Patrick Duquette
Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Les beaux jours de Legault

CHRONIQUE / J’entendais un animateur dire à la radio qu’on est sur le point de «gagner notre combat» collectif contre le virus.

Si on parle du combat pour «aplatir la courbe» et éviter de surcharger nos hôpitaux, alors oui, peut-être, qu’on est sur le point de remporter une victoire.

Mais quand on observe l’hécatombe dans les CHSLD, où nos vieux ont été déplacés pour libérer des lits d’hôpitaux, il n’y a pas de quoi pavoiser.

Si c’est une victoire, elle a un goût amer.

Mais c’est vrai que le «fameux» pic de l’épidémie est en vue au Québec. À force de vivre à deux mètres de distance et de nous tousser dans le coude, nous avons ralenti la propagation. Au point où François Legault parle déjà de mesures de déconfinement qui toucheront surtout les entreprises. Rouvrir les écoles? Pas à court terme, a tempéré le premier ministre qui a pris acte des craintes exprimées par de nombreux parents.

«On est en train de passer au travers, les beaux jours s’en viennent», a dit Legault jeudi.

Les beaux jours?

Je veux bien qu’on se donne une tape sur l’épaule. Qu’on distille un peu d’espoir parmi la population. Tout le monde a hâte de sortir de la maison et de reprendre un semblant de vie normale. Avec les indicateurs économiques qui vacillent, il y a urgence de reprendre une certaine activité économique. Ne serait-ce que pour éviter d’aggraver des problèmes sociaux. Comme une crise du logement. Ou l’incapacité, pour certains, de payer l’épicerie.

Mais avant de crier victoire, il faut bien comprendre une chose. Le combat est loin d’être gagné. Depuis un mois, on se cache du virus. On fait tout pour ne pas l’attraper. Ça nous a permis de gagner du temps pour mieux connaître l’adversaire et préparer la riposte. L’inconvénient, c’est que nous sommes, collectivement, très vulnérables à une seconde vague de COVID-19.

Une infime fraction de la population québécoise — entre 1 à 6 % des gens selon le ministère de la Santé et des services sociaux — est immunisée contre la COVID-19. Le reste n’a pas encore eu la chance de développer des anticorps. Or selon des experts cités par Le Monde, la population doit être immunisée dans une proportion de 60 à 70 % pour éviter que le virus ne se remette à circuler de manière épidémique. Nous sommes loin du compte.

Un vaccin permettrait d’immuniser la population. Mais il n’arrivera pas avant un an. Dans l’intervalle, il y a donc une certaine logique à chercher à développer une «immunité de groupe». Tout en limitant au maximum le nombre de morts. Comment y parvenir? En déconfinant les populations moins à risque de mourir de la COVID-19 — comme les plus jeunes et les enfants. De ce point de vue, l’idée d’ouvrir les écoles en mai, pour mieux préparer les enfants à une seconde vague l’automne prochain, n’était pas totalement dénuée de bon sens.

L’inconvénient, tout le monde l’a vite compris, c’est qu’un «confinement ciblé» est difficile à réaliser. Même s’ils sont moins à risque, les jeunes pourraient devenir des vecteurs. Et infecter leurs grands-parents ou le petit frère asthmatique qui, eux, risquent d’en mourir.

Le premier ministre Legault a parlé jeudi d’un plan de déconfinement «graduel et intelligent». Entre les branches, on parle de déconfiner des régions moins touchées. Ou encore de faire alterner des périodes de confinement et de déconfinement. C’est à voir.

Chose certaine, ce sera long. Et frustrant. Nous sommes sur le point de gagner un combat, mais certainement pas la guerre.