Patrick Duquette
Le projet de loi 40 a été adopté sous le bâillon par le gouvernement Legault samedi dernier.
Le projet de loi 40 a été adopté sous le bâillon par le gouvernement Legault samedi dernier.

Et nos enfants?

CHRONIQUE / Et nos enfants dans tout ça ?

Vont-ils bénéficier de l’abolition des commissions scolaires ou en payer le prix ?

C’est la question que je me pose face au projet de loi 40 adopté sous le bâillon par le gouvernement Legault.

Un projet de loi que beaucoup comparent à la réforme Barrette dans le domaine de la santé. On y retrouve la même volonté de centraliser les pouvoirs à Québec. Le même acharnement à éliminer des contre-pouvoirs jugés gênants ou superflus.

À l’annonce de la réforme Barrette, j’avais écrit une chronique où je me demandais : et les patients dans tout cela ? J’ai envie de poser la même question devant cette réforme du ministre Jean-François Roberge : et les élèves dans tout cela ?

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Je m’inquiète pour l’allocation des ressources aux enfants en difficulté. Avant, c’était le conseil des commissaires qui s’assurait que la répartition se faisait de manière équitable. Eux qui veillaient, en tout dernier recours, à ce que les plus démunis ne tombent pas entre les craques du système.

Désormais, qui fera cet arbitrage ?

Autre aspect du projet de loi qui soulève des questions : les parents pourront désormais choisir leur école. Qu’est-ce que ça veut dire pour nos écoles du Pontiac, de la Petite-Nation ou de la Haute-Gatineau ?

Que se passe-t-il si les parents de Maniwaki, Fort-Coulonge ou Papineauville décident d’inscrire leurs enfants dans une école de Gatineau, près de leur lieu de travail ? Ne risque-t-on pas de dévitaliser les petits milieux ? De créer des écoles de riches et des écoles de pauvres ? Le gouvernement Legault, qui se proclame pourtant le champion des régions, passe vite sur cet aspect de son projet de loi.

Le projet de loi 40 en met aussi beaucoup sur les épaules des directions d’école. Oui, elles sont bien placées pour déterminer les besoins des élèves. En même temps, leurs nouvelles responsabilités viendront avec de la reddition de compte, de la paperasse à remplir. On a déjà des enseignants à bout de souffle. Aura-t-on aussi des directions avec la langue à terre ?

Oui, le taux de participation aux élections scolaires était famélique. Il reste qu’en Outaouais, les commissaires scolaires jouaient un rôle clé au moment de revendiquer une nouvelle école ou de négocier le choix d’un terrain pour l’accueillir.

Qui jouera désormais ce rôle hautement politique ?

Apparemment, la réponse se trouve au beau milieu de l’immense projet de loi adopté sous le bâillon. Au grand dam des maires, l’article 114 force désormais les municipalités à céder gratuitement un terrain pour la construction ou l’agrandissement d’une école.

« C’est nous qui allons augmenter les taxes pour payer les écoles du Québec ! », s’insurge le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Il déplore, du même souffle, que cet article lourd de conséquences n’ait pas été discuté avec les municipalités.

Tout cela donne l’impression que le ministre Roberge a brûlé des étapes en faisant adopter sous le bâillon un projet de loi volumineux — dont 36 des 37 blocs ne touchent même pas les élections scolaires.

Comme la réforme Barrette, le projet de loi 40 risque de créer beaucoup d’incertitude. Tout ça au moment où le réseau devrait consacrer son énergie à régler des problèmes urgents comme la pénurie d’enseignants ou le décrochage chez les garçons. D’où ma question de départ : et nos enfants ? Ils y gagnent quoi ?