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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Des centaines de familles se retrouvent sans option de garde cet été pour les enfants qui fréquentent la maternelle 4 ans, car ils ne sont pas admis dans les camps de jour.
Des centaines de familles se retrouvent sans option de garde cet été pour les enfants qui fréquentent la maternelle 4 ans, car ils ne sont pas admis dans les camps de jour.

Camps de jour: l’angle mort de la maternelle 4 ans [CHRONIQUE AUDIO] 

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«Les camps de jour sont l’angle mort du projet de maternelle 4 ans.» C’est ainsi que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) avait résumé son mémoire présenté en 2019 lors des consultations pour la modification de la Loi 5, qui allait donner naissance au projet de maternelle 4 ans de la CAQ. Deux ans plus tard, des centaines de familles de la Mauricie et du Centre-du-Québec s’en rendent malheureusement compte, elles qui se retrouvent sans option pour occuper les petits cet été pendant que les parents travailleront.

«Nous sommes super contents que notre fille aille à la maternelle 4 ans. Ça a été très bénéfique pour elle. Mais on se retrouve complètement le bec à l’eau cet été, car les camps de jour ne prennent pas les enfants aussi jeunes. Et puisqu’on a quitté la garderie pour l’inscrire à la maternelle 4 ans, on n’a plus de place pour l’été. En contexte pandémique, on n’a pas le droit de faire garder par les grands-parents. Alors on fait quoi?»

C’est la question que me pose cette maman d’une fillette de 4 ans au bout du fil. La jeune mère qui désire conserver l’anonymat déplore qu’on n’ait pas pensé à une solution qui accommoderait les parents qui travaillent. «C’est difficile de concevoir qu’on ait mis en place ce service sans aussi penser que ça créerait un problème pour de nombreuses familles lorsque l’été arriverait. Ça me déçoit», explique-t-elle.

En réalité, les camps de jour municipaux accueillent une clientèle à partir d’une norme qui semble s’appliquer à l’ensemble des villes consultées, soit une maternelle 5 ans complétée au 1er octobre de la même année. Autrement dit, l’ensemble de la clientèle de la maternelle 4 ans ne peut avoir accès aux camps de jour municipaux.

Dans les trois centres de services scolaires du territoire couvert par Le Nouvelliste, ce sont 677 enfants qui fréquentent la maternelle 4 ans, soit 379 au Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy, 225 à celui de l’Énergie et 73 à La Riveraine. Pour l’ensemble de la province, ce sont 20 273 élèves dans toutes les régions.

Autant de familles qui pourraient avoir du mal à trouver une solution cet été pour occuper les enfants, du moins pour les parents qui ne sont pas en mesure de prendre tout l’été de congé.

En 2019, l’UMQ avait présenté un mémoire en ce sens, sonnant l’alarme que l’implantation de la maternelle 4 ans créerait un déficit de services pour les parents durant la période estivale, puisque le réseau municipal n’était pas encore en mesure de pourvoir à la demande grandissante. On estimait alors que les coûts liés à l’offre de camps de jour pour les petits de la maternelle 4 ans pouvaient représenter plus de 26 M$ supplémentaires à être assumés par les Villes et municipalités. Un montant estimé qui ne prendrait même pas en compte les coûts supplémentaires de formation ni la révision des ratios moniteur/enfant pour les enfants de ce groupe d’âge.

L’UMQ réclamait notamment que le gouvernement du Québec accorde un soutien financier pour les municipalités qui souhaitaient élargir leur offre de camp de jour aux enfants de 4 ans.

Un comité de travail a été formé, mais la pandémie a forcé le ralentissement des travaux de ce comité. En effet, à l’été 2020, il n’était pas question de parler d’expansion, mais bien de savoir si oui ou non, les camps de jour auraient lieu en contexte de pandémie pour la clientèle régulière. On a finalement donné le feu vert à leur tenue, mais avec des ratios beaucoup plus restreints et énormément de consignes sanitaires à respecter. On ne connaît pas encore les normes exigées pour les camps de jour en 2021, ce qui ne devrait toutefois pas tarder.

«Cet enjeu (l’accès aux enfants de maternelle 4 ans) reste une préoccupation pour nos membres et nous, mais on me confirme que la pandémie est venue stopper les démarches que nous avions entreprises avec le gouvernement à ce sujet en 2019. Le dossier est donc sur pause, mais l’enjeu reste réel et pourrait ressurgir avec la prochaine saison des camps de jour qui s’annonce», signale Patrick Lemieux, porte-parole de l’UMQ.

Écoutez cette chronique en version audio.

Autant à la Ville de Trois-Rivières qu’à Shawinigan, on confirme que pour cet été, la préoccupation demeure la tenue d’un camp de jour pour la clientèle régulière en lien avec les directives gouvernementales. Il n’y aura pas d’expansion pour accommoder les familles ayant un enfant qui fréquente la maternelle 4 ans.

«Mais il y a assurément une réflexion qui va se tenir dans le futur à ce sujet», convient le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Guillaume Cholette-Janson.

En attendant, quelques familles chanceuses ont pu trouver une alternative. Le camp Les Débrouillards a choisi, cet été, de mener un projet pilote en accueillant un groupe de huit enfants de la maternelle 4 ans. Les places se sont envolées dans le temps de le dire.

Pour cette mère qui cherche des solutions, c’est vers une garderie privée qu’elle a pu se tourner, et qui offre un service durant l’été pour les petits de 4 ans, moyennant une contribution de 200 $ à 300 $ par semaine dépendamment du nombre de semaines choisies.

«C’est notre seule option. Pour nous, ça ira encore, mais c’est évident que ce n’est pas à la portée de tous les portefeuilles. Et même si c’était le cas, ça ne pourrait pas répondre à la demande de toutes les familles qui sont concernées», fait-elle remarquer.

Au ministère de l’Éducation, on indique qu’«un projet est actuellement en cours avec l’Association québécoise du loisir municipal concernant les mesures à mettre en place pour faciliter l’intégration des maternelles 4 ans en camps de jour. De plus, une recension des camps de jour municipaux et des camps de jour certifiés par l’Association des camps du Québec sera effectuée à l’été 2021 afin d’identifier les camps de jour qui offrent le service aux enfants de 4 ans». Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation n’a, quant à lui, pas donné suite à nos questions sur le sujet.