Patrick Duquette
Les deux créateurs du programme Vieillir gaiement, Michel Charron et Henri-Paul Lalonde.
Les deux créateurs du programme Vieillir gaiement, Michel Charron et Henri-Paul Lalonde.

Vieillir gaiement

CHRONIQUE / Henri-Paul Lalonde et Michel Charron ont baptisé leur projet Vieillir gaiement en Outaouais.

Et c’est bien de ce dont il s’agit : un programme d’accompagnement pour les aînés, qu’ils soient gais, lesbiennes ou trans. Une première dans la région.

Les deux hommes ont mis des années à peaufiner le projet qui verra le jour, en mars prochain, sous l’égide du BRAS Outaouais.

En quoi ça consiste ?

Des bénévoles se rendront dans les CHSLD, les résidences privées pour personnes âgées ou même à domicile. Tout cela afin de soutenir des aînés LGBTQ+ qui se tiennent à l’écart des autres de peur d’être jugés par leurs pairs pour leur orientation sexuelle.

La crainte du rejet, Henri-Paul, 76 ans, et Michel, 68 ans, l’ont vécue eux-mêmes. Pendant la majeure partie de leur vie, ils ont dissimulé leur homosexualité. Ils ont mené des vies d’hétéros. Mariés, avec des enfants, puis même des petits-enfants…

Henri-Paul a su très tôt qu’il était gai. Dès l’âge de 6 ans, lors d’une visite à la ferme, il a senti que les garçons suscitaient chez lui un certain émoi.

Mais c’était à une époque où l’homosexualité était non seulement une pratique condamnée par l’Église, mais aussi un crime en vertu de la loi.

Si bien qu’Henri-Paul, élevé au sein d’une famille de 10 enfants dans la stricte tradition catholique, n’a pas « pratiqué », comme il le dit joliment, cette homosexualité qu’il sentait éclore en lui.

Au contraire, il a fait comme ses frères et sœurs. Il s’est marié, s’est acheté une auto, une maison, a eu des enfants, des petits-enfants.

Et c’est seulement après le décès de sa chère Monique, avec qui il a été marié pendant 45 ans, qu’il osera sortir du placard. À l’âge de 69 ans. Et ça n’a pas été facile ! « Cette situation où on n’a personne à qui se confier, je l’ai vécue, dit-il. Je n’osais pas en parler. À mon âge, c’est difficile. On n’a pas été élevé comme vous, les jeunes ! », lance-t-il.

Il a fini par s’ouvrir de son homosexualité à son médecin. Qui l’a relayé à un groupe d’entraide, le programme Entre hommes du BRAS. C’est là qu’a germé l’idée de créer un programme pour aider les aînés LBGTQ+ à sortir de l’isolement.

« J’ai réalisé qu’il fallait faire quelque chose pour ces aînés qui n’osent pas parler », poursuit Henri-Paul. De fait, 53 % des aînés LGBT se sentent isolés, selon une étude américaine réalisée en 2016.

Il a parlé de son projet à Michel Charron, un bénévole qu’il a rencontré au BRAS. Michel, lui, a été marié pendant 37 ans avant de révéler son homosexualité à son entourage. Tout comme dans le cas de Henri-Paul, cette sortie du placard à l’âge de 61 ans fut une libération. Une délivrance qui a lui permis de connecter avec la communauté gaie et de se libérer d’un lourd secret.

Lui aussi pense qu’un projet comme Vieillir gaiement est nécessaire. Il pense particulièrement à tous ces gais, trans et lesbiennes qui doivent quitter la maison à la mort de leur conjoint pour aller vivre dans un foyer.

« Très souvent, lorsqu’ils arrivent en résidence, ces personnes retournent dans le ‘placard’ de peur du jugement des autres. Ce sont des gens qui vont aller chercher leur repas à la salle à manger et le ramèneront dans leur chambre. Il faut les aider à sortir de l’isolement. »

Le projet Vieillir gaiement sera lancé le 12 mars. D’ici là, le BRAS recrute des bénévoles. Nul besoin d’être gai ou lesbienne pour soumettre sa candidature. « C’est ouvert à tout le monde pourvu que les gens aient une certaine connaissance de la réalité LGBTQ et qu’ils adhèrent à nos trois valeurs que sont l’écoute, l’ouverture et l’empathie », explique Annie Castonguay, directrice adjointe du BRAS. Les gens intéressés appellent au 819-776-2727.