Une des craintes de la légalisation du cannabis au Canada, c’est que sa consommation augmente le risque de développer des maladies mentales.

Les démons du pot

CHRONIQUE / Le pot? «Avoir su, je n’aurais jamais touché à ça!», laisse tomber Ulrique Collin, un Gatinois de 36 ans atteint de schizophrénie paranoïde.

Une des craintes formulées dans la foulée de la légalisation du cannabis au Canada, c’est que sa consommation augmente le risque de développer des maladies mentales. Or pour Ulrique Collin, il est clair que la substance a accéléré l’apparition de sa maladie alors qu’il fréquentait l’école secondaire de l’Île dans les années 1990.

«Le pot a été le déclencheur», affirme-t-il.

Lui qui entendait déjà des petites voix dans sa tête au début de l’adolescence a senti les symptômes s’accentuer après avoir fumé ses premiers joints de pot dans la cour d’école. Il s’est mis à entendre des voix de plus en plus pressantes. Des voix souvent effrayantes, alors qu’il n’arrivait plus à discerner la ligne entre ses hallucinations et le monde réel.  

«Tout avait l’air vrai dans ma tête. Quand tu crois dur comme fer que le diable te parle, c’est assez épeurant!», a-t-il raconté à un auditoire venu l’entendre raconter son histoire à la cafétéria de l’UQO, plus tôt cette semaine, dans le cadre de la semaine de la santé mentale.

Après ses premiers joints de cannabis, les voix ont enflé au point de devenir un choeur obsédant et destructeur. Il avait l’impression que le monde entier complotait contre lui. Il a cessé de faire du sport et de voir ses amis, sa paranoïa le poussant même à douter de ses parents.

La souffrance l’a poussé à consommer de plus en plus et à attenter à ses jours. Il a plongé dans une psychose si sévère qu’il a cru ne jamais en sortir.

Il aura fallu un séjour prolongé à l’Institut psychiatrique Pinel de Montréal, de même que des années de traitements et de thérapie avant qu’il reprenne le dessus sur la schizophrénie. 

Après son rétablissement, il est devenu pair-aidant pour l’organisme L’Apogée de Gatineau. À ce titre, il vient en aide bénévolement à l’entourage des personnes affectées par des troubles graves de la santé mentale.

Ulrique Collin, un Gatinois de 36 ans atteint de schizophrénie paranoïde.

Même s’il est convaincu que le cannabis a accéléré sa chute vers les bas-fonds, il n’est pas contre la légalisation. «Je suis contre le pot pour les personnes vulnérables», précise-t-il en entrevue.

Il prêche l’importance de faire de la sensibilisation dans les écoles pour dissuader les personnes vulnérables d’en consommer. «Si une personne prend du cannabis et ne se sent pas bien, il faut que son entourage l’encourage à ne pas en consommer. Moi, quand j’en prenais, je ne me sentais pas bien, ça accentuait ma paranoïa.»

Ulrique Collin a découvert que son expérience des 20 dernières années lui permet maintenant d’aider les personnes qui vivent une situation similaire, de même que leur entourage. «Mon message principal, c’est qu’il est possible de vivre une belle vie en composant avec la maladie», dit-il. À condition d’accepter de l’aide malgré la peur et la honte. 

Les mentalités ont beaucoup évolué depuis le moment où Ulrique Collin a été diagnostiqué à l’adolescence.  «Le premier psychiatre que j’ai vu m’a dit que je ne m’en sortirais jamais», se rappelle-t-il.

«Depuis 15 ans, on a développé une approche qui mise sur les forces de la personne pour l’aider à se rétablir, explique Hélène Tessier, directrice générale de l’Apogée. Autrement dit, on encourage ses passions et ses intérêts. L’approche par les forces fait maintenant partie des meilleures pratiques.»

Dans le cas d’Ulrique Collin, cette approche lui donne une bonne raison de se lever chaque matin. Il accepte que des voix effrayantes le hanteront de temps à autre jusqu’à la fin de ses jours. Il a appris à les apprivoiser en usant d’humour. «Quand j’entends une voix qui se présente comme le diable, je lui réponds: moi non plus, je ne suis pas un ange!»