se dit convaincue que l’ensemble de ses collègues auront développé des connaissances et des habiletés dont elles ne se seraient jamais crues capables.

«Ça nous a poussées à se spécialiser dans plusieurs domaines. On a souvent été confrontées à nos propres craintes, mais la résilience a été le mot clé. Je sens qu’on a plus confiance en nos capacités. On a misé à fond sur le travail d’équipe. Quand de grandes épreuves surviennent comme ça, ça nous pousse à aller chercher le meilleur à l’intérieur de nous», constate-t-elle.

La lutte au coronavirus étant loin d’être terminée, les deux femmes estiment plus que jamais essentiel que la population ne relâche pas la vigilance. «Un relâchement mettrait à risque plusieurs personnes encore vulnérables. Et si ça arrivait à un de vos proches? Il ne faut rien prendre à la légère parce que personne n’est à l’abri. À l’unité COVID, on a traité des jeunes, des personnes plus âgées, des gens qui étaient très en forme et qui ont perdu cette forme. Nous sommes bien placées pour le savoir», note Jessica Michaud.