Patrick Duquette
Comment réagiriez-vous en apprenant qu’un refuge pour sans-abri déménage dans votre quartier?
Comment réagiriez-vous en apprenant qu’un refuge pour sans-abri déménage dans votre quartier?

Un simple bonjour

CHRONIQUE / Comment réagiriez-vous en apprenant qu’un refuge pour sans-abri déménage dans votre quartier?

Moi, je réagirais exactement comme les gens de Pointe-Gatineau.

Ils ont appris que le centre d’hébergement temporaire installé à l’aréna Guertin, depuis le début de la pandémie, pourrait s’installer dans leur cour à compter du 21 août.

Tout comme eux, je serais inquiet de voir débarquer dans mon voisinage tout ce qui accompagne souvent l’itinérance: la drogue, les seringues, les vols, les méfaits, les violences…

Comme cette dame à Radio-Canada, l’autre jour, je me demanderais si je pourrais continuer d’envoyer mes enfants jouer au parc. Ou si je devrais désormais barrer mon vélo, dans mon arrière-cour.

Je pense que c’est une réaction tout à fait légitime. Qui n’a rien à voir avec le syndrome du pas dans ma cour. L’arrivée inattendue d’un refuge pour sans-abri — surtout dans un voisinage déjà appauvri et peuplé de jeunes familles — change la donne en matière de cohabitation. Et pas à peu près!

Dans les circonstances, j’ai trouvé tout à fait mesurée la réaction de la conseillère du quartier Pointe-Gatineau, Myriam Nadeau.

«D’un point de vue purement humain, je ne refuserai jamais un endroit à l’abri pour des gens qui n’ont nulle part où aller», a-t-elle déclaré à mon collègue Charles-Antoine Gagnon. Et je suis d’accord avec elle. C’est une question d’humanité. De droit au logement.

Sauf que, tout comme Myriam Nadeau, j’aurais une ou deux questions à poser au CISSS de l’Outaouais.

À commencer par celle-ci: êtes-vous bien certain que le 55, rue Marengère (une ancienne école) est le meilleur endroit en ville pour accueillir un refuge pour sans-abri? Même sur une base temporaire?

Le 55, rue Marengère, où pourrait s'installer le refuge temporaire pour sans-abris.

Le CISSS ne s’est pas expliqué là-dessus. Mais j’ai entendu entre les branches qu’on avait vainement tenté de trouver des locaux dans le secteur Hull. Sans succès. Les locateurs ne seraient pas chauds, semble-t-il, à l’idée de louer à des itinérants pour quelques mois.

Autre question pour le CISSSO, tout aussi cruciale: advenant que le centre d’hébergement déménage sur Marengère, est-ce que les services sociaux vont suivre? Quel niveau d’encadrement prévoit-on? Va-t-on ajouter des ressources ou tout «dumper» sur les épaules des organismes communautaires?

Sur ce plan aussi, les autorités doivent faire preuve de transparence et rassurer la population. Si un itinérant «ne va pas bien», pour reprendre l’expression consacrée, il faut s’assurer de sa prise en charge. L’organisation des services autour du nouveau centre d’hébergement d’urgence, c’est le nerf de la guerre, la clé d’une cohabitation réussie...

Ce qui est dommage dans cette histoire?

La machine à rumeur s’est emballée très vite à propos du 55, rue Marengère.

Tous les projecteurs se sont braqués sur les «problèmes» associés à l’itinérance.

On a vite oublié que la cohabitation entre itinérants et résidants, sans être facile, est tout à fait possible.

«Je ne veux pas raconter d’histoire, m’a dit un travailleur de longue date du milieu communautaire. La cohabitation avec des itinérants n’est jamais simple. Mais pour les parents d’un quartier, c’est une belle occasion. De faire de l’éducation, de parler de pauvreté à leurs enfants...»

Et les enfants, justement: pourront-ils continuer de jouer au parc?

«Pourquoi pas?, a-t-il répondu. S’ils rencontrent un itinérant, ils n’ont qu’à lui dire bonjour. Quand on y pense, c’est rare de rencontrer quelqu’un qui n’attend rien de plus, de notre part, qu’un simple bonjour…»