Après le décès tragique et évitable de Marc-André Maxwell à l’hôpital de Gatineau, en décembre 2015, personne n’a jugé bon de remplir un rapport d’incident après l’échec des procédures de réanimation.

Rendre des comptes

CHRONIQUE / Une autre enquête accablante du coroner, une autre crise à gérer pour le CISSS de l’Outaouais.

Ce qui me frappe chaque fois, c’est le peu d’empressement de l’organisation à rendre de véritables comptes à la population.

On préfère en imputer la faute aux médias, comme l’a laissé entendre la haute direction du CISSS lors de son point de presse vendredi. Les journalistes ne font pourtant que leur travail en rapportant le résultat des enquêtes.

Ou encore, on se cache derrière la menace de judiciarisation d’un dossier pour rapidement mettre fin à un point de presse sur les ratés du système de santé, comme l’a fait la ministre régionale Stéphanie Vallée, lundi matin, à Gatineau.

Quant au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, il préfère ne pas se mêler de ce qu’il considère comme des « enjeux internes ».

Le fait est qu’on refuse de rendre de véritables comptes à la population sur la qualité, et même sur la sécurité des soins hospitaliers donnés en Outaouais. 

C’est bien beau de dire que les « morts évitables » survenues dans les hôpitaux de l’Outaouais sont des cas isolés et n’ont pas de similitudes entre eux. Encore faut-il le démontrer. Et c’est cela que la ministre Vallée, de même que la haute direction du CISSS de l’Outaouais sont incapables de faire de manière convaincante.

Toute comparaison est boiteuse, mais imaginons un instant qu’il se produise deux meurtres dans la même semaine à Gatineau. Ce serait inhabituel et on peut imaginer sans peine que la population serait sous le choc. Le chef de police convoquerait une conférence de presse. Après avoir exprimé son empathie pour les victimes, il tenterait de rassurer la population. Ces deux meurtres, bien que choquants, sont des cas isolés, dirait-il. Et il aurait des statistiques et des rapports annuels pour démontrer qu’effectivement, le nombre d’homicides demeure stable. Il trouverait peut-être même un graphique quelque part, avec une courbe indiquant que la criminalité est en baisse…

Bref, il serait en mesure de donner une perspective globale. De fournir le big picture. De nous décoller le nez de la tragédie pour saisir l’ensemble de l’œuvre. Et de démontrer qu’effectivement, les apparences peuvent être trompeuses. C’est ce que le CISSS de l’Outaouais est incapable de faire quand une autre histoire pathétique survient dans ses hôpitaux et fait la une des journaux.

Pourtant, la majorité des gens sensés est capable de comprendre qu’il se commet des erreurs dans un hôpital.

Les patients hospitalisés sont de plus en plus vulnérables en raison de leur fragilité et de la complexité croissante des soins. Pas pour rien qu’une hospitalisation sur 18 donne lieu à un événement préjudiciable pour les usagers du système de santé, rapportait une étude canadienne publiée en 2016. Même qu’une fois sur cinq, une première bavure médicale en entraînera d’autres, souligne cette étude de l’Institut canadien d’information sur la santé.

Oui, il se commet des erreurs dans les hôpitaux. C’est inévitable.

Encore faut-il avoir le courage de les admettre. Et la meilleure manière de le faire, c’est de documenter avec rigueur l’ensemble des incidents et accidents qui surviennent dans les hôpitaux. Certaines provinces ont même adopté des lois ou des politiques obligeant la déclaration de tels incidents. C’est le cas du Manitoba… et du Québec.

Pourtant, après le décès tragique et évitable de Marc-André Maxwell à l’hôpital de Gatineau, en décembre 2015, personne n’a jugé bon de remplir un rapport d’incident après l’échec des procédures de réanimation. Une lacune relevée par le commissaire aux plaintes du CISSS de l’Outaouais, Louis-Philippe Mayrand, dans son rapport.

Si on veut que le réflexe de blâmer les personnes impliquées dans telles tragédies cède la place à une culture d’ouverture et d’apprentissage, il faudra pourtant avoir le courage de les documenter. C’est encore le meilleur moyen d’en tirer des leçons et de rendre de véritables comptes à la population.