Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Une cycliste circule sur la rue Jacques-Cartier.
Une cycliste circule sur la rue Jacques-Cartier.

Une bonne idée... mal ficelée

CHRONIQUE / Vous savez sans doute qu’en plein coeur du confinement, au mois de mai dernier, la Ville de Gatineau a «fermé» en partie la rue Jacques-Cartier à la circulation automobile, afin de la rendre plus attrayante pour les piétons et les cyclistes.

L’idée était de permettre à la population de sortir, de faire du sport, de relâcher la pression du confinement dans le respect des règles de distanciation physique.

C’est ainsi que par un beau matin de mai, sans réelle consultation publique, des employés municipaux sont débarqués sur Jacques-Cartier pour y planter des cônes orange, des sens uniques et des interdictions de circuler.

En un tournemain, cette magnifique rue riveraine, qui venait d’être rénovée pour la rondelette somme de 40 millions, a pris l’allure rébarbative… d’un chantier de construction.

Mais bon, comme la plupart des commerces étaient encore fermés à l’époque - c’était il y a trois mois - toutes ces restrictions étaient sans grandes conséquences.

C’est une autre histoire aujourd’hui alors que le déconfinement est amorcé partout.

Les commerçants de la rue Jacques-Cartier, qui tirent le diable par la queue comme partout ailleurs, pestent contre les restrictions. La signalisation confuse et les cônes orange font fuir une partie de la clientèle, arguent-ils. «How the heck can we run a business here!», s’est exclamé Frank Bentovoglio, le propriétaire du resto-bar Le Forum.

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Même le président de la Fabrique de l’église Saint-François-de-Sales, Gaétan Cousineau, a l’impression que la Ville cherche à faire fuir les paroissiens. C’est dire…

On dira que chaque fois qu’une ville s’essaie à restreindre la circulation automobile et le stationnement, des commerçants vont chialer. C’est vrai.

Mais dans les circonstances actuelles, difficile de ne pas être sympathique à leur cause. Les commerçants de la rue Jacques-Cartier viennent de traverser des années de travaux de construction (2014-2016), deux inondations (2017-2019), puis la COVID. Et voilà qu’en prime, la Ville de Gatineau ferme une partie de la rue.

N’en jetez plus, la cour est pleine!

Pour tout dire, je comprends mal l’entêtement de certains élus de Gatineau, la conseillère du quartier Myriam Nadeau en tête, à garder la rue fermée jusqu’au 30 septembre comme c’était le plan à l’origine.

La raison première de ce projet était d’offrir plus d’espace pour respecter la distanciation physique. Avec le déconfinement, l’excuse ne tient plus la route. L’autre objectif, c’était de favoriser le transport actif. Or il y a déjà tout l’espace nécessaire, sur Jacques-Cartier, pour circuler en vélo et à pied.

Je comprends que Myriam Nadeau a voulu essayer quelque chose. Un dicton prétend qu’il ne faut jamais gaspiller une «bonne crise» pour tenter de nouvelles expériences. Bravo.

Sauf que sur Jacques-Cartier, le manque de consultations et l’improvisation ont accouché d’un projet mal ficelé, qui suscite une grogne tout à fait justifiée.

Le conseil municipal devra décider mardi prochain s’il maintient les restrictions jusqu’au 30 septembre, comme prévu. Ou s’il rouvre la rue dès le 1er septembre.

Suggestion: pourquoi ne pas fermer une partie de la rue Jacques-Cartier une fin de semaine sur deux, en prévoyant un budget d’animation?

Un compromis me semble encore possible. À condition que l’affrontement à venir entre le parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin et l’opposition ne s’égare dans un débat idéologique vélo contre auto…