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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Hugo Mailhot-Couture est conseiller en développement durable à la Ville de Trois-Rivières. Il a amorcé sa nouvelle carrière au printemps dernier, en pleine crise sanitaire.
Hugo Mailhot-Couture est conseiller en développement durable à la Ville de Trois-Rivières. Il a amorcé sa nouvelle carrière au printemps dernier, en pleine crise sanitaire.

Bienvenue dans l’équipe... mais chacun chez soi!

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CHRONIQUE / Même si l’envie y était, il n’y a pas eu de 5 à 7 de bienvenue, pas de tournée des départements pour serrer la main de tous les nouveaux collègues, pas de premier party de bureau pour Noël. Pour tous ceux qui ont commencé une nouvelle carrière en pandémie, en télétravail et loin de leurs équipes, on doit trouver de nouveaux moyens pour développer un sentiment d’appartenance et tisser ces liens si précieux qui font qu’on se sent à la fois heureux et compétent au travail. Et pour les employeurs, le défi est de taille pour adapter l’accueil de ces nouveaux employés.

Hugo Mailhot-Couture avait déjà passé son entrevue d’embauche pour le poste de conseiller en développement durable à la Ville de Trois-Rivières lorsque la pandémie a frappé au printemps dernier. Son entrée en poste a été retardée puisque c’était le branle-bas de combat pour adapter tous les services de la Ville afin d’envoyer le plus de gens possible en télétravail. Et comble de malheur, son futur patron, Dominic Thibeault, était confiné chez lui, infecté par le coronavirus. Bienvenue dans l’équipe, Hugo!

«Lorsqu’ils ont été prêts à m’accueillir, je suis allé sur place rencontrer mon gestionnaire qui m’a remis le matériel dont j’avais besoin et qui m’a fait faire le tour des lieux de travail, en plus de me présenter les différentes directions avec qui j’allais être appelé à travailler. En réunion Teams, on m’a mis en lien avec toute l’équipe et j’ai pu rapidement collaborer avec les collègues», raconte Hugo, même si à ce jour, il n’a jamais physiquement travaillé dans les locaux de la division Environnement de la Ville.

Pour Carl Nadeau, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. En poste depuis le 9 novembre dernier à la Caisse Desjardins de Trois-Rivières comme agent de services financiers, son nouvel emploi exigeait qu’il soit physiquement présent à la succursale du boulevard des Forges, en raison des systèmes avec lesquels il doit travailler. Ainsi, Carl Nadeau est en présentiel depuis le début de sa carrière... mais n’a à ce jour jamais rencontré la très grande majorité de son équipe.

«Je crois que nous sommes deux dans les bureaux. Il n’y a pas de file d’attente au micro-ondes le midi, c’est bien», lance-t-il en éclatant de rire. Celui qui a fait carrière plusieurs années à la radio avant de se réorienter estime toutefois que les outils qui ont été mis en place pour faire en sorte qu’il se sente le bienvenu au travail ont été très efficaces. Durant toute la durée de sa formation virtuelle, il a aussi pu compter sur l’appui d’un parrain comme mentor, qui se rendait disponible dès qu’il en avait besoin.

Son collègue Jean-Robin Caissy, qui a fait un changement de carrière du service aux entreprises vers celui aux particuliers à la Caisse de Trois-Rivières durant la pandémie, considère lui aussi avoir vécu une intégration réussie. «Je crois qu’à partir du moment où l’on fait un travail qu’on aime, c’est facile d’adhérer aux valeurs de l’entreprise et se sentir le bienvenu, même à distance», considère-t-il.

Transformation

Associé chez Concordia, cabinet-conseil en ressources humaines à Trois-Rivières, Jean-Bernard Charette indique qu’il n’existe pas encore de données tangibles sur l’impact réel de la pandémie quant à l’intégration de nouveaux employés ou la rétention du personnel nouvellement arrivé en entreprise. Mais il est clair, pour lui, que les employeurs ont dû mettre les bouchées doubles cette année pour adapter les façons de faire.

«L’intégration d’un employé dans un milieu de travail, c’est crucial. Il faut s’assurer qu’on ait intégré les procédures, les politiques de l’entreprise, les valeurs. Il faut aussi tisser un sentiment d’appartenance. Si tu n’as pas ça au départ, il y aura un problème, car l’employé aura du mal à se sentir à l’aise, s’intégrer et sentir qu’il fait partie de l’équipe», est-il d’avis.

Chez Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières, on a embauché cinq nouveaux employés depuis le début de la pandémie. Dans le respect des mesures sanitaires, on s’assure de les accueillir une première fois dans les locaux d’IDE, au centre-ville de Trois-Rivières afin de leur faire faire le tour du propriétaire, même si la plupart des bureaux sont vides. «C’est difficile d’adhérer à une organisation si tu ne vois pas l’endroit où tu vas travailler, si tu n’as pas au moins un premier contact direct», croit Annie Branchaud, directrice générale adjointe-administration chez IDE.

Arrivée en poste le 10 mars 2020, Mme Branchaud n’a elle-même pas eu une intégration habituelle. Le lendemain de son arrivée, un premier cas de coronavirus se déclarait dans son équipe, et tout le personnel s’est retrouvé confiné à la maison, en télétravail. Nouvelle gestionnaire, il fallait assurer un leadership auprès d’une équipe ébranlée qui ne la connaissait pas encore.

Bien qu’il soit en présentiel à la Caisse Desjardins de Trois-Rivières depuis le début de sa carrière, en novembre dernier, Carl Nadeau n’a pour ainsi dire jamais rencontré en personne la grande majorité de ses collègues.

