Patrick Duquette

T’as pas mis ton ti-casque?

CHRONIQUE / Volte-face surprenante cette semaine de l’Institut national de santé publique du Québec qui ne recommande plus le port obligatoire du casque à vélo. Une décision pleine de bon sens, à mon avis.

Vous savez ce qui m’horripile le plus dans le vieux débat sur l’obligation de porter le casque ? Trop souvent, je trouve qu’on met tous les cyclistes dans le même paquet. Allez hop, le casque obligatoire pour tout le monde ! Comme si le vélo était un sport dangereux en tout lieu et en toutes circonstances. Comme s’il n’y avait pas de nuances possibles.

Patrick Duquette

L’amour au prix fort

CHRONIQUE / « Elle me disait qu’elle m’aimait. »

C’est facile de juger les gens qui se font prendre dans des stratagèmes amoureux sur le Web. On se dit qu’ils sont naïfs de succomber aux ruses grossières des fraudeurs.

Patrick Duquette

Pas si néfastes, les jeux vidéos

CHRONIQUE / Vous savez tout le mal qu’on dit des jeux vidéos. Le discours ambiant en fait une espèce de maladie honteuse. Ils sont néfastes pour la santé, créent une dépendance, propagent des stéréotypes sexistes et racistes. Quand ils n’incitent pas carrément à la violence… Au mieux, c’est une perte de temps, un plaisir coupable, une activité pour meubler les vides de la vie quotidienne.

Or voilà qu’une prof en cinéma de l’Université Carleton vient d’écrire un livre capable de nous réconcilier — un peu ! – avec les jeux vidéos. Plutôt qu’un moyen d’échapper à la réalité, les jeux vidéos viendraient reproduire des sentiments, des émotions, des états d’âme qu’on ressent dans la vraie vie, avance Aubrey Anable, auteure de Playing with Feelings. Mieux, les jeux vidéos sont en voie de devenir la forme d’expression artistique la plus importante du XXIe siècle. Un art à part entière, au même titre que la peinture, le cinéma ou la littérature le furent à d’autres époques.

Candy Crush Saga, ce jeu populaire qui consiste à ordonner des bonbons colorés, serait donc une forme… d’art ?

Pas nécessairement, reconnaît Aubrey Anable. N’empêche que ce jeu, auquel elle s’adonnait pour tuer le temps dans l’autobus, a été le point de départ de ses recherches. « Je voyais tout le monde jouer à ces jeux-là. Mais peu de gens s’intéressaient au véritable rôle qu’ils jouaient dans nos vies. On avait tendance à les écarter rapidement. Un chroniqueur du New York Times les qualifiait de «blank spaces». Des espaces vides. Je n’étais pas d’accord. »

En étudiant ces jeux « occasionnels » comme Saga Crash, Plants vs Zombie ou Diner’s Dash, elle a découvert un parallèle étonnant avec la vie quotidienne. Le but est toujours le même : remettre de l’ordre dans le chaos. Dans Candy Crush, ce sont des bonbons qu’il faut remettre en ordre. Dans Diner’s Dash, il faut gérer un restaurant bondé de monde. Dans tous ces jeux, le joueur n’a pas sitôt réussi à ramener l’ordre que le chaos renaît, sans cesse grandissant.

Comme dans la vraie vie, quoi. L’ordre règne quand on se lève. Puis le petit refuse de s’habiller. Le boss nous attend avec une urgence imprévue. Faut aller porter le char au garage. Passer chercher du lait. Aller chercher le petit malade à la garderie. Entre deux affaires à régler, on joue à un jeu vidéo qui nous propose, lui aussi, de ramener de l’ordre dans le chaos. 

Aubrey Anable y voit une sorte d’humour pervers, une critique sociale de nos vies passées à courir comme des fous sans jamais en voir la fin. Malgré tout, un jeu comme Candy Crush demeure un refuge contre les tracas du quotidien. « C’est que le jeu nous donne des objectifs simples à atteindre et on est récompensés immédiatement pour nos efforts. Alors que dans la vraie vie, les objectifs à atteindre sont compliqués, et la gratification, pas immédiate. »

