Un club de rencontre où les choses se passent comme avant les réseaux en ligne.

L'art perdu de s'apprivoiser

CHRONIQUE / J’ai repensé au Petit Prince, à ce passage où le renard refuse de jouer avec le petit gars qui lui en fait la demande. Essaie d’abord de m’apprivoiser, lui dit le renard. On verra ensuite s’il y a moyen de moyenner…

J’ai repensé au Petit Prince en écoutant Suzanne, André, Claire et Josée me parler de leur club de célibataires pour 50 ans et plus. Un club qui n’est pas qu’un endroit où trouver l’amour, mais aussi un réseau social où se crée de l’amitié, de l’entraide, de l’écoute.

Un réseau social à l’ancienne mode. Où les choses se passent comme avant Facebook, Instagram ou Réseau Contact. Un réseau social de chair et d’os. Où les contacts humains se font en personne plutôt que par écran interposé. Un club où les gens se parlent. Oui, se parlent. À l’heure du texto, la parole est un art qui se perd. Si la théorie de Darwin se vérifie, l’humain aura un jour une langue atrophiée et des pouces surdimensionnés à force de pitonner sur des écrans.

Suzanne Bélair, 52 ans, s’est inscrite au club Les belles rencontres Outaouais d’abord pour trouver l’amour. Mais aussi pour rencontrer des gens, elle qui travaille sur des horaires atypiques. Le club organise 15-20 activités par mois. Des soupers, des danses, des sorties de quilles ou de golf… Suzanne y va quand ça lui adonne. Elle apprécie le « naturel » des activités. Rien à voir avec le côté un peu emprunté des blind dates.

« C’est pas comme aller prendre un café avec un homme rencontré sur Réseau Contact. On voit les gens dans un milieu naturel. On ne saute pas sur la personne. On apprend à la connaître, à la voir interagir avant de l’approcher. La grosse différence, par rapport à des échanges virtuels, c’est l’authenticité. Il y a moins de faux-semblants. »

Même son de cloche de la part de Josée La France, 56 ans, célibataire et responsable des communications. 

Les nombreuses activités organisées par le club font ressortir la véritable personnalité des membres. 

Un exemple ? « Un homme était assis face à moi lors d’un souper. Cette fois-là, rien à faire. Pas moyen de faire la conversation. Depuis je l’ai côtoyé dans différents milieux. Et là, ça a connecté », dit-elle.

Le club compte 30 % d’hommes, dont André Leduc, 68 ans. Il s’est inscrit à la suggestion d’une amie. « Je venais de prendre ma retraite, je voulais enrichir mon côté social, raconte-t-il. Je n’étais pas nécessairement à la recherche de l’amour… même si ce n’était pas exclu d’emblée. »

André non plus n’est pas friand de la frénésie des sites de rencontres en ligne. À force de faire défiler des partenaires potentiels sur un écran, tu en oublies que les véritables rapports humains se forgent à force de patience et d’écoute, dit-il. « Dans le réel, il faut que tu prennes le temps de connaître l’autre, de respecter son rythme. Le réel te force à ralentir. Notre club offre peut-être moins de choix que les réseaux sociaux. Mais en fait de qualité, il n’y a pas de comparaison ! »

Comme disait le renard au Petit Prince, si tu veux un ami, apprivoise-moi ! Il se produit de belles choses quand les gens prennent le temps de s’apprivoiser, sans brusquer les choses, constate la présidente du club, Claire Lavoie. 

« Je me souviens d’un déjeuner, quelqu’un a fait une confidence inattendue. Quelque chose de très personnel. Le premier moment de surprise passé, nous avons tous eu la même réaction : nous asseoir et écouter. Cette personne avait besoin de dire quelque chose. Puis chacun est reparti de son côté. Il n’y a pas eu de bavassage, rien. Seulement l’impression d’avoir partagé un moment précieux. »

***

Renseignements : lesbellesrencontres@videotron.ca ou 819-770-0390.