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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Patricia Gauthier, originaire de Trois-Rivières, est la nouvelle directrice générale de Moderna Canada.
Patricia Gauthier, originaire de Trois-Rivières, est la nouvelle directrice générale de Moderna Canada.

La Trifluvienne qui voulait changer le monde

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CHRONIQUE / Lorsqu’elle avait cinq ans, Patricia Gauthier rêvait de changer le monde. Juste ça! Le vœu de la Trifluvienne d’origine deviendra pourtant réalité, du moins en partie. La femme de 44 ans vient d’être nommée à la tête de Moderna Canada il y a trois semaines... avec comme tout premier mandat de planifier le déploiement du tant attendu vaccin contre la COVID-19 à travers le pays.

Patricia Gauthier sait qu’elle arrive à la direction générale de Moderna Canada au moment où le marathon pour développer le remède est sur le point de se terminer. Mais son équipe et elle entament un tout autre marathon ces jours-ci. Car si le vaccin est maintenant réputé être efficace pour contrer la COVID-19 et permet de croire à un retour à la normale, le défi du déploiement du vaccin demeure un enjeu crucial pour immuniser la population dans les meilleurs délais.

À l’entendre parler, la nouvelle directrice générale n’a pas peur des défis. Elle indique avoir été grandement inspirée par l’esprit entrepreneurial de ses parents, Roger Gauthier et Jacqueline Hébert, qui ont été à la tête de l’entreprise Agro-Sol inc. de Saint-Narcisse. Maintenant, c’est sa sœur, Édith Gauthier, qui a racheté les parts de l’entreprise et qui continue de mener les destinées de ce joueur important dans l’industrie de l’agriculture en Mauricie.

«Ce vent entrepreneurial me parlait beaucoup. Ça a toujours été clair pour moi que je voulais gérer une entreprise», confie celle qui, après avoir été avocate à Montréal et à Londres, est revenue faire son MBA à Montréal pour ensuite être recrutée par la compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), où elle a cumulé diverses fonctions au niveau de la commercialisation, des affaires gouvernementales et des affaires publiques. Plus récemment, elle dirigeait la division des vaccins pour l’entreprise, et songeait à accepter une offre d’aller diriger des divisions à l’étranger... lorsque Moderna a cogné à sa porte.

Le jour où on lui a fait une offre formelle, Moderna annonçait du même coup les résultats de la phase 3 des essais cliniques du vaccin contre la COVID-19, des résultats plus qu’encourageants et qui permettaient de croire que le vaccin était non seulement efficace, mais prêt à être déployé pour amorcer les campagnes de vaccination à travers le monde. «Ça m’a beaucoup réconfortée, ça m’a donné plus de certitudes. Le timing est fantastique», souligne Patricia Gauthier.

Depuis trois semaines, elle occupe donc la direction générale de Moderna Canada, et multiplie les rencontres et les appels téléphoniques pour planifier l’arrivée des 168 000 doses déjà commandées par le Canada, en plus de tout mettre en œuvre pour que d’autres doses puissent aussi bientôt faire leur arrivée, dès que Santé Canada aura donné son OK au vaccin.

«Il faut attendre le feu vert de Santé Canada. On a plusieurs discussions quotidiennes. C’est vraiment imminent. Le but est d’amener des doses au Canada avant la fin de l’année», explique-t-elle.

Contrairement au vaccin de Pfizer, celui de Moderna permettra une plus grande flexibilité quant aux possibilités de déplacement, puisqu’il requiert une température de conservation beaucoup moins basse que celui de Pfizer. L’équipement pour sa conservation est donc plus facilement accessible et permet de déployer cette solution vers les populations plus éloignées, par exemple.

Vendredi, Moderna annonçait d’ailleurs une nouvelle innovation en ce sens. On pensait en effet que le vaccin devait rester congelé à au moins -20 degrés jusqu’au moment de son utilisation, mais la société affirme qu’elle peut désormais transporter en toute sécurité des doses de liquide réfrigérées entre 2°C et 8°C. Une nouvelle qui permet d’entrevoir une plus grande mobilité vers les populations plus éloignées.

C’est d’ailleurs ce qu’a laissé savoir le gouvernement canadien. Lorsque le vaccin aura été approuvé par Santé Canada, les premières doses de Moderna devraient aller en priorité aux communautés éloignées des trois territoires canadiens, puis ensuite être déployées dans les provinces. Patricia Gauthier explique avoir aussi pu discuter avec les gouvernements provinciaux, qui semblent eux aussi vouloir réserver ce produit pour des populations plus éloignées en priorité.

C’est un effort titanesque qu’elle a réalisé en à peine trois semaines, en produisant et présentant le plan pour le Canada au conseil d’administration, en plus de réussir à aller chercher 168 000 doses. Un début, prévient-elle.

