Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Depuis 1977, la saga Star Wars a uni diverses générations de fans de la série de science-fiction.
Depuis 1977, la saga Star Wars a uni diverses générations de fans de la série de science-fiction.

La Force est avec nous, fiston

CHRONIQUE / Je me souviens du tout premier jour où j’ai parlé de la Guerre des étoiles à mon fils. J’ignorais alors à quel point la Force allait nous connecter à travers les années.

C’était après le dîner, à l’heure du dessert, dans ce petit appartement que je louais en célibataire sur la rue des Noisetiers. Fiston n’avait que trois ans, il adorait que je lui raconte des histoires. Et j’adorais lui en inventer.

Mais ce jour-là, j’étais en panne d’inspiration. Il m’est venu une idée. Je me suis penché vers lui, les sourcils froncés, l’air sombre. Fiston a levé les yeux de son yogourt, soudain intrigué.

Je me suis mis à fredonner la marche impériale : « Il y a longtemps, mon fils, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »

Je lui ai raconté l’histoire d’un jeune homme qui rêvait d’être pilote, qui vivait sur une planète désertique, avec son oncle et sa tante. Luke Skywalker contemplait le ciel de sa planète où brillaient non pas un, mais deux soleils. Un ciel où apparurent un vaisseau spatial, puis un autre, lancé à sa poursuite…

Ce jour-là, j’ai puisé dans mes souvenirs d’enfance pour lui raconter Darth Vader en empruntant sa voix caverneuse. J’ai fait revivre Han Solo et Chewbacca, je l’ai fait rire en imitant C3PO et R2D2. Je lui ai parlé de la belle princesse Leia (et de son sacré caractère !). Je lui ai décrit le combat épique entre Vader et Obi-Wan Kenobi.

Au-dessus de la table de cuisine, la salière est devenue le Millenium Falcon poursuivi par des Tie-Fighers impériaux…

À la fin, j’ai simulé un grand bruit d’explosion. Luke, le jeune homme qui voulait devenir pilote, faisait sauter l’Étoile de la Mort. La galaxie était sauvée. Et fiston était ravi. Je le revois essuyer la goutte de yogourt qui pendait à ses lèvres : « Encore papa. »

À partir de ce jour magique, de ce jour où l’imaginaire d’enfance du père s’est connecté à celui du fils, il ne fut pas un repas sans que fiston me supplie de lui raconter l’histoire de Darth Vader.

Avant même d’avoir vu un seul film, mon fils était devenu un fan fini de l’épopée galactique.

L’univers de Star Wars est vite devenu le prétexte de tous nos projets. Les dessins accrochés au mur en témoignaient. Je ne compte plus nos furieux combats de sabre laser au parc ou à la plage. Sur la route des vacances, nous passions des heures à jouer aux devinettes sur le thème des chevaliers Jedi.

Ce qui m’a toujours émerveillé, c’est que l’imaginaire d’enfant de mon fils s’est peuplé des créatures de Star Wars à partir des seuls récits que je lui en faisais. Par tradition orale.

Il n’a vu les films que bien plus tard quand ma blonde de l’époque lui a acheté le coffret des épisodes 4-5-6. Il les a visionnés des millions de fois.

Moi aussi, par la « Force » des choses.

Aujourd’hui, fiston est devenu un adulte de 18 ans. Il y a longtemps qu’on ne s’affronte plus dans de furieux combats de sabre laser. Mais on fait de l’escrime tous les mardis soir. Et le jeune padawan a surpassé son vieux maître de père.

Fiston est devenu un grand garçon avec sa propre vie, ses propres aspirations. Des fois, je regrette l’époque où je savais tout de lui.

Mais la Force est puissante dans notre famille. Encore aujourd’hui, il nous suffit d’évoquer la Guerre des étoiles pour qu’une puissante connexion s’établisse entre lui et moi.

Nous sommes allés voir le dernier film de la saga au cinéma. Juste nous deux. À la fin, sans nous consulter, nous savions ce que l’autre avait aimé ou moins aimé.

Peut-être même que fiston a senti la puissante émotion qui a étreint son père lors de la toute dernière scène du film.

Rey y apparaît seule, sur une planète désertique, le regard tourné vers le ciel. Un ciel où luisent deux soleils.

Là où tout a commencé.