Action ontarienne contre la violence faite aux femmes entame une tournée d’information pour démystifier la traite de personnes en Ontario.

De l’amour à l’esclavage sexuel

CHRONIQUE / Son nouveau chum la traitait comme une princesse. Il est arrivé à leur premier rendez-vous au volant d’une luxueuse Audi. Pour elle, il n’y avait jamais de restaurant trop chic, de cadeau trop somptueux. Il l’écoutait, la comprenait, la trouvait drôle.

Avec son prince charmant, elle se sentait belle, elle se sentait femme. « Il m’achetait de beaux souliers, il me disait qu’il m’aimait », raconte Michelle, une jolie jeune femme aux longs cheveux noirs de 23 ans.

Jamais, au grand jamais, cette fille de l’Abitibi, gentille et bien élevée, n’aurait soupçonné que cette histoire d’amour allait se transformer en un cauchemar d’une violence inouïe.

Son prince allait se muter en un proxénète manipulateur et sans pitié. Il l’a battue, l’a obligée à se prostituer. Il l’a forcée à avoir de longues relations sexuelles avec lui après des journées où elle avait vu défiler les clients à la chaîne.

Cet amour avec un grand A était un appât pour l’attirer dans un piège infernal. « Je suis une survivante de la traite de personnes à des fins d’exploitation sexuelle », a témoigné Michelle avec beaucoup de courage dans un hôtel d’Ottawa, mercredi matin, à l’occasion d’une activité d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.

« Ce qui m’est arrivé peut arriver à n’importe qui. À votre sœur, à votre fille. Personne n’est à l’abri de belles paroles. N’importe qui peut être brisé et avoir de la peine. À 18 ans, j’étais brisée. Avec ce gars-là, j’ai embarqué dans de belles promesses de matériel, de voyage et de vie de famille. Je croyais que c’était de l’amour. Rien ni personne n’aurait pu s’interposer entre cet amour et moi. »

Après lui avoir promis mer et monde, son nouveau chum lui a confié traverser une mauvaise passe. Pour se faire de l’argent, il lui a proposé de vivre de la prostitution d’autres femmes. Michelle elle-même n’aurait pas à se prostituer. Seulement à placer les annonces pour les autres filles. Why not ? s’est dit Michelle, sans réaliser qu’elle mettait le bras dans un engrenage infernal.

Car son « amoureux » lui a vite demandé de faire sa part. « Si tu m’aimes à ce point, pourquoi tu ne nous aides pas à atteindre nos buts ? » Et c’est ainsi qu’elle a commencé à se prostituer au rythme de sept clients par jour, sept jours par semaine. Selon une recherche du PACT d’Ottawa, une fille rapporte environ 1000 $ par nuit aux trafiquants. Une industrie lucrative. La drogue ne se vend qu’une fois. Une fille, plusieurs fois.

Les victimes de la traite de personnes ont beaucoup de difficultés à s’en sortir. À cause de la peur que leur inspirent les trafiquants. Ceux-ci les privent de toute liberté, de toute dignité et de tout potentiel humain. Pas pour rien qu’on en parle comme d’une forme d’esclavage moderne. Elles hésitent aussi à porter plainte à la police. De peur d’être elles-mêmes accusées d’un crime.

Michelle a eu de la chance. Elle s’en est sortie. « Je suis tombée malade et j’ai dû aller à l’hôpital pour quelques jours. Ma mère a fouillé dans mon téléphone. J’avais des conversations avec ce gars-là. Je lui disais d’arrêter de me frapper. Quand il s’est présenté à l’hôpital, ma mère l’a reviré de bord. Je n’ai plus jamais eu de contact avec lui. »

Le plus ahurissant ? Jusqu’à la toute fin, même quand elle a dû être admise à l’hôpital tellement elle était mal en point, Michelle a aimé ce type qui l’exploitait comme une esclave et la traitait comme une bête. C’est dire à quel point les trafiquants sont d’habiles manipulateurs.

Dis-moi, Michelle, qu’est-ce que la société peut faire pour améliorer le sort des victimes ? Elle a réfléchi un moment. « En parler, ce n’est déjà pas si mal », a-t-elle dit. Justement, Action ontarienne contre la violence faite aux femmes entame une tournée d’information pour démystifier la traite de personnes en Ontario.

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Renseignements : https://aocvf.ca