Joseph le patriote, mon ancêtre

Ma généalogie? Je m’en foutais un peu, jusqu’à ce que je fasse cette entrevue avec l’ex-maire de Québec, Jean-Paul L’Allier, en 2013. Il comptait des Duquette dans sa famille. À la fin de notre entretien qui portait sur un tout autre sujet, il avait promis de m’envoyer des documents sur l’histoire de mes ancêtres.

Je n’y ai plus repensé jusqu’à ce que, quelques semaines plus tard, je découvre une enveloppe jaune dans ma boîte aux lettres. Jean Paul L’Allier avait tenu parole. À la lecture des documents, je me suis découvert un patriote parmi ma lignée. Un jeune gars de Châteauguay, fougueux et idéaliste, du nom de Joseph Duquet. Il a fini au bout d’une corde, pendu haut et court par les Anglais pour crime de haute trahison, par une froide journée du mois de décembre 1838.

Moi qui m’imaginais descendre d’une lignée de colons canadiens-français sans histoire! Je découvrais qu’au contraire, un de mes ancêtres a joué un rôle clé lors de la révolte des patriotes. Si j’étais fier? Un peu, oui. Un de mes ancêtres, un lointain arrière-arrière-arrière-etc. cousin avait contribué, et de près, à forger la petite histoire du Québec.

J’ai lu les documents comme on lit un roman, à toute vitesse, curieux de savoir la fin. Sauf que ce n’était pas de la fiction. C’était de l’histoire. L’histoire de ma famille, mais aussi celle du Québec à travers elle. Le récit était d’autant plus prenant que je me sentais connecté par les liens du sang avec ce jeune patriote de Châteauguay, révolté, courageux, téméraire, qui allait connaître une vie aussi courte que tumultueuse.

À l’heure où je rêvais de devenir journaliste ou psychologue (eh oui!), Joseph Duquet voulait devenir notaire. C’est en faisant ses études auprès de gens comme Chevalier de Lorimier et Joseph-Narcisse Cardinal qu’il développera sa fibre patriotique.

Mon ancêtre a participé à des combats, échappé à des embuscades. Il a dû s’exiler un temps au Vermont pour éviter d’être pris par les Anglais. L’année de sa pendaison, il était revenu dans la région de Châteauguay où sa mère et ses soeurs habitaient. Il voyageait d’une paroisse à l’autre afin de recruter des patriotes.

Il a fini par tomber dans un piège tendu par les Anglais en novembre 1838, alors qu’il tentait, avec d’autres compagnons, de s’emparer des armes des Amérindiens de Kahnawake. Il est condamné à mort pour haute trahison et emprisonné à la prison au Pied du courant, à Montréal, en attendant son exécution.

J’ai frémi en lisant le récit de ses derniers moments. En montant au gibet, le 21 décembre,il tremble tellement que ses geôliers doivent le soutenir. La pendaison se déroule mal. Le bourreau lui ayant mal passé la corde autour du cou, celle-ci glisse à la hauteur du nez au moment où la trappe s’ouvre. Joseph Duquet se fracasse la tête sur l’échafaud. Pendant que la foule crie: grâce, grâce!, mon ancêtre pendouille, le visage en sang, en râlant au bout de sa corde. Son agonie se prolongea 20 minutes, paraît-il, le temps que le bourreau prépare une seconde corde et coupe la première.

Tout cela m’a donné le goût de pousser les recherches plus loin. L’histoire de mon premier ancêtre au Canada est loin d’être banale. Denis Duquet fut l’un des tout premiers défricheurs de la Nouvelle-France. Il est arrivé en 1612, quatre ans à peine après la fondation de Québec. Si ça se trouve, il devait accompagner la deuxième expédition de Samuel de Champlain.

C’est ainsi qu’en remontant les 12 générations de Duquette, j’ai découvert que mes descendants ont croisé les familles Laflamme, Lemieux, Poliquin, Jalbert, Fortier, Chartier, Gauthier, Bourbonnais…

Aujourd’hui, quand je pense à Denis le défricheur ou à Joseph le rebelle, je me reconnais. Je reconnais mes grands-parents, mes parents, mes oncles, mon peuple. J’aime penser qu’une partie de leur courage et de leur ténacité s’est transmise à travers les générations. Ils servent de repères dans un monde où on en cherche souvent.

Merci, monsieur L’Allier.