Alain Guindon est un joggeur hors du commun. Le Buckinois ramasse tous les déchets qu’ils trouvent sur son parcours.

Le joggeur écologique

CHRONIQUE / Des gens l’aperçoivent tôt le matin faire son jogging dans le secteur Buckingham. Un monsieur dans la soixantaine qui traverse les rues en courant d’un bord à l’autre, ramassant tous les déchets sur son passage. Aussi petits soient-ils !

Son ardeur à nettoyer les rues ne passe pas inaperçue. 

Sur les médias sociaux, les gens s’émerveillent de son sens civique. 

Et s’interrogent sur l’identité de ce mystérieux joggeur à la conscience environnementale aiguisée.

Sur la page Facebook Spotted à Gatineau, une mère de 31 ans raconte qu’elle le voit courir chaque jour. Elle dit s’inspirer de son exemple pour éduquer ses enfants. 

« Je ne vous connais pas, mais vous méritez une médaille pour votre dévouement. Continuez à faire du bon, monsieur », lui lance-t-elle.

Quelques coups de fil ont suffi pour retracer le coureur en question. 

Alain Guindon, un retraité de 67 ans, ignorait que son jogging matinal inspirait autant de concitoyens.

Il s’étonne d’ailleurs de ce que des gens s’arrêtent pour le saluer et le féliciter.

Le sympathique gaillard a commencé à ramasser les déchets tout en faisant son jogging il y a 5 ans. 

« C’est monsieur Paluck qui m’en a donné l’idée, raconte-t-il. Lui aussi cueillait les détritus sur la piste cyclable et en bordure des terrains. On le voyait passer à pied, avec son bâton et sa grosse poche. Je me suis dit que s’il le faisait à 80 ans, je le pouvais aussi ! »

Alain Guindon a bien voulu que je l’accompagne — en vélo — lors de son jogging matinal. 

Une trotte de près de 9 km qu’il a accompli en me faisant la conversation, comme si de rien n’était. En forme, le monsieur ! 

Et c’est toute une aventure que de le suivre dans les rues de Buckingham. 

Son œil exercé repère à distance le moindre déchet qu’il cueille sans presque ralentir.

Au début, il courait un sac de poubelle à la main. Une méthode peu pratique, qui faisait souffrir son dos. 

Depuis, il a perfectionné sa technique. 

« Maintenant, j’ai mes spots. Je connais toutes les poubelles et les bacs de recyclage sur mon parcours. Je me débarrasse des déchets à mesure. »

Que ramasse-t-il ?

Beaucoup de bouteilles de plastique et de canettes d’aluminium. Des sacs de plastique. Des verres de café ou de Slush. Des bouteilles de bière brisées. Des paquets de cigarettes dont les gens se débarrassent en conduisant.

« C’est une chose que je suis incapable de comprendre. Pourquoi des gens jettent des déchets de leur voiture au lieu d’attendre chez eux pour les mettre à la poubelle ? »

Lui, il ne laisse aucun déchet derrière. Sauf quand il a les mains pleines. Mais c’est pour mieux le ramasser au retour. Ou le lendemain. Ou le surlendemain. 

À la longue, il a compris que personne ne s’empresserait de ramasser ce vieux verre Tim Horton abandonné.

Des déchets, il en a trouvé de toutes sortes au cours de ses excursions matinales. Un portefeuille (rendu à son propriétaire). Une plaque d’immatriculation. Des vêtements, des bobettes, des condoms… 

Et lors de notre randonnée, un permis de conduire valide qu’il comptait déposer au poste de police.

Pourquoi fait-il ça ?

« Je le fais pour la nature, pour sauver la planète. Pour les enfants qui vont nous suivre. As-tu déjà vu des photos de ces plages recouvertes de déchets en Inde ? Ou de cette île où les courants amènent tout le plastique de l’océan ? Des gens trouvent que je me donne bien du mal. Que c’est à la Ville de faire le ménage. Moi je dis qu’il faut donner l’exemple. C’est notre responsabilité. »

À la longue, il a fini par développer une hyperconscience des déchets. En auto ou en mobylette, il les repère d’un coup d’œil. Et se désole de ne pouvoir arrêter sur le bord de l’autoroute pour les ramasser.

Au fil du temps, il a découvert que son activité avait un nom : le plogging, contraction du suédois plocka upp (ramasser) et jogging. Une activité apparue en 2016 dans les pays scandinaves.

Notre excursion s’est terminée après une heure de course. 

Alors que nous arrivions à sa résidence, M. Guindon m’a chuchoté : « Viens vite voir ! » 

Dans sa cour arrière, une mère chevreuil et ses deux faons mangeaient des pommes.