«Pour la vaccination, mon mot d’ordre est Make Canada happens . Je discute tous les jours de l’importation, du transport du produit, du matériel que l’on déploie pour éduquer la population et les professionnels de la santé. Je suis en discussion quotidienne avec le gouvernement fédéral, dont la Santé publique et l’équipe d’approvisionnement. Il faut présentement créer cette plateforme pour amener le produit au Canada et une fois que les doses seront ici, notre rôle sera de soutenir le gouvernement dans le déploiement, dans cet effort significatif», explique-t-elle.

Mais au-delà de ces réunions quotidiennes, de ces appels, de ces rencontres et de la planification, est-elle consciente que toutes les actions qu’elle et son équipe posent en ce moment marquent déjà l’histoire de la médecine moderne et permettent à la population d’enfin entrevoir la lumière au bout du tunnel?

Contrairement au vaccin de Pfizer, celui de Moderna permettra une plus grande flexibilité quant aux possibilités de déplacement, puisqu’il requiert une température de conservation beaucoup moins basse que celui de Pfizer.

«C’est une très belle question. Je peux vous assurer que pour tous les employés ici, le sentiment de mission est phénoménal. Les gens travaillent fort, sept jours sur sept, de 15 à 16 heures par jour», explique celle qui dit aussi parler de tous ces gens au gouvernement avec qui elle transige chaque jour et qui travaillent d’arrache-pied pour redonner l’espoir aux Canadiens de voir la fin de cette crise.

D’ailleurs, explique-t-elle, rarement aura-t-on vu autant de collaboration et d’entraide entre tous les joueurs, et même entre les entreprises pharmaceutiques, pourtant réputées pour œuvrer dans un monde extrêmement compétitif.

«Moderna se sent privilégiée et choyée de pouvoir contribuer à cette lumière au bout du tunnel mais on n’est pas les seuls. C’est fantastique qu’on puisse aussi compter sur le vaccin de Pfizer. Et il y en aura d’autres parce que ça va prendre plusieurs vaccins pour venir à bout de cette pandémie. Il faut regarder le Canada, mais le monde aussi. Si on veut recommencer à voyager, si on veut recommencer l’importation et l’exportation, que l’économie et que la vie normale recommencent, on a vraiment besoin d’un effort de partenariat. Je n’entends pas un ton de compétition», confie la Trifluvienne.

Le marathon ne fait donc que commencer pour elle, et pour la première fois depuis longtemps elle ne reviendra pas passer les Fêtes dans la maison familiale de Trois-Rivières, près du centre commercial Les Rivières, de même qu’au chalet familial au Mont-Sainte-Anne. Elle restera avec sa petite famille à Toronto. Patricia Gauthier sait que ce n’est qu’une question de temps avant que les déplacements soient de nouveau permis. Ils le seront certes plus rapidement si elle poursuit le travail pour déployer cette vaccination.

«Ça va vite! Ça faisait longtemps que je n’avais pas travaillé aussi fort. Mais je n’ai jamais été aussi énergisée. La mission que l’on porte, tout le monde travaille dans le même sens pour y arriver, c’est beau à voir», lance-t-elle.

Une visite à Trois-Rivières cet été peut-être? C’est l’objectif visé, alors que ses deux filles adorent venir passer quelques jours au «camp de vacances grand-maman» et jouer au parc Lambert. Pour Patricia, ce retour aux sources demeure vital, elle qui croise au passage les terrains de soccer où elle a pu évoluer avec les Diablos du Cégep de Trois-Rivières, ou qui se remémore son emploi d’étudiante comme vendeuse chez Brunelle Sport.

Au détour d’une petite randonnée à vélo jusque chez sa sœur, à Saint-Maurice, elle en profitera pour se ressourcer de ce nouveau défi qui lui prend beaucoup de son temps, mais pour lequel elle veut pouvoir donner le meilleur d’elle-même. Pour réaliser son rêve de petite fille et enfin changer le monde.

***

Quelques faits saillants sur la vaccination dans la région

- La vaccination en Mauricie et au Centre-du-Québec débutera dans la semaine du 21 décembre, possiblement le mardi 22 décembre.

- Deux sites de vaccination sont identifiés: le centre Cloutier-du Rivage à Trois-Rivières et le centre communautaire Drummondville-Sud à Drummondville.

- 6000 doses sont disponibles, permettant de vacciner 3000 personnes.

- Les 170 résidents du CHSLD Cloutier-du Rivage de même que les travailleurs de la santé oeuvrant dans les CHSLD de la région seront les premiers vaccinés. Les personnes vulnérables et le personnel oeuvrant auprès d’elles sont prioritaires.

- La vaccination dans la population générale n’est pas prévue avant plusieurs semaines, voire quelques mois, et se fera sur rendez-vous, au fil de l’arrivée des doses.

- Le vaccin administré cette semaine sera celui de Pfizer. Lorsque les doses de vaccin de Moderna seront disponibles au Canada, la région en recevra aussi.