La pandémie de COVID-19 contribue à créer un effet de paranoïa dans la société.

La dame aux poivrons rouges

CHRONIQUE / En attendant de l’attraper pour vrai, ce maudit virus est en train de nous rendre hypocondriaques.

J’étais coincé à l’épicerie bondée de mon quartier, vendredi matin.

Dans la section des fruits et légumes, une dame s’est arrêtée, perplexe, devant les poivrons rouges.

Il devait y avoir, quoi, cinquante poivrons rouges dans les petits paniers ?

Je vous jure, la dame les a tâtés un par un à la recherche du candidat parfait.

UN par UN.

En des circonstances normales, je ne l’aurais même pas remarqué.

Mais là, j’ai eu envie de lui crier : Madame, il y a une pandémie ! Pouvez-pas vous retenir un peu ? Vous êtes-vous lavé les mains, au moins ? J’ai plutôt acheté les poivrons préemballés du présentoir voisin. En espérant que le préposé qui les avait emballés, lui, s’était lavé les mains.

Dans la section des viandes, plus loin, j’ai eu envie de tousser. Dans mon cas, rien d’exceptionnel. J’ai souvent la gorge sèche le matin. Je tousse par habitude, sans même m’en rendre compte. Un simple réflexe pour dégager les voies respiratoires.

Mais là, au milieu de tout ce monde qui faisait provision de viande hachée et de poulet, je me suis retenu. Le plus longtemps que j’ai pu. Jusqu’à ce que les yeux pleins d’eau et la gorge en feu, je finisse par succomber… et à tousser dans mon coude.

La dame aux poivrons rouges, qui attendait derrière, a levé un regard réprobateur vers moi. Je l’ai presque entendue penser : « Monsieur, il y a une pandémie ! Qu’est-ce que vous avez à tousser de la sorte ? Pourriez pas rester chez vous ? »

J’ai eu envie de me défendre. De lui dire que je ne fais pas de fièvre, qu’à force de me laver les mains, elles sont devenues toutes sèches.

Et puis non, madame, je ne pourrai pas toujours rester chez moi.

Vous non plus d’ailleurs.

Même si les édifices municipaux seront fermés pour quelque temps, de même que des écoles et bien des bureaux, il va falloir sortir de temps en temps d’ici la fin de la pandémie.

Ne serait-ce que pour faire l’épicerie, tiens.

D’ailleurs, va falloir que j’y retourne. Qu’est-ce qui vous prend de dévaliser ainsi le rayon du papier de toilette ? Vous vous mouchez avec du papier-cul, vous autres ?

Prêcher par l’exemple

Parlant d’hygiène de base, ma collègue Justine Mercier rapportait vendredi le cas troublant d’une jeune femme qui s’est présenté à l’urgence de l’hôpital de Hull avec des symptômes de la COVID-19.

Or la jeune femme et sa mère n’ont pas été impressionnées par les mesures préventives.

Alors qu’elles auraient dû être isolées, elles ont attendu parmi les autres patients avant de passer au triage. À l’enregistrement, l’employé a tendu un stylo à la jeune femme pour qu’elle signe un formulaire. « On a touché plein de portes, plein de chaises », raconte la mère éberluée.

Hé, il y a une pandémie !

Les autorités de santé publique s’évertuent à passer le message que c’est la responsabilité du citoyen de limiter la propagation du virus en observant les mesures d’hygiène de base.

Première chose qu’on sait, des patients qui veulent se faire tester pour le COVID-19 se promènent librement à l’urgence ?

Espérons que ce n’est qu’une erreur de parcours. 

Le réseau de la santé se doit absolument de prêcher par l’exemple pour que ses appels à la responsabilité collective portent des fruits.