La scène est saisissante. Les bretelles de l’autoroute 50 vers la rue Saint-Louis mènent tout droit vers l’eau de la rivière Gatineau, qui a envahit le quartier Pointe-Gatineau pour une deuxième fois en trois printemps. Gatineau survol de l'Outaouais en avion lors des inondations de 2019

Quel gâchis !

CHRONIQUE / Oui, quel gâchis ! Mes collègues Justine Mercier et Patrick Woodbury ont survolé la région jeudi alors que le niveau des eaux avait atteint son apogée.

Les images prises du haut des airs illustrent l’ampleur du désastre. Quyon, Pontiac, Aylmer, Constance Bay ont l’air de zones de guerre avec leurs tranchées et leur ligne de front constellée de sacs de sable.

L’image la plus triste, c’est peut-être celle du quartier de Pointe-Gatineau englouti sous les eaux pour une seconde fois en trois ans.

Encore une fois, la rivière a clairement gagné la bataille. Le quartier tout entier semble avoir glissé dans la rivière. Les premiers colons qui y ont mis le pied, il y a 200 ans, ne reconnaîtraient plus l’endroit !

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Dans le secteur, seule l’autoroute 50 a résisté à l’envahisseur. D’ailleurs, j’ai ri (jaune) en reconnaissant en bordure de l’autoroute le fameux terrain de golf où Toyota Gatineau souhaitait bâtir un nouveau commerce l’an dernier. Le terrain est inondé à ras bord — comme en 2017.

C’est fou quand on y repense. Un entrepreneur était prêt à investir des tonnes d’argent pour construire sur ce terrain qui se trouvait en zone inondable. Plus absurde encore, le conseil municipal a longuement débattu avant de lui refuser le permis. Tout ça un an à peine après les inondations de 2017… C’est dire comment certains ont mis du temps à comprendre l’ampleur des changements climatiques qui nous frappent de plein fouet.

Alors que la décrue des eaux s’amorce, de sérieuses questions vont se poser. Parlant de Pointe-Gatineau, il faudra faire vite, trop vite sans doute, le débat sur l’avenir de ce quartier.

Contrairement à d’autres plaines inondables, l’existence de Pointe-Gatineau n’est pas attribuable à une « erreur » d’urbanisme, comme se plaît à le répéter le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

L’endroit est habité depuis deux siècles. Le quartier jouit d’une vie sociale et d’un esprit communautaire bien ancré. Certaines familles y habitent depuis plusieurs générations. Dans le cas de Pointe-Gatineau, aucun doute, il vaut la peine d’examiner si le quartier peut être immunisé contre la crue des eaux. Que ce soit par une digue, comme au village Britannia à Ottawa. Ou encore par des canaux de dérivation comme on en voit au Manitoba.

Dans un monde idéal, le débat sur l’avenir de Pointe-Gatineau se ferait à tête reposée et les pieds au sec. Dans les faits, il faudra faire vite avant que le quartier ne se vide. Une centaine de maisons ont été démolies après la crue de 2017. Et bien des sinistrés sont décidés à quitter le quartier après la crue de cette année. Ils n’ont pas envie d’en revivre une troisième. Qui pourrait les en blâmer ?

Dans les faits, ça veut dire que Pointe-Gatineau risque de mourir de sa belle mort avant même qu’on ait commencé à discuter sérieusement du moyen de le préserver des eaux. C’est un débat qu’on aurait dû faire après les inondations de 2017. Mais comme pour le terrain de golf, on n’a pas tous réalisé l’ampleur de ce qui s’en venait.

L’avenir de Pointe-Gatineau devra donc se décider très rapidement, alors que bien des sinistrés sont écœurés et décidés à partir coûte que coûte. Pas exactement un contexte très favorable pour une réflexion de fond.

Dans le contexte, on peut même se demander si le programme du gouvernement Legault, qui encourage les gens à quitter au plus vite les zones inondables, atteint son objectif dans un quartier comme Pointe-Gatineau. Qui sait, cet argent serait peut-être mieux investi à étudier comment on peut le préserver ?

Oui, quel gâchis !