Steve Dolesch a dû passer une nuit, seul, sur son fauteuil roulant puisque personne n’est venu l’aider à se mettre au lit.

Une nuit blanche dans son fauteuil roulant

CHRONIQUE / Steve Dolesch refuse de se plaindre ou de se faire plaindre. Il reste qu’il dépend des autres pour ses soins quotidiens. Que ce soit pour se laver, s’habiller, préparer ses repas ou faire ses besoins (juste le numéro 2, précise-t-il en rigolant).

Mais récemment, un dimanche, Steve Dolesch a passé la nuit entière dans son fauteuil roulant, seul dans son logement du boulevard Sacré-Cœur à Gatineau. « Je n’avais personne pour venir me coucher dans mon lit », m’a-t-il dit. J’ai senti mon cœur se serrer. « Quoi, vous êtes resté toute la nuit assis sur votre chaise ? »

Je vous l’ai dit, Steve Dolesch ne veut pas se faire plaindre. Alors je crois qu’il l’a échappée, celle-là. Tout de suite, il m’a dit : n’en fais pas un drame, ce n’est pas pour cela que je voulais rencontrer un journaliste du Droit. Mais je suis resté accroché là-dessus.

Un homme de 63 ans, atteint de paralysie cérébrale, et donc incapable de s’extraire seul de son fauteuil roulant, a passé toute une nuit recroquevillée sur sa chaise parce que personne n’était en mesure de l’aider, un dimanche soir de février ? Mais M. Dolesch, c’est d’une tristesse !, ai-je insisté. C’était la première fois que ça vous arrivait ?

Bien non, a-t-il admis. C’est arrivé deux ou trois fois. « Pourquoi n’avez-vous pas appelé quelqu’un ? Vous me dites que vous connaissez des gens prêts à vous aider », ai-je demandé. « Je n’ai pas osé déranger, a-t-il répondu. C’était la tempête dehors. Les chemins n’étaient pas très beaux. »

Et d’enchaîner vite, comme s’il voulait faire oublier ce qu’il vient de me raconter : « J’adore ma vie. Je ne la changerais pas. Je garde le sourire parce que, depuis que je suis au monde, l’univers m’envoie toujours des gens pour m’aider. Toujours, toujours. »

Pas ce dimanche-là, M. Dolesch.

Je l’ai rencontré aux Galeries de Hull où il s’est rendu en transport adapté. J’ai dit qu’il avait 63 ans, mais je lui en aurais donné 48. Immigré hongrois. Atteint de paralysie cérébrale depuis sa naissance à Budapest, en Hongrie soviétique. Ses parents ont fui le pays après la révolution de 1956. Il a suivi 10 ans plus tard avec son grand-père. Il me raconte son histoire sans s’apitoyer sur lui-même, en faisant des blagues. Et je ris, je tends l’oreille aussi en raison de ses difficultés d’élocution.

M. Dolesch dépend constamment des autres. Mais il n’est pas totalement démuni. Québec lui accorde 59 heures de soutien à domicile par deux semaines, via le programme chèque emploi-service. C’est lui qui embauche ses « aides ». Il en a trois. Enfin, jusqu’à tout récemment. C’est là le problème : un de ses trois employés est parti en stage à Québec. Il s’est retrouvé sans aide durant les week-ends de février.

M. Dolesch a publié de petites annonces pour le remplacer. Mais les candidats ne se bousculent pas au portillon. Une contrainte du programme gouvernemental l’empêche de verser plus de 12,96 $/heure aux candidats intéressés.

« Le problème est le taux horaire, dit-il. Les auxiliaires du CLSC gagnent autour de 20 $ de l’heure. Celles d’une agence privée entre 27 et 30 $. Les agences sont là pour les riches. À ce taux-là, je serai dans le rouge à la fin du mois… Pourtant, les gens qui m’aident font le même travail que des auxiliaires familiaux et des préposés aux bénéficiaires. Pourquoi Québec ne les paie pas au même taux ? »

Une bonne question que M. Dolesch soulève dans une lettre à la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Ce que j’en dis, c’est que si le gouvernement est sérieux dans sa volonté de maintenir plus de patients à domicile, il est mieux d’y voir. « Me placer dans une résidence ou en CHSLD coûterait beaucoup plus cher à l’État », fait remarquer M. Dolesch. Avec justesse.