À Gatineau, on nous demande de collaborer pour faciliter les opérations de déneigement.

La taxe déguisée des nuits sans neige

CHRONIQUE / Vous vous êtes déjà fait coller une contravention pour stationnement illégal de nuit, l’hiver ? Moi oui.

Ce n’était pas à Gatineau, remarquez bien. J’étais en visite à Granby pour le temps des Fêtes.

Je m’en souviens comme si c’était hier, je sors dehors, je vois le constat accroché à mon pare-brise… et je lance un regard incrédule autour de moi : pas un flocon de neige à l’horizon.

Pas de neige dans la rue. Pas de neige sur les trottoirs. Pas de neige sur le gazon. Le ciel bleu à perte de vue. C’était un Noël pas de neige comme on en voit de plus en plus, c’était même un Noël pas de verglas.

Je fulminais. Pas tant en raison du montant de la contravention — quelques dizaines de dollars — que du sentiment d’avoir été pris au piège. De tomber dans une trappe à tickets. De payer une taxe déguisée. On avait abusé de ma bonne foi. Moi qui paie mes contraventions sans rechigner quand je me sais dans le tort, celle-là, je l’ai payée avec la rage au cœur.

C’est arrivé à Granby, mais ç’aurait très bien pu se produire à Gatineau. C’est arrivé à des amis ou des collègues. L’interdiction de stationner de nuit pour la période hivernale entre en vigueur à Gatineau — prétendument pour faciliter les opérations de déneigement.

Mais quand il ne neige pas, à quoi rime cette interdiction valide jusqu’au 31 mars ?

Faut se rappeler que lorsque la Ville de Gatineau a modernisé son règlement sur le stationnement de rue, en 2014, elle rechignait à l’idée de perdre d’importants revenus. Chaque hiver, les constats d’infraction pour stationnement illégal rapportaient, bon an, mal an, autour de 600 000 $ dans les coffres de la municipalité. Difficile de renoncer à une telle somme…

Alors on a instauré cette curieuse obligation de se doter d’un permis de stationnement hivernal au prix de 85 $. Je dis curieux parce que ce permis ne donne aucun réel privilège à ses détenteurs. Permis ou pas, lorsqu’une chute de neige se profile à l’horizon, tout le monde doit éviter de stationner sa voiture dans la rue, sous peine de recevoir un constat d’infraction.

Dans la ville voisine Ottawa, l’achat d’un permis hivernal te donne au moins le droit de stationner dans la rue en tout temps. Sauf que les détenteurs de permis sont invités à collaborer. Quand il neige, on leur demande de se stationner ailleurs que dans la rue pour faciliter le déneigement. Pour ce qu’on en sait, c’est une collaboration qui marche très bien. 

À Gatineau aussi, on nous demande de collaborer pour faciliter les opérations de déneigement. Faut pas stationner dans la rue. Faut pas que nos bacs et nos poubelles soient dans le chemin. Faut pas rejeter notre neige sur le trottoir ou dans la rue. Tout cela est normal. Je veux bien collaborer, c’est dans mon intérêt, ma rue sera déneigée plus vite.

Mais après, faut pas venir m’écœurer. Qu’on ne vienne pas planter une contravention dans mon pare-brise si j’oublie mon char dans la rue, une nuit où aucune opération de déneigement n’est prévue. Quand on fait ça, on ne fait qu’augmenter la grogne envers le déneigement à Gatineau. Il y a déjà assez de plaintes comme ça. Et puis, c’est juste pour dire qu’une collaboration, ça va dans les deux sens. 

À l’ère des médias sociaux, il n’y aucune raison que Gatineau ne parvienne pas à se doter d’un règlement plus souple. La Ville de Trois-Rivières s’est équipée d’un site très bien fait (stationnementdenuit.ca) d’une simplicité rafraîchissante. On y annonce les secteurs où les interdictions de stationner sont en vigueur à la veille d’une chute de neige, carte interactive à l’appui. Les citoyens peuvent s’abonner pour recevoir des alertes par courriel ou SMS (une possibilité aussi offerte à Gatineau).

Okay, c’est peut-être moins payant pour une ville que de délivrer des permis à 85 $. Par contre, qu’est-ce que ça facilite la vie du citoyen.