Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau, Chantal Lamarche, préfète de la MRC Vallée-de-la-Gatineau, et le ministre Lacombe lors de l’annonce du Front régional de l’Outaouais en juin dernier.

Des enjeux nationaux en Outaouais

CHRONIQUE / C’est ce qui s’appelle se faire prendre au mot !

Vous vous souvenez de François Legault en campagne électorale, alors qu’il courtisait le vote de l’Outaouais ? Si je suis élu premier ministre, votre région ne sera plus l’éternelle oubliée du Québec, jurait-il.

Contrairement à leurs prédécesseurs libéraux, les caquistes ont reconnu l’important retard que l’Outaouais accuse en matière de financement des soins de santé et de programmes d’éducation postsecondaire.

Un écart qu’ils ont promis de combler maintenant qu’ils ont « les deux mains sur le volant », à la tête d’un gouvernement majoritaire à Québec.

L’Outaouais n’a pas oublié les belles promesses de François Legault. Et pour s’assurer que le nouveau premier ministre passe de la parole aux actes, la Ville de Gatineau, la table des préfets de l’Outaouais, de même que le Front régional Outaouais l’ont interpellé fin juin.

Comme je le disais d’entrée de jeu, ils l’ont pris au mot.

Si vous êtes sérieux, ont-ils signifié à M. Legault, prouvez-le en reconnaissant que les défis uniques de l’Outaouais en matière de santé et d’éducation constituent un « enjeu national ».

Oui monsieur, un enjeu national !

Et c’est vrai que la situation limitrophe de l’Outaouais avec l’Ontario soulève des enjeux qui dépassent largement ses frontières.

Quand la Régie de l’assurance-maladie du Québec doit rembourser, bon an, mal an, plus de 100 millions à l’Ontario pour des soins que les Québécois vont chercher dans la province voisine, c’est tout le Québec qui perd, pas seulement l’Outaouais.

Or on estime qu’il serait possible de récupérer environ 60 % de cette somme avec un bon plan de rapatriement et une solide dose de volonté politique. Soixante millions que le Québec pourrait investir chaque année dans ses propres hôpitaux — au lieu de financer le système de santé de Doug Ford. Oui, il y a là comme un enjeu national.

Même raisonnement pour les 6500 jeunes Québécois qui vont étudier chaque année dans les collèges et universités ontariennes. C’est tout le Québec qui perd avec cet exode des cerveaux. Et cela, au pire moment possible, alors que la province vit une cruelle pénurie de main-d’œuvre.

Même raisonnement pour le développement économique. Chaque année, plus d’un million de visiteurs s’arrêtent au musée canadien de l’Histoire à Gatineau… avant de repartir aussitôt à Ottawa. C’est tout le Québec qui perd quand on n’arrive pas à convaincre ces touristes de prolonger leur séjour dans la Belle Province.

Oui, le maire de Gatineau, la table des préfets et le Front régional Outaouais ont de bons arguments pour convaincre le gouvernement Legault que l’Outaouais est une région stratégique pour le Québec.

Leurs revendications n’ont rien de neuf. Mais le contexte politique est idéal pour les ramener à l’avant-plan.

L’ancien gouvernement libéral a toujours refusé de jouer le jeu du Front régional Outaouais et de s’engager en faveur d’un plan d’action chiffré, avec un échéancier de rattrapage.

Avec 5 députés sur 5 dans la région, les libéraux pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Il n’y avait personne pour les talonner et les forcer à presser le pas.

Le nouveau ministre régional Mathieu Lacombe lui est prêt à adhérer à un plan d’action pour rapatrier des soins de santé et développer de nouveaux programmes d’éducation postsecondaire en Outaouais.

Dans le fond, la région commence à profiter de la nouvelle dynamique politique en Outaouais. Si la CAQ veut conserver ses trois sièges durement acquis en Outaouais, voire conquérir les deux qui lui manquent, elle a intérêt à livrer la marchandise.