Jean-François Demontigny a pu changer son fils d’école après avoir porté plainte à la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais.

Vous en faites un décrocheur!

CHRONIQUE / Un moment donné, Jean-François Demontigny a perdu patience. La direction de l’école secondaire collait des retenues à répétition à son fils Antoine, 14 ans, diagnostiqué du syndrome d’Asperger. Le jeune a commencé à se décourager, à haïr l’école, à parler de tout lâcher. « Vous êtes en train d’en faire un décrocheur ! », a lâché le père à l’attention de l’école.

Pourtant, Antoine est un petit gars brillant. Mais désorganisé ! À la maison, il oublie de fermer les tiroirs ou la porte du garage, ou encore de tirer la chaîne de la toilette. À l’école, il oublie constamment son étui à crayons, il se trompe de cartable, il arrive en retard en classe. Si personne ne l’aide à faire le ménage de son casier, celui-ci se transforme vite en bordel indescriptible. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’Antoine a un syndrome d’Asperger léger avec « troubles organisationnels ».

Troubles d’organisation ou pas, voilà quelques mois, un nouveau directeur de niveau a décidé d’appliquer la ligne dure face aux écarts d’Antoine. Depuis ce temps, le jeune s’est retrouvé en retenue plus souvent qu’à son tour pour ses retards et ses oublis. Comme Antoine « oublie » parfois de se présenter à ses retenues, il a aussi été suspendu à l’interne. Le père a fait des pieds et des mains pour faire cesser les mesures disciplinaires. Non seulement les retenues n’aident pas mon gars à mieux s’organiser, elles sont en train de le décourager de l’école, a-t-il plaidé.

Mais le directeur n’a rien voulu entendre. Pas question de suspendre les retenues. Antoine doit être puni par souci d’équité envers les autres élèves qui respectent le code de vie de l’école, a-t-il fait valoir dans un courriel envoyé au père.

Puni par souci… d’équité ? Jean-François Demontigny n’en revient pas encore de celle-là. « Punir Antoine, c’est comme dire à un enfant en chaise roulante : l’ascenseur ne fonctionnait pas, t’es arrivé en retard… too bad, tu t’en vas en retenue. Ça n’a aucun bon sens », s’insurge-t-il.

Plutôt que de châtier Antoine pour des écarts liés à son syndrome, il faut l’accompagner, établir des routines, lui enseigner à mieux s’organiser à l’école comme dans la vie, insiste le père. C’est l’approche qu’avaient adoptée les deux directrices précédentes. C’était avant qu’Antoine double sa deuxième secondaire, avant que le nouveau directeur arrive dans le portrait…

En désespoir de cause, Jean-François Demontigny a porté plainte à la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO). Il a exigé qu’on change son fils d’école, considérant que la relation de confiance entre lui et la direction était compromise. La CSPO a acquiescé à sa demande. Et Antoine s’est retrouvé dans une autre école, dans une classe spécialisée avec mesures d’aide. Le ratio prof-élève est de 50 % celui d’une classe ordinaire. Le changement s’est avéré profitable jusqu’à maintenant. Le père a bon espoir qu’on pourra sauver son année.

Tant mieux pour Antoine. Mais cette histoire en dit long sur l’influence des directeurs d’école dans le système scolaire. Ils agissent comme des chefs d’orchestre sur les ressources disponibles pour les enfants avec des besoins particuliers. Si le parent s’entend avec le directeur, ça va. Sinon, il peut trouver le temps long. Remarquez que le problème n’est pas toujours le directeur. Des fois, c’est le parent !

En tout cas, le gouvernement Legault devrait y réfléchir à deux fois avant de donner plus de pouvoirs aux directions d’école. Ce n’est pas une mauvaise idée en soi. Pourvu qu’on prévoie des recours pour les parents qui se sentent lésés. Surtout si les commissions scolaires ne sont plus là pour arbitrer les conflits.

À une époque, on croyait que les enfants comme Antoine étaient irrécupérables. Les travaux du docteur autrichien Hans Asperger ont démontré que ces enfants, aussi déconcertants soient-ils, étaient au contraire très brillants. Et qu’il était tout à fait possible de les intégrer à la société. À condition de bien les accompagner. Et non de les punir aveuglément lorsqu’ils oublient de suivre le troupeau.