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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
En décembre dernier, le maire de Louiseville Yvon Deshaies témoignait en cour contre Michel Lacoursière, qui aurait proféré des menaces de mort contre lui. L’accusé a de nouveau été arrêté, lundi, pour des agissements semblables.
En décembre dernier, le maire de Louiseville Yvon Deshaies témoignait en cour contre Michel Lacoursière, qui aurait proféré des menaces de mort contre lui. L’accusé a de nouveau été arrêté, lundi, pour des agissements semblables.

Des élus malmenés: la ligne à ne pas franchir

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CHRONIQUE / Décidément, il faut avoir la couenne dure ces jours-ci pour faire de la politique municipale. Au point où l’Union des municipalités du Québec a tenu à lancer une campagne cette semaine pour encourager le respect envers les élus municipaux. Une forme d’appel au calme qu’on peut difficilement ignorer, quand on constate de quelle façon les choses ont pu se dégrader ces dernières années en ce qui concerne les agissements de certains citoyens envers les élus municipaux.

Cette campagne de sensibilisation, ironiquement, a été lancée alors que le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, a de nouveau été victime la fin de semaine dernière de menaces à son intégrité physique par un individu qui, pourtant, est en attente d’un verdict du juge le 12 février prochain pour de semblables accusations. Michel Lacoursière, qui a de nouveau comparu lundi, aurait proféré des menaces contre Yvon Deshaies dans un stationnement de Louiseville dimanche matin. Avant Noël, il s’était pourtant engagé à garder la paix et à ne pas entrer en communication avec M. Deshaies, au terme d’un procès durant lequel on a appris que l’homme aurait menacé le maire et sa conjointe jusque dans leur cour privée, et aurait aussi proféré des menaces de mort. Tout ça parce que la Ville lui avait signifié certains manquements au règlement d’urbanisme et certains travaux non conformes sur sa propriété.

Le cas d’Yvon Deshaies, bien qu’il soit extrême et qu’il ait nécessité la tenue d’un procès criminel, est loin d’être unique. Avant les Fêtes, le maire de Pierreville Éric Descheneaux a démissionné de son poste après que des citoyens mécontents de ses positions politiques s’en soient pris à son orientation sexuelle, le traitant notamment de «mangeux de graines» sur les réseaux sociaux.

Et on passera ici sur cette fois où la conseillère trifluvienne Mariannick Mercure s’est fait dire de «retourner dans sa cuisine». Ou encore cette fois où le maire Michel Angers de Shawinigan s’est retrouvé malgré lui au coeur d’une publication Facebook où on le personnifiait en nazi. Des situations qui se vivent quotidiennement dans plusieurs municipalités au Québec, et qui semblent désormais avoir été exacerbées par la pandémie au cours des derniers mois. Les gens sont sur les dents, les réseaux sociaux deviennent un exutoire.

«Jusqu’à quel point on peut en atteindre à l’intégrité des gens sur des décisions qui sont rendues par un conseil municipal», se demande le maire de Shawinigan Michel Angers.

Qu’on se comprenne bien: il est sain, et même souhaitable, que les citoyens débattent avec les élus sur les idées, les projets. Il est impératif qu’on puisse s’exprimer lorsqu’une décision nous apparaît illogique, va à l’encontre de nos valeurs ou ne rejoint pas nos besoins ou nos idéologies. Il y a des espaces pour le faire, et les réseaux sociaux peuvent en faire partie tant qu’on ne franchit pas une certaine ligne.

Mais voilà, la ligne se franchit de plus en plus. La ligne, elle comprend des menaces physiques, de la diffamation, de la misogynie, des attaques sur l’apparence physique, sur le poids, sur l’orientation sexuelle, sur la vie privée. Rien pour donner envie à bon nombre de gens de sauter dans l’arène.

C’est là la principale préoccupation de l’UMQ: que le phénomène décourage des gens de qualité de se présenter en politique. Une préoccupation partagée par plusieurs élus de la région.

«Les gens qui voient ce qui se passe en ce moment et qui aiment ça, ce n’est pas eux qu’on voudrait voir se présenter en politique. Moi j’ai envie d’accueillir des gens qui n’aiment pas le climat actuel et qui ont envie de changer ça, de travailler pour un climat plus sain, plus constructif», résume la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois.

Cette dernière se souvient avec quelle énergie elle avait dû défendre la position de la Ville lorsque le CIUSSS et l’École nationale de police avaient choisi d’ouvrir une unité de débordement COVID à Nicolet. Deux entités distinctes de l’hôtel de ville, mais certains accusaient tout de même le conseil municipal et la mairesse de vouloir «empoisonner la population», alors qu’ils avaient plutôt négocié des conditions afin d’assurer la sécurité des Nicolétains.

«C’est énergivore», résume-t-elle. Un point de vue soutenu par le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche qui, au-delà des attaques et de ce qu’elles peuvent générer chez les personnes visées, demeure convaincu que c’est contre-productif pour l’appareil municipal.

Il y a donc de sérieuses questions à se poser, et certainement un examen de conscience à faire. Il en va de la santé démocratique des institutions, croit le maire de Louiseville, qui plaide en faveur de peines plus sévères pour ce genre d’agissements.

Il se console tout de même de savoir que les autorités prennent la chose au sérieux, que les corps policiers ont toujours répondu présent lorsqu’il a voulu porter plainte contre son assaillant, et que jamais on n’a minimisé la gravité de ce qu’il vivait.

En mettant la lumière sur le respect envers les élus municipaux, l’UMQ ne fait que montrer la pointe de l’iceberg. Il faudra aussi qu’un jour, on débatte également des outils et des moyens qui sont donnés aux conseils municipaux pour assurer un meilleur travail entre les élus eux-mêmes. Des situations sont recensées aux quatre coins du Québec, et ont chez nous causé la démission du maire de Saint-Léonard-d'Aston, Jean-Guy Doucet.

Mais en cette année d’élections municipales, ce serait bien dommage de perdre de bons candidats, ou encore d’apprendre que des gens ayant songé à se présenter pour investir de leur temps dans la communauté se soient laissés décourager par la crainte de voir leur vie privée ou pire, leur intégrité physique être affectée au terme de l’exercice.

Ce serait donner raison à ceux qui franchissent impunément la ligne.