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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
La gratuité de l’île Saint-Quentin cet hiver a entraîné un fort achalandage.
La gratuité de l’île Saint-Quentin cet hiver a entraîné un fort achalandage.

Gratuité de l’île Saint-Quentin: le fruit est mûr [CHRONIQUE AUDIO]

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CHRONIQUE / Il suffit d’avoir mis les pieds une seule fois à l’île Saint-Quentin cet hiver pour se rendre compte que la population trifluvienne - et probablement même de toute la région - s’est approprié comme jamais ce parc, dont l’accès a été rendu gratuit par la Ville pour offrir des activités extérieures en contexte pandémique.

Or, devant la popularité du site et l’appréciation générale de cette opportunité, le moment serait idéal de trancher une fois pour toutes la question sur la gratuité permanente de l’accès à l’île Saint-Quentin pour les résidents de Trois-Rivières.

Étant une habituée de l’île, je suis aussi une habituée de son taux de fréquentation tant l’hiver que l’été. Cet hiver, pour y être allée à plusieurs reprises enfiler les patins ou dégourdir la marmaille dans les modules de jeux, je n’ai jamais vu autant de monde sur le site. Les stationnements sont pleins, les patineurs se suivent les uns après les autres sur les sentiers glacés, les enfants profitent comme jamais des aires de jeux. Même la passerelle, qui vient juste de rouvrir, se pète les bretelles d’avoir autant d’admirateurs pour sa cure de jouvence. L’île est pleine de vie.

C’est beau à voir. Autant que c’est beau à voir tout ce monde qui profite des sentiers du parc Châteaudun, des Forges du Saint-Maurice, du parc de la Mauricie, du Parc de la rivière Gentilly et des pistes de Vallée du parc... même si ça implique parfois un peu plus d’attente.

La pandémie forcera certainement une nouvelle réflexion sur l’offre d’activités hivernales dans la région, parce que plusieurs personnes auront eu la piqûre de ce qui leur était au départ imposé. Dans ce contexte, le fruit est plus que mûr pour qu’on règle la question de la gratuité ou non du site de l’île Saint-Quentin. Qu’un véritable débat se tienne, qu’on profite de cet engouement pour mettre sur la table tous les enjeux et que la population comprenne bien ce que signifie cette gratuité.

Parce que de rendre l’accès à l’île gratuit, ce n’est pas juste de lever pour toujours la barrière de l’entrée et de retirer le préposé à l’accueil. Contrairement à d’autres parcs municipaux, l’île Saint-Quentin est gérée par une corporation qui doit à la fois proposer une offre récréative tout en assurant la préservation de sa biodiversité. Elle revêt aussi un caractère historique unique, étant le second endroit au Canada où Jacques-Cartier a planté une croix lors de son arrivée. Elle dispose par ailleurs de plusieurs infrastructures qui n’ont rien à voir avec celles des autres parcs, et qui nécessitent une rentrée d’argent afin d’assurer leur entretien.

Écoutez cette chronique en version audio.

Bon an mal an, les cartes de membres et les admissions à l’île Saint-Quentin génèrent 400 000 $ de revenus. La gratuité impliquerait donc de combler ce manque à gagner. Il s’agit là d’une décision purement politique, et ce sera aux élus de savoir s’ils voudront en faire une priorité, et si un tel montant peut être absorbé au budget.

Mais d’autres enjeux doivent également être soulevés. La question du stationnement, par exemple, note le conseiller municipal Pierre-Luc Fortin, qui est également président de la Corporation du parc de l’île Saint-Quentin. Ce dernier a d’ailleurs fait parvenir récemment une lettre à ses collègues afin de leur faire part de sa réflexion entourant cette question, lui qui se dit ouvert à ce que le débat se tienne.

L’accès à l’île Saint-Quentin pourrait-il devenir gratuit?

L’île et sa mission de préservation de son écosystème pourrait-elle supporter pendant plusieurs années autant de voitures que ce que l’on voit depuis le début de l’hiver? Pierre-Luc Fortin estime qu’il faudrait bonifier les accès à l’île par le transport en commun et le transport actif. Les pistes cyclables pour s’y rendre ont déjà été élargies et refaites, mais il reste encore du travail à faire, notamment par rapport à l’accès par transport en commun, ou l’aménagement de stationnements incitatifs. D’un autre côté, le stationnement sur l’île génère des revenus que le transport actif ne permettrait pas d’obtenir.

Autrement dit, c’est l’ensemble du plan d’affaires de l’île qui est à revoir si on veut aller vers la gratuité. Un plan d’affaires qui a été bien ficelé dans le récent Plan directeur, qui comprend de nouveaux aménagements à venir dans les prochaines années, des aménagements qui eux aussi doivent être financés.

Mais rien n’empêche de rêver de nouvelles alternatives dans ce plan d’affaires, de miser sur le développement de partenariats supplémentaires, ou encore de développer davantage l’événementiel ou le corporatif pour compenser les pertes entraînées par la gratuité de l’accès. Des idées, il y en a plein.

D’ici les prochains jours, une nouvelle direction générale sera nommée à la Corporation, et parions que l’enjeu de la gratuité atterrira rapidement sur le bureau du futur directeur ou de la future directrice.

Car dès que la question est soulevée dans l’espace public, les citoyens réagissent fortement, constate le conseiller municipal François Bélisle. «À chaque fois que j’ai posé la question sur les réseaux sociaux, les commentaires allaient tous vers la gratuité. Les gens le demandent», constate-t-il.

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, ne s’en cache pas: la gratuité des activités hivernales proposées en contexte pandémique n’était pas une dépense prévue comme étant récurrente, mais était aussi vue comme un laboratoire. Le laboratoire a démontré, cet hiver, qu’il y a un besoin à combler dans l’offre d’activités hivernales à Trois-Rivières. Si le premier magistrat indique que la gratuité de l’accès à l’île en été serait difficile à gérer, il ne ferme définitivement plus la porte pour une gratuité en hiver.

Mais peu importe dans quel sens iront les discussions, tous s’entendent pour dire que la gratuité serait réservée aux Trifluviens seulement, eux qui, par le biais de leur compte de taxes municipales, financent en très grande partie les infrastructures et activités de l’île. L’idée d’une carte citoyenne, qui avait déjà fait son chemin dans le passé lors de campagnes électorales municipales, deviendrait alors de plus en plus intéressante pour ce genre de projet. Il y a des précédents, dont la carte Accès Montréal pour les citoyens de l’île de Montréal, mais on voit aussi cet outil être implanté à Bromont, Joliette et Magog pour ne nommer que ces villes-là.

Il s’agit là d’une question qui pourrait, par exemple, être soumise à une consultation citoyenne d’envergure, un exercice à ne pas négliger pour ce conseil municipal qui a toujours mis de l’avant la participation citoyenne comme faisant partie des valeurs qu’elle souhaite encourager davantage.

Quoi qu’il en soit, le conseil actuel devra rapidement tenir le débat s’il souhaite en faire une priorité, et surtout s’il ne veut pas échapper le ballon. Parce que ce ne serait pas surprenant de voir, au cours des prochaines semaines, des candidats intéressés à se présenter aux élections de novembre profiter de la popularité du site cet hiver pour en faire un élément majeur de leur plateforme électorale, quitte à éluder les principaux enjeux que la gratuité englobe. Et je ne serais pas surprise du tout que cette proposition retienne l’attention favorable du public.