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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Promis, ma fille... un jour la vie redeviendra normale.
Promis, ma fille... un jour la vie redeviendra normale.

Promis, ma fille...

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CHRONIQUE / «Ce n’est pas comme d’habitude, maman. Et je suis tannée que ce ne soit pas comme d’habitude!»

Dimanche après-midi, jour de Saint-Valentin. La planche à découper a tout vu passer: les brocolis, les patates, le fromage, le pain et les ustensiles qui ont servi à concocter les sauces. Sur le comptoir, la viande et le bouillon à fondue dégèlent. C’est leur repas préféré. On n’allait pas dire non, surtout en cette journée de l’amour.

Ça sonne à la porte! Une fois, deux fois, trois fois... D’abord grand-maman Linda, qui n’entrera pas mais qui propose d’aller prendre une marche de Saint-Valentin, à distance. Ma grande saute de joie, et enfile son manteau.

Puis, Étienne. Le beau Étienne! Il a une carte de Saint-Valentin à lui remettre. Il est rouge tomate, ma grande aussi. Nous, les mamans qui se connaissent depuis presque 25 ans, on ne se peut plus de trouver ça cute dans le cadre de porte.

Puis, grand-maman Hélène. Elle a cuisiné des muffins de la Saint-Valentin et vient nous porter des chocolats de chez Samson. Parce que ce sont les préférés des cocottes. Au lait pour ma grande, noir pour ma plus jeune. Simple de même, pas de chicane!

Mais personne ne franchit la porte, personne n’enlève ses bottes. Un bec soufflé au détour, et on repart. C’est correct, c’est la loi après tout...

C’est l’heure de rouler la viande, l’heure de tremper le brocoli et les patates. L’heure de manger comme s’il n’y avait pas de lendemain. Mais au détour d’un regard, je la vois. Elle a la tempe bien accotée dans la paume de la main, elle picosse son morceau de boeuf. Elle soupire, elle n’a pas faim.

Qu’est-ce qu’il y a, ma cocotte?

«Ce n’est pas comme d’habitude, maman! Et je suis tannée que ce ne soit pas comme d’habitude!»

Eh oui! Une autre fête pas comme d’habitude. La dernière «première fois» qu’on aura à passer au calendrier. Parce que la Saint-Valentin était la dernière foutue date officielle à passer dans le calendrier qui ne l’avait pas été en mesures sanitaires. Prochaine étape, la Saint-Patrick, 17 mars, qui nous rappellera juste à quel point il y a un an, c’était le chaos.

Et quotidiennement, comme parents, on a beau redoubler d’efforts et se creuser la tête pour trouver des idées, des alternatives, et faire en sorte que cette pandémie passe sans trop laisser de séquelles, les enfants sont loin d’être bêtes. Ils savent... et ils savent aussi que ce n’est pas la normalité.

«D’habitude, je reçois plein de valentins de mes amies. On fait des échanges dans les classes. J’ai le droit d’envoyer des cartes à qui je veux, même s’il n’est pas dans ma bulle-classe. Et puis d’habitude aussi, on va manger chez grand-maman et grand-papa».

Vite! On appelle les grands-parents sur Facetime. Ils sont en train de manger de la fondue eux aussi. «Regarde, cocotte, c’est comme si on mangeait avec eux...» Et tout le monde fait un gros effort pour que le sourire revienne et que tout semble normal.

Mais voilà, ce n’est pas normal. On le sait tous, et surtout elle!

On raccroche.

Viens t’asseoir sur mes genoux ma chérie.

Tu sais que quand maman fait une promesse, c’est toujours vrai, hein?

Alors je te promets ceci.

Un jour, ça va redevenir comme avant. On ira manger chez grand-maman Linda et grand-papa Bernard, et tu t’installeras dans leur atelier pour faire le plus beau des bricolages. On ira cuisiner des muffins avec grand-maman Hélène et grand-papa François, et ils t’emmèneront chez Samson pour acheter du chocolat. Peut-être même que Nancy acceptera de t’emmener derrière son comptoir pour te montrer comment elle moule ton chocolat préféré.

Promis, tu pourras envoyer un valentin à ton amie qui n’est pas dans ta classe, mais qui compte quand même beaucoup pour toi. Et promis, on pourra l’inviter à jouer la fin de semaine. Maman ne te dira plus jamais que c’est interdit à cause du virus. Tu pourras enfin faire ce pyjama-party dont tu rêves depuis des mois. On vous laissera le sous-sol et je ne descendrai pas pour vous espionner.

Promis, je pourrai entrer de nouveau dans ton école et aller voir ta classe, que je n’ai pas vue de toute ta troisième année. Je verrai à quel point ton bureau est propre, ce que tu t’emploies à faire depuis quelques semaines avec la plus grande des fiertés. Pour le moment, je dois te croire sur parole, tout simplement.

Promis, on va retourner à ton restaurant préféré, au cinéma voir le prochain Disney et on ira voir la pièce de théâtre que tu aimes tant aller voir au théâtre jeunesse. Oui, ça pourra se faire sans masque, et tu pourras recommencer à toucher à tout sans que je sois toujours en train de t’avertir.

Promis, tu pourras de nouveau entrer dans la maison de tes amis et disparaître au sous-sol te vautrer dans leurs jouets jusqu’à ce que les parents aient terminé leur apéro. On ira jouer chez les cousins comme avant, et quand ça dépassera l’heure du dodo, personne ne nous donnera de contravention sur le chemin du retour.

Promis, tu pourras serrer ceux que tu aimes dans tes bras et tu auras droit de donner tous les bisous que tu veux. Je jetterai à la poubelle tout ce qui nous rappellera ce que signifiait deux mètres de distance, et je bannirai de notre vocabulaire ces mots, ces consignes que tu n’avais plus envie d’entendre.

Promis, ma chérie, ça va se faire. Et quand maman fait une promesse, c’est toujours vrai, hein?