À partir du moment où Andrew Scheer a parlé de couper 13,6 milliards par an, à terme, dans les programmes fédéraux, la question de l’urne, pour bien des électeurs de la capitale fédérale, devenait: qui préservera le mieux nos emplois?

L’efficace Bonhomme Sept Heures

CHRONIQUE / Ottawa-Gatineau rouge presque d’un bout à l’autre. Quelle surprise!

Je blague. C’était un résultat presque couru d’avance dans une région urbaine qui vit au rythme de la fonction publique fédérale.

À partir du moment où le chef conservateur Andrew Scheer a parlé de couper 13,6 milliards par an, à terme, dans les programmes fédéraux, la cause était pour ainsi dire entendue.

L’environnement, le futur pont, le train léger, même le fiasco du système de paie Phénix, tout cela passait soudainement au second plan. La question de l’urne, pour bien des électeurs de la capitale fédérale, devenait: qui préservera le mieux nos emplois?

Et sur cette question, les conservateurs partaient avec une longueur de retard. Personne dans la région de la capitale n’a le goût de revivre des coupes sombres dans la fonction publique – comme ce fut le cas sous le premier ministre Stephen Harper en 2011.

Les libéraux de la région l’ont bien compris. Durant les derniers jours de la campagne, ils n’ont pas hésité à jouer à fond la carte de la peur pour conserver la région urbaine d’Ottawa-Gatineau. Ils ont même ressorti ce bon vieux Doug Ford, leur épouvantail favori.

«Si M. Scheer a la permission d’implanter son programme, on peut s’attendre à des Phénix un après l’autre, à de fausses économies, à des fonctionnaires limogés, à des services coupés ou restreints», a martelé le libéral Steven MacKinnon – qui a été réélu pour un second mandat dans Gatineau.

On parle ici des mêmes libéraux qui reprochaient à Stephen Harper de jouer au Bonhomme Sept Heures, en 2015, avec ses discours de peur. Comme quoi la fin justifie les moyens, comme le prétendait déjà un certain Machiavel au XVIe siècle.

Les conservateurs ont bien essayé de contrer le discours de peur des libéraux. «Les emplois dans la fonction publique sont garantis. On va tous les garder et maintenir les services», a assuré la conservatrice Sylvie Goneau dans Gatineau. Même discours rassurant d’Alain Rayes, lieutenant des conservateurs au Québec: «Il n’y a aucun objectif de couper dans la fonction publique. C’est un mythe que nos adversaires essaient de ramener sur la table.»

De toute évidence, les électeurs de la région urbaine d’Ottawa-Gatineau n’ont pas cru les conservateurs. Bien des gens ont eu l’impression qu’Andrew Scheer avait quelque chose à cacher. Le fait que le chef conservateur a annoncé ses compressions un vendredi, en toute fin de campagne, à la veille de la longue fin de semaine de l’Action de grâce, n’avait rien pour les rassurer.

Les conservateurs se font faits prendre à leur propre jeu. Toujours aussi efficace, ce Bonhomme Sept Heures!

En passant, c’était beau de voir Gilles Duceppe retenir ses larmes, à la télé de Radio-Canada, en apprenant que son fils Alexis Brunelle-Duceppe venait de l’emporter dans la circonscription du Lac-Saint-Jean. Peu importe nos allégeances politiques, comment rester insensible devant un père aussi immensément fier de son fils?

Au moment de mettre sous presse, on se dirigeait allégrement vers un gouvernement libéral minoritaire. À une époque où le populisme et la partisanerie polluent trop souvent le débat politique, les électeurs viennent de condamner leurs élus à se parler et à travailler ensemble.

Ça aussi, c’est un beau message, non?