Les travaux ont permis à Denis Baril de soulever sa maison de 8 pieds et de la poser sur une impressionnante fondation immersible. Cette photo date de mai 2018 pendant le processus de restauration de sa maison, un an après les inondations.

En attendant le déluge

Amenez-en des inondations ! Sur la rue Jacques-Cartier à Gatineau, des sinistrés de 2017 sont mieux préparés que jamais à faire face à une crue printanière... que personne ne souhaite néanmoins.

La maison de Denis Baril et de sa conjointe ressemble à un blockhaus avec sa grosse fondation de béton armé flambant neuve. Ai-je dit un blockhaus ? Je devrais dire un barrage de la Manic. C’est pour la prémunir à tout jamais contre la menace des inondations que le couple a investi 250 000 $ dans sa maison centenaire après le déluge de 2017.

Même si leur résidence a été déclarée perte totale, Denis Baril et sa conjointe se sont prévalus d’une dérogation collective pour la restaurer. Pour rien au monde, ils ne voulaient se départir de cette maison située dans un cadre enchanteur, au bord de la rivière Gatineau. Ils ont prévu y finir leurs vieux jours. Les travaux ont permis de soulever la maison de 8 pieds et de la poser sur une impressionnante fondation immersible, censée être aussi imperméable à l’eau que la coque d’un sous-marin.

Et pourtant…

« Le seul hic, m’a expliqué Denis Baril, c’est qu’on a de l’eau dans la cave. Me semble que si tu investis un quart de million dans une fondation immersible, c’est pour éviter d’avoir de l’eau dans ton sous-sol, non ? Or depuis novembre, nous avons régulièrement des infiltrations d’eau. Un moment donné, ça rentrait à 14 endroits ! »

À qui la faute ? M. Baril n’a pas voulu s’avancer sur ce terrain glissant. Pour l’instant, il examine ses recours. Mais il dit n’avoir rien à reprocher à la Ville de Gatineau ni au ministère de la Sécurité publique qui rembourse la majeure partie des travaux. « Je vais me borner à dire qu’à 71 ans, j’aimerais avoir la paix ! » a dit M. Baril.

À quelques maisons de là, toujours rue Jacques-Cartier, André Lafontaine, est prêt au pire. Les inondations de 2017 ont emporté une partie de sa fondation et le studio de musique qu’il avait aménagé dans son sous-sol.

« J’ai à peine eu le temps de sauver ma collection de disques en vinyle », se remémore ce retraité d’Hydro.

Deux ans plus tard, les fondations ont été refaites. Et M. Lafontaine, un patenteux de nature, m’a expliqué avec force détails le système de puisards qu’il a aménagé dans son sous-sol pour recueillir un éventuel surplus d’eau et le pomper à l’extérieur.

Pour être franc, je n’ai pas tout compris du fonctionnement de son système fabriqué avec des ponceaux coulés dans le béton. Mais son enthousiasme est contagieux.

« Je vous écoute parler, M. Lafontaine. J’ai quasiment l’impression qu’une partie de vous-même souhaite que l’eau monte. Histoire de tester votre dispositif… »

Il a ri. « T’as pas tort ! », a-t-il répondu.

Mais c’est un peu plus loin, dans la partie basse de la rue Jacques-Cartier, que l’eau a fait le plus de dommages en 2017.

Parlez-en à Philippe Grenier qui venait d’investir 40 000 $ dans sa maison lorsque la fameuse crue a frappé. La rage au cœur, il a dû quitter son foyer devenu inhabitable. Son exil forcé dans un logement de Val-des-Monts a duré un an et demi !

Lui aussi a fait effectuer des travaux majeurs depuis la dernière crue. Il a fait surélever sa demeure sur une dalle de béton. Il ne craint plus les inondations.

« Même si l’eau montait aussi haut qu’en 2017, je ne perdrais rien de grande valeur. »

N’empêche que la crue l’a profondément marqué. L’eau, mais aussi les tracasseries interminables qui ont suivi afin d’obtenir des indemnités du gouvernement du Québec. « La paperasserie à remplir, c’est… incroyable. C’est le plus dur à accepter : le temps que ça prend. Ça va bientôt faire deux ans, le 3 mai. Et tout n’est pas encore réglé… »