Le nouveau ministre responsable de l’Outaouais et ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, n’est pas parfait. Ses ennuis financiers n’ont rien de nouveau pour la majorité des familles du Québec.

Un ministre pas parfait

CHRONIQUE / Est-ce d’intérêt public de divulguer que le nouveau ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe, cumulait les dettes et a failli faire faillite ?

La réponse est : oui.

Oui, c’est d’intérêt public de savoir qu’un ministre important du gouvernement de François Legault a des dettes et qu’il est redevable à des créanciers. Oui, c’est d’intérêt public de savoir qu’un ministre qui a un portefeuille de 2,7 milliards à gérer a connu des ennuis financiers au point de devoir faire une proposition de consommateur.

Maintenant, est-ce que le Journal de Québec qui a dévoilé les déboires financiers du député de la CAQ, était tenu de nommer sa conjointe et de préciser la marque des deux voitures du couple dans le cadre de son reportage ? Non. Je ne vois pas l’utilité de divulguer ce genre de détails qui n’ajoutent rien à l’histoire. Au contraire, ça donne l’impression que les journalistes ont voulu s’acharner sur le cas du ministre et salir sa réputation. Souvent, une saine retenue sert mieux le droit sacré du public à l’information que la divulgation de détails juteux.

Surtout que le ménage de Mathieu Lacombe n’est ni le premier ni le dernier à traverser une mauvaise passe qui a failli tout leur faire perdre. Dans leur cas, ce n’est pas un train de vie princier ou des dépenses excessives qui sont responsables de leurs ennuis. Un retour aux études avec un enfant, un congé de maternité à demi-salaire, des ennuis de santé pour la conjointe ont plongé le ménage dans une spirale de dettes. Ce que j’ai vécu, a fait remarquer le ministre Lacombe, « c’est rien que les familles du Québec ne connaissent pas. » Et il a raison.

Des familles qui vivent sur le fil d’un équilibre financier précaire, avec des dettes d’études, une hypothèque et deux chars à payer, c’est monnaie courante. Le taux d’endettement alarmant des familles canadiennes refait surface chaque fois que la Banque centrale menace de hausser les taux d’intérêt. Le ratio dette/revenu est particulièrement préoccupant chez les jeunes familles de 19-34 ans : il était de 180 % en 2009, selon Statistique Canada.

L’endettement a beau être un phénomène répandu, ça reste une réalité honteuse et taboue, qu’on dissimule sous le tapis. « Non, je ne suis pas parfait, a concédé le ministre Lacombe sur sa page Facebook. Comme beaucoup d’autres familles, la mienne a effectivement déjà eu des ennuis financiers (…) Nous avons donc pris une décision responsable, celle d’aller chercher de l’aide. Est-ce que cela fait de moi un moins bon député ou un moins bon ministre ? Je ne crois pas. »

Disons que si Mathieu Lacombe avait été ministre des Finances, ses déboires financiers n’auraient pas été perçus de la même manière par la population en général, et par la communauté d’affaires en particulier. Le fait qu’il soit ministre de la Famille change complètement cette perception et lui vaut un important capital de sympathie. Les gens ont l’impression que le nouveau ministre de la Famille partage une partie de leur vécu. Et dans un monde où les politiciens se font souvent accuser d’être déconnectés, n’est-ce pas cela qu’on veut ? Des politiciens peut-être imparfaits, mais qui connaissent bien la réalité du « vrai monde » ?