«En situation d’urgence, j’émerge. C’est dans ma nature. Je pense que j’ai réussi à donner le meilleur de moi, à rassembler les troupes et à assumer ce leadership. Les gens m’ont laissé prendre ma place, ça a beaucoup aidé aussi», constate celle qui note que depuis cet épisode, différentes initiatives ont aussi été mises de l’avant pour continuer de maintenir les liens entre les membres de l’équipe, dont la création d’un groupe Facebook privé où les collègues échangent très souvent, en plus d’un comité de promotion de l’activité physique.

À la Ville de Trois-Rivières, on a aussi permis à tous les nouveaux employés qui arrivent de produire un court vidéo de présentation qui sera diffusé sur l’Intranet. «On leur donne carte blanche. C’est l’occasion pour eux de s’éclater et de nous faire découvrir leur personnalité, et souvent ça permet aussi aux équipes en place d’avoir déjà envie d’établir des liens avec la personne», note le porte-parole de la Ville, Guillaume Cholette-Janson.

Chez Desjardins, on a rapidement adapté les processus pour l’accueil et l’intégration des nouveaux employés, où l’ensemble de l’offre de formation a migré en mode virtuel. On a aussi bonifié le programme de parrains et marraines, qui a migré vers le virtuel.

«Pour nous, c’était important de conserver la culture de l’entreprise, de véhiculer le message de ce qu’est notre ADN et que les nouveaux employés y adhèrent. On a développé des programmes qui n’existaient pas pour que les employés se sentent intégrés. Il reste encore du chemin à faire, mais on a déjà de beaux acquis qui vont demeurer avec le temps et qui vont nous permettre d’être encore plus efficaces et productifs», considère Maude Blouin-Hallé, directrice du soutien à la gestion pour la Caisse Desjardins de Trois-Rivières.

Avec 315 nouveaux employés recrutés dans la province, dont plusieurs dans la région, depuis le début de la pandémie, Revenu Québec a rapidement adapté ses différentes façons de faire pour l’embauche et l’intégration. Selon le porte-parole Martin Croteau, la pandémie a accéléré la transition vers différentes innovations. Il cite notamment le déploiement d’un processus d’entrevue d’embauche par visioconférence et l’évaluation des compétences en ligne, mais également la tenue fréquente de rencontres formelles et informelles en ligne pour stimuler les échanges et le sentiment d’appartenance. On a aussi développé plusieurs outils pour faciliter l’installation en télétravail, déployé un programme de reconnaissance des employés et bonifié l’offre en santé organisationnelle avec des services infirmiers, des cliniques de vaccination, un programme d’aide aux employés, un programme de subvention pour la pratique d’activités physiques et des initiatives visant le bien-être psychologique.

Un défi supplémentaire aussi pour les gestionnaires d’équipe. «Il faut être plus attentif aux réactions des gens pour déceler les préoccupations, les insatisfactions. En virtuel, c’est beaucoup moins facile. Moi personnellement, ça a été difficile de m’adapter à ça. Mais nous avons eu beaucoup d’aide de la Ville, et j’ai la chance de pouvoir compter aussi sur une super équipe. Je me considère chanceux», note Dominic Thibeault, chef de la division Environnement à la Ville de Trois-Rivières, et nouvellement patron de Hugo Mailhot-Couture.

Retour en présentiel?

Chez IDE, on compte organiser une activité de cohésion d’équipe lorsque le retour en présentiel se fera, histoire de ressouder les liens et bien intégrer ceux qui n’auront connu que le virtuel. On prévoit aussi l’élaboration d’une politique de retour au travail qui proposera à la fois du travail en présentiel et du télétravail. «Il y a eu de gros avantages au télétravail, mais aussi certains manques sur le plan de la cohésion d’équipe ou la communication. Je ne crois pas que, pour notre mission, le télétravail à 100 % soit la meilleure option», constate Annie Branchaud.

«Il y a des gens qui sont à bout d’être en télétravail, mais il y en a aussi à qui ça convient très bien. Les employeurs vont devoir apprendre à être flexibles dans les futures embauches», indique Jean-Bernard Charette de Concordia.

Desjardins compte faire preuve de flexibilité. «Il faudra proposer un modèle hybride, qui permet de s’adapter aux besoins des employés. Je crois que dans le futur, nous devrons le faire si on veut demeurer un employeur de choix», note Maude Blouin-Hallé, qui ne cache pas que le télétravail a eu des effets très positifs sur la productivité et le niveau de satisfaction des membres.

Pour Hugo Mailhot-Couture, le télétravail lui aura permis une grande flexibilité pour être à la fois performant dans sa nouvelle carrière et être le papa engagé qu’il souhaitait être auprès de son fils, né quelques semaines avant la pandémie. Mais le télétravail à temps plein à long terme ne sera pas pour lui.

Annie Branchaud, directrice générale adjointe chez IDE Trois-Rivières, a connu un baptême de feu dans sa nouvelle carrière, elle qui a débuté le 10 mars 2020. Le lendemain, toute son équipe devait se confiner à la maison et quelques employés ont été infectés à la COVID-19.

«Je suis aussi une personne très sociale qui a besoin de contacts. Je suis convaincu qu’il y a tellement de dossiers qui cheminent plus rapidement dans des discussions de corridor ou autour d’une bière après le travail. Cet aspect informel lié au présentiel se perd, et je trouve ça dommage. C’est pour ça que je ne crois pas qu’il faut que le télétravail prenne toute la place. Dans notre future «normalité», il faudra trouver le juste équilibre», signale Hugo.