Caroline Mulroney et Doug Ford

Partisanerie, quand tu nous tiens

CHRONIQUE / Quoi, la ministre Caroline Mulroney n’apprécie pas que le gouvernement de Justin Trudeau finance la « résistance » franco-ontarienne face aux coupes dans les services en français de son gouvernement ?

La belle affaire !

Dans une entrevue à ONFR+, Mme Mulroney fait valoir que l’argent d’Ottawa serait mieux investi dans des « activités nécessaires » à tous les Franco-ontariens plutôt que dans des jeux politiques impliquant le fédéral et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Vous savez quoi, Mme Mulroney ? Vous avez raison.

Dans un monde idéal, tout le monde aurait mieux à faire que de gaspiller l’argent des contribuables pour défendre des institutions francophones qui devraient être considérées comme allant de soi en Ontario.

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C’est quand même votre gouvernement, Mme Mulroney, qui a aboli le projet d’Université de l’Ontario français. Vous encore qui avez mis fin à l’indépendance du commissariat aux services en français, en novembre dernier, dans ce qui est passé à l’histoire comme le « Jeudi noir » de l’Ontario français.

Tout ça pour quoi ? Pour réaliser des économies de bout de chandelle alors que votre gouvernement fait face à un déficit de plus de 13 milliards.

Cette crise, Mme Mulroney, c’est votre gouvernement qui l’a provoquée en rompant ses propres promesses. C’est votre gouvernement qui affirmait, en campagne électorale, que le projet d’université de l’Ontario français serait poursuivi. Encore la semaine dernière, on apprenait que le transfert des activités du commissariat aux services en français vers le bureau de l’ombudsman allait se traduire par l’abolition de trois postes. Tout le monde avait compris que le personnel serait maintenu. Autre promesse brisée.

Et vous vous étonnez de ce que l’AFO monte aux barricades ? L’organisme, du moins, son ancêtre, est né dans la foulée du mouvement d’opposition au règlement 17. Depuis toujours, l’AFO est un organisme de combat. C’est dans son ADN de défendre les intérêts politiques de la communauté franco-ontarienne. Et vous lui reprochez de s’allier avec qui elle le peut pour défendre chèrement ses acquis menacés ?

Oui, l’argent d’Ottawa serait mieux investi dans des projets porteurs pour la communauté franco-ontarienne. Cette lutte politique sur fond d’élection fédérale à venir est aussi stérile qu’absurde. D’un côté, vous avez ce gouvernement, celui de Doug Ford, qui fait peu de cas des Franco-ontariens et des enjeux liés à leur statut minoritaire.

De l’autre, vous avez un gouvernement fédéral certes plus sensible à la question des minorités linguistiques. Mais dont l’intervention est tellement teintée d’opportunisme électoral que tout dialogue devient impossible. Car, disons-le, la résistance franco-ontarienne est en train de ressusciter politiquement Mélanie Joly.

La ministre fédérale des Affaires francophones a enfin trouvé le cheval de bataille idéal pour se mettre en valeur. Elle qui s’était surtout fait remarquer jusqu’ici pour son à-plat-ventrisme devant Netflix et les géants du Web alors qu’elle dirigeait le ministère du Patrimoine canadien.

La voix de la sagesse, dans tout cela ?

C’est celle du président de la FCFA, Jean Johnson.

Dans ce dossier, a-t-il fait valoir, tant la ministre Joly que la ministre Mulroney devraient laisser de côté la politique partisane. Et agir en championnes de la francophonie. Parlez-vous, pour l’amour !