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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Il y a un an, on était loin de se douter à quel point les prochains mois allaient être particuliers.
Il y a un an, on était loin de se douter à quel point les prochains mois allaient être particuliers.

Le grondement sourd de mars 2020 [CHRONIQUE AUDIO] 

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CHRONIQUE / Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez à pareille date l’an dernier? Qu’est-ce que le mois de mars 2020 promettait de vous apporter? Car le mois de mars, historiquement, a toujours rimé avec l’arrivée prochaine du printemps, le soleil qui se pointe le bout du nez un peu plus chaque jour. Au cours des prochains jours, c’est probablement davantage d’un anniversaire peu reluisant qu’on entendra grandement parler. Un an de pandémie!

Un an de craintes, d’incertitude, de claques au visage de l’économie, de maladie, de décès. Mais aussi un an de solidarité, de manches retroussées, d’entraide et d’espoir toujours vivant de voir le bout de cette crise, plus tôt que tard. On en entendra de toutes les sortes au cours des prochains jours, à travers des milliers de rétrospectives, comptez là-dessus!

Mais quand je repense au début du mois de mars 2020 ces jours-ci, la seule image qui me vient est celle d’un presto ou même d’une bouilloire sur la cuisinière. J’entends le grondement sourd entre mes deux oreilles, ce grondement qui précède généralement le sifflement qui nous rappelle que ça va péter tout à l’heure dans la cuisine si on ne réduit pas le feu.

Parce que la crise, elle faisait son chemin depuis des semaines, des mois. Elle grondait d’un bruit sourd, elle allait bientôt nous siffler très fort au visage. Entre des nouvelles internationales qui nous arrivaient de Chine et qui nous annonçaient l’apparition d’un nouveau virus dans la province de Wuhan, bien loin de nous à l’autre bout du monde. Entre des images de l’Asie montrant des populations entières confinées et forcées de porter un masque.

Elle a fait son chemin vers l’Europe, pendant qu’on voyait des centaines de personnes par jour être infectées en Italie, en Espagne, où les morts s’entassaient dans des morgues improvisées et où le peuple chantait aux balcons pour son système de santé. On commençait à s’approprier davantage cette maladie quand on entendait parler de gens de chez nous qui étaient touchés là-bas.

Elle s’est faufilée sournoisement dans des bateaux de croisière où des gens de chez nous sont demeurés coincés pendant des jours, et y ont été infectés. On la voyait poindre à travers les messages de désespoir des familles qui passaient par les médias pour réclamer de l’aide du gouvernement afin de rapatrier le plus rapidement possible leurs parents prisonniers de ces bateaux transformés en centres de quarantaine flottants.

On la sentait naître en voyant, dans un reportage télé, deux femmes de Trois-Rivières faire leur épicerie avec leur masque, alors qu’aucun cas n’avait encore été déclaré dans la région. On sentait que quelque chose n’allait pas quand, dans un élan de générosité, des gens d’ici achetaient massivement des masques pour les faire parvenir en Chine où les stocks commençaient à faire défaut.

À travers ce grondement, des élèves de l’école secondaire Val-Mauricie de retour d’un voyage étaient invités à s’isoler de façon volontaire pour quelques jours. Certains avaient l’impression de céder à une panique injustifiée. Au bout de la route, aucun de ces élèves n’a été infecté. D’autres écoles ont revu en catastrophe leurs plans de voyage, au grand désespoir des élèves déçus de ne pas partir.

Écoutez cette chronique en version audio.

Et au milieu de ce grondement, la vie normale qui continuait. L’actualité quotidienne qui nous tenait bien occupés sur toutes sortes d’enjeux. Des skieurs blessés dans un accident avec les gondoles au Mont-Sainte-Anne. Les procédures qui se poursuivaient contre Normand Trahan dans le dossier du Zoo de Saint-Édouard. Des jurys séquestrés pour décider du sort d’Éric Michaud, accusé d’avoir infligé des blessures importantes aux mains d’un bébé en les immergeant dans de l’huile bouillante. Une enquête pour meurtre sur la rue Dufresne à Shawinigan, où un homme dans la cinquantaine venait d’être retrouvé sans vie.

Ironiquement, c’est aussi le 10 mars qu’on apprenait dans les médias un second cas de guérison complète d’un patient atteint de VIH dans l’histoire. À l’aube de l’éclatement d’une pandémie mondiale, une personne donnait de l’espoir pour tous ceux qui continuent de vivre avec les conséquences de cette autre épidémie qui secoue la planète depuis plus de 35 ans.

Le 11 mars, la Mauricie et l’Estrie enregistraient un tout premier cas sur leur territoire. Ce soir-là, j’étais à la Maison de la culture de Trois-Rivières pour l’enregistrement d’une émission spéciale de MaTV sur les partis politiques municipaux. Entre deux prises, je regardais mon fil Facebook et j’ai vu le statut de l’humoriste et réalisateur Simon-Olivier Fecteau.

«Je vais partager une mauvaise idée, ce ne sera pas la première, mais... Pourquoi, mondialement, tout le monde ne resterait pas à la maison pendant deux semaines? On met tout sur pause, sauf les soins essentiels comme les hôpitaux, pharmacies, certaines épiceries. On ferme la bourse, on met l’économie sur pause et on laisse le coronavirus s’éteindre de sa belle mort», écrivait-il.

J’avais lu le statut à haute voix au public qui assistait à l’enregistrement. J’avais entendu autant des rires que des remarques disant que c’était peut-être ça, finalement, la solution.

Ce soir-là, la bouilloire grondait encore, prête à siffler d’une seconde à l’autre...