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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
À 72 ans, le Doc Mailloux continue sa pratique en psychiatrie, et fait de la radio sur le web.
À 72 ans, le Doc Mailloux continue sa pratique en psychiatrie, et fait de la radio sur le web.

Infatigable Doc Mailloux

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CHRONIQUE / Il n’y a pas grand-chose qui peut arrêter le Doc Mailloux. Ni une pandémie, ni un ordre professionnel, ni la perte d’un micro. Le psychiatre trifluvien qui vient tout juste de fêter cette semaine ses 72 ans n’a rien perdu de sa fougue quand vient le temps de donner son opinion. Et même s’il doit maintenant passer par des moyens moins traditionnels pour rejoindre ses auditeurs, il ne s’empêchera pas de commenter l’actualité, qui est loin d’être ennuyante ces jours-ci.

Dans son bureau de psychiatre, il a recommencé sa pratique complète. Une pratique qui a été interrompue à plusieurs reprises depuis les dernières années par différentes actions entreprises par le Collège des médecins. Tout ça est derrière, il a même le droit de pratiquer de nouveau auprès des adolescents. Mais la bataille judiciaire se continue avec le Collège, qu’il poursuit encore pour 10,1 M$ pour toutes ces années où il n’a pu pratiquer son métier.

Les patients défilent et se confient. Et le Doc est bien placé pour le voir: la pandémie a donné un sacré coup au moral des troupes. Il s’inquiète d’ailleurs beaucoup du sort réservé aux jeunes, aux adolescents, alors qu’ils subissent présentement l’éloignement de leur milieu scolaire, le couvre-feu et la perte de repères sociaux, si importants à cet âge. Une mesure nettement exagérée, croit le Doc,

«Le niveau de frustration des jeunes est très élevé. Ils ne sont pas stupides, ils voient les chiffres comme tout le monde. Quatre-vingt-dix pour cent des décès surviennent chez les 65 ans et plus. Quatre-vingt-cinq pour cent des personnes infectées sont également parmi les personnes âgées. Qu’est-ce que le confinement total des jeunes peut bien avoir à faire là-dedans? Je ne peux pas être solidaire de mesures aussi irréfléchies, comme si dans chaque maison il y avait un vieillard à sauver. Laissez les jeunes tranquilles», lance celui qui n’emploiera jamais le terme COVID, mais préfère parler du «virus chinois».

Dans les milieux professionnels et scolaires, Pierre Mailloux est plutôt d’avis qu’il faudrait retirer de façon préventive les personnes à risque de connaître des conséquences plus graves de la maladie. Personnes diabétiques, cardiaques, souffrant d’asthme sévère et... «grosses». Le Doc n’a jamais eu l’habitude de mettre des gants blancs, ce n’est certainement pas à 72 ans qu’il va commencer.

«C’est ce que je recommande, un retrait préventif, à plein salaire, de ces personnes. Ce sont elles qu’on doit protéger du virus chinois et de ses complications. Mais confiner l’ensemble de nos jeunes pour sauver des vies, on est loin de notre profit», martèle-t-il.

Mais dans son bureau, la différence n’est pas si notée quant au nombre de jeunes qui consultent. Selon lui, c’est surtout les parents qui ventilent ce qu’ils vivent à la maison. «On les prive de leur milieu scolaire, de la socialisation avec leurs pairs. Qu’est-ce qu’il leur reste? D’être devant les écrans, et d’aller se lamenter sur les réseaux sociaux. Ça prend de bons parents aussi pour arriver à traverser ça, à assurer une plus grande surveillance, du soutien», constate le Doc.

Ce sont là des propos qu’il n’hésite pas à tenir sur les ondes de son émission quotidienne, maintenant en ligne sur le Web et retransmise en différé sur YouTube. Car en mars dernier, le virus a frappé, mais le couperet de la radio est lui aussi tombé. Le Doc et sa coanimatrice, Josey Arseneault, ont appris qu’ils perdaient leur micro sur le réseau Cogeco, alors qu’ils étaient diffusés à Québec et dans les stations régionales du groupe, dont Trois-Rivières.

Pourquoi ont-ils dû quitter les ondes? «On n’a pas eu d’explication. On nous a simplement dit que l’émission ne revenait pas. Tu leur demanderas à eux», se contente-t-il de répondre.

Son style radiophonique a peut-être déplu à certains dans le passé, ses propos également, mais le Doc sait qu’il rejoint aussi un large auditoire, et il n’était pas question de les laisser en reste. Sa coanimatrice s’est tournée vers la plate-forme Patréon pour financer une nouvelle émission de radio, Libre et sans tabou, diffusée entièrement sur le Web quatre jours par semaine, puis en différé sur YouTube.

Quelques milliers d’auditeurs paient un abonnement pour les entendre chaque jour, et les vidéos de ses coups de gueule rediffusés sur YouTube ont déjà atteint plus de 230 000 visionnements.

«Les auditeurs qui s’abonnent ont accès à notre émission de radio, mais aussi à notre réunion de production du matin. Ils voient tout, ils entendent tout. Pas de cachette», souligne-t-il.

De toute façon, il faut bien mal connaître le Doc pour penser qu’il n’ait jamais eu quelque chose à cacher. Il dira tout haut ce qui lui plaît... tant que personne ne lui retirera aussi ce micro-là.

Car avec les Facebook et Twitter de ce monde qui ont récemment muselé le président-pour-encore-quelques-heures Donald Trump, de même que nombre de complotistes qui s’alimentaient et se mobilisaient à partir de ces plateformes, Pierre Mailloux se demande si un jour, son tour ne viendra pas à lui aussi d’être censuré.

«Ils vont sûrement trouver quelque chose. La censure a ceci d’imprévisible: on sait avec quel sujet elle débute, mais on n’a aucune idée du sujet avec lequel elle va se terminer. La censure est inquiétante et je m’insurge contre elle», clame-t-il.

Puisqu’il m’amène sur ce terrain, allons-y et poussons-le un peu. Est-ce qu’il trouve exagéré le sort réservé à Donald Trump à la suite des événements du Capitole? «Trump est assez grand pour se défendre tout seul», lance-t-il en riant. À se demander s’il s’assagit, le Doc. Bah, sûrement pas!

D’ailleurs, même passé 70 ans, il n’a jamais lâché le morceau avec le Collège des médecins. En juin dernier, il déposait une poursuite de 10,1 M$ en dommages compensatoires, atteinte à sa réputation, perte de jouissance de la vie et dommages punitifs et dissuasifs. Une première audition devant la Cour supérieure a eu lieu à la mi-décembre, audition au cours de laquelle le Collège des médecins a présenté une requête en rejet des procédures. La cause a été prise en délibéré. On en est là, résume-t-il.

Alors en attendant de savoir si sa poursuite ira de l’avant devant la cour, il continue de pratiquer la psychiatrie et de prendre le micro quatre jours par semaine.

Mais à ce compte-là Doc, vous n’arrêterez jamais? Vous allez mourir en consultation dans votre bureau? «J’aime tellement ce que je fais, j’ai la même flamme qu’il y a trente ans. Mourir dans mon bureau? J’en serais honoré.»