Alors que les jeux vidéos sont souvent dévalorisés et considérés comme une perte de temps, Aubrey Anable les voit devenir un art à part entière, avec ses propres codes et modes d’expression. « C’est une forme d’expression qui se différencie du film et du roman qui deviendra de plus en plus importante au cours des prochaines années », prédit-elle. Le cinéma aussi, à son époque, a mis du temps à acquérir ses lettres de noblesse. « On disait que les films, ce n’était pas de l’art, parce que ça servait à faire de l’argent. Plus personne ne sert ce genre d’argument aujourd’hui. Tout le monde admet que le cinéma est une forme d’art. C’est aussi vrai pour les jeux vidéos. Il y a des créateurs de jeux indépendants à Montréal, Ottawa et ailleurs, qui utilisent les jeux vidéos comme moyen d’expression. À Ottawa, une artiste se sert du vieux jeu Space Invaders pour faire une critique de la colonisation des peuples autochtones. »

La morale de cette histoire ? La prochaine fois que vous jouerez à Candy Crush, faites-le sans arrière-pensée. « Il n’y a pas de raison de se sentir coupable ! », assure Aubrey Anable.

Patrick Duquette

Une approche clémente du pot

CHRONIQUE / J’ai l’impression que le débat sur la marijuana va se polariser de plus en plus à mesure qu’on s’approche de la date d’entrée en vigueur de la légalisation au Canada.

Voilà déjà que le maire de Saint-Jérôme s’énerve et souhaite interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics.

S’il n’en tenait qu’à lui, on irait plus loin que les interdictions en vigueur pour le tabac.

On n’aurait pas le droit de fumer du pot dans les festivals, pas le droit d’en fumer dans la rue. Tout ça sous prétexte que l’on connaît mal les effets de la fumée secondaire de la marijuana.

« Autoriser immédiatement le cannabis dans les espaces publics, ce serait une erreur majeure », insiste le maire Stéphane Maher.

Alors qu’on s’approche de la date fatidique, il va s’en trouver beaucoup pour « redémoniser » le pot, me faisait remarquer Yves Séguin, directeur du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de Gatineau.

Des gens vont insister sur les préjugés et les craintes liés à la drogue. Au point de faire oublier les raisons qui ont mené à la légalisation du pot. Notamment que la prohibition, en plus d’être inefficace, cause beaucoup de dommages.

Après tout, les gens qui consomment aujourd’hui du pot de manière responsable, sans en abuser, doivent se cacher pour s’approvisionner au marché noir. Et ils ne sont jamais sûrs de la qualité et de la composition du produit qu’ils achètent.

Quant à ceux dont la consommation est problématique, ils se retrouvent avec des casiers judiciaires. Alors qu’au fond, ils ont souvent davantage besoin d’aide que d’un séjour en prison.

Rappelez-vous ce juge de la Cour du Québec, à Gatineau, qui s’était fait solidement taper sur les doigts, en 2015, après avoir dénoncé sur le banc les lois « désuètes et ridicules » sur la marijuana au Canada. Ce jour-là, ces lois l’obligeaient à condamner un homme malade pour possession illégale d’une certaine quantité de marijuana.

« On est dans une société où on accuse les gens de possession et consommation de marijuana alors que plus de la moitié de la population en a déjà consommé », s’était emporté le juge Pierre Chevalier.

« Ce sont des lois qui sont désuètes et ridicules, avait-il ajouté. On est en présence de lois où il faudrait que plus de la moitié de la population ait un dossier criminel au Canada… Alors je pense qu’il est temps qu’on regarde de façon beaucoup plus clémente les choses qui se passent. »

C’est en plein ce qu’on est sur le point de faire aujourd’hui : regarder de façon plus clémente ce qui se passe. Trop vite au goût de certains, mais ça, c’est une autre histoire !

J’en entendais s’inquiéter de l’exemple qu’on donnera aux enfants avec la légalisation de la marijuana. Pauvres petits, qui verront des adultes s’allumer des pétards en toute impunité dans l’espace public.

Mais en quoi ce sera différent de la bière ou du vin ?

Quand on s’ouvre une petite frette devant les enfants, par une belle soirée de canicule, on a le choix. On peut montrer à nos enfants l’exemple d’un adulte qui boit comme un trou. Ou on peut leur enseigner que la modération a bien meilleur goût.

Quant à la marijuana dans les festivals, il y a moyen de prévoir des espaces où la fumée secondaire n’incommodera pas les non-fumeurs.

À partir du moment où, comme société, on décide de légaliser le pot, allons-y.

Si toutes les villes se mettent à interdire par la porte d’en arrière ce qu’on s’apprête à autoriser par la porte d’en avant, on n’en sortira pas.

Si mes enfants sont pour consommer de la marijuana un jour, ce n’est pas leur vieux père qui les en empêchera. J’aime autant qu’ils s’approvisionnent de manière légale, avec un produit supervisé, et dans un environnement où ils ne seront pas obligés de se cacher s’ils ont besoin de soutien.