Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Un héritage hors du commun de ma grand-maman, celui de son papier cadeau de Noël.
Un héritage hors du commun de ma grand-maman, celui de son papier cadeau de Noël.

Le papier cadeau de grand-maman

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Ils avaient toujours la même allure, ces cadeaux en dessous du sapin. D’aussi loin que je me souvienne, le papier cadeau de grand-maman a toujours été le même. Un papier rouge, vert et blanc, avec des dessins de bonhomme de neige, de feuilles de gui, de chandelles et de boucles. Quand arrivait le moment de déballer, on savait de qui provenait le fameux présent quand on voyait arriver cet emballage.

J’avais quatre ans et mon cadeau était emballé comme ça. À trente ans, pareil! C’est devenu, au fil des années, une sorte de mystère, une légende qui nous faisait bien rire. «Bon, encore ce papier cadeau! Je n’en reviens pas que tu en aies encore, grand-maman».

Je n’ai jamais trop cherché à comprendre. J’avais bien deviné qu’elle devait en avoir toute une réserve quelque part cachée dans une des pièces du sous-sol. Une sorte de format Costco acheté en trois cents exemplaires dans les années 80. Au fond, de ne pas le savoir, ça faisait partie de la magie de Noël.

Autant que ce père Noël qui venait nous voir tous les 25 décembre au matin pour nous distribuer ces cadeaux si bien emballés. Bizarrement, grand-papa ratait toujours cette fameuse visite, au point que je me choquais après lui. Comment pouvait-il bien rater LA visite de papa Noël qui, caché sous sa barbe blanche, avait les joues et le bout du nez bien rosés de froid? Comment pouvait-il toujours être absent à ce moment précis?

Quand j’avais neuf ans, grand-papa n’était pas très en forme à Noël. Mais il y avait quand même eu un père Noël cette année-là. Il n’était pas aussi énergique que les autres années, mais la magie opérait quand même.

Grand-papa s’est envolé pour son grand voyage quelques mois plus tard, en avril. Au Noël de mes dix ans, le père Noël n’avait plus la même voix.

Mais il y avait toujours les cadeaux bien emballés de grand-maman. Toujours dans ce même papier. Une fois la tornade de l’échange de cadeaux passée, elle nous attendait autour de sa table avec son fameux bouillon de Noël et sa bûche décadente pour laquelle les garçons se chamaillaient pour manger les extrémités, toutes recouvertes de trop de crémage sucré au chocolat.

Au printemps dernier, grand-maman nous a quittés à son tour, dans cette funeste valse qui a secoué tellement de familles en cette année qui passera à l’histoire pour toutes les mauvaises raisons du monde. Quelque temps après son décès, on a commencé à faire un peu de ménage dans la maison. À ouvrir chaque porte, chaque garde-robe, chaque tiroir, chaque boîte, dans une mission de se remémorer une vie complète à travers tant d’objets, mais aussi pour fermer le livre, terminer l’histoire et poursuivre la route avec seulement les bons souvenirs.

Et là, derrière la porte du bureau du sous-sol, accroché au mur, je l’ai vu. Cet énorme rouleau de papier cadeau qui était suspendu. Le petit bout de papier pendouillait, prêt à être de nouveau déroulé et surtout prêt à emballer le prochain cadeau. J’ai ri aux éclats! Je venais de percer le mystère.

Maman m’a permis de partir avec le rouleau à la maison. Il n’était certainement pas question de se départir de ce trésor.

La semaine dernière, j’ai commencé à emballer les cadeaux de mes filles. Un premier Noël sans leur «grand-maman-arrière». J’ai sorti cet énorme rouleau, et donné quelques coups de ciseaux, comme grand-maman le faisait si bien. La cuisine s’est emplie de souvenirs, de rires, de pleurs aussi. Elle était là, tout près de moi. Elle emballait les cadeaux de mes filles à mes côtés. Avec ses mains si douces et ses ongles parfaits, malgré ses 89 ans.

Ça sentait son bouillon de Noël et sa bûche. Je revoyais son sapin, toujours le même, couvert d’une neige artificielle sur les branches vertes, dans le coin droit de son salon. Je me revoyais petite fille, le nez collé dans son manteau de fourrure assise à la messe de minuit du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, quand elle passait son bras autour de moi pour que je me colle et que je me repose, sur le point de m’endormir parce qu’il était bien trop tard pour une petite fille de mon âge.

J’ai compris que les souvenirs qui se bâtissent au fil de minimes traditions finiront par marquer le cœur de ceux qui restent, que la magie naît toujours dans les yeux des petits qui observent. Même si, à un moment de notre vie, on n’a pas su les apprécier à leur juste valeur, caché derrière un rire d’enfant qui ne comprend pas encore bien ces choses.

Debout dans ma cuisine, j’ai réalisé que même si elle n’était plus là, ses petites traditions, ses petites habitudes ne se sont pas envolées avec elle. Que quelque part, elle avait façonné plusieurs des raisons qui font que j’aime tant Noël depuis toujours. Que Noël chez moi, ça sent bon en partie grâce à